HAÏTI – Antonio Rodrigue désenfle une polémique, évoque des dossiers chauds pour nos ressortissants

 

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Le chancelier haïtien Antonio Rodrigue, en interview avec le journal, le vendredi 11 août, pour couper court à la polémique aux quiproquo a concédé qu’il s’est « peut-être » mal exprimé en indiquant que le gouvernement est prêt à accueillir les ressortissants haïtiens ayant fui les États-Unis pour se réfugier au Canada.« Peut-être que c’est une question de langage. Quand j’ai dit prêt, cela veut dire que si nous sommes forcés, si nous sommes obligés, nous devons les recevoir. Ce sont des compatriotes, des Haïtiens comme nous. Je précise que si nous sommes dans une situation où l’on nous les renvoie, nous ne pourrons pas dire non que nous ne les acceptons pas », a souligné le chancelier Antonio Rodrigue.

 

Le pays, frappé par le séisme du 12 janvier qui a provoqué des pertes estimées à 120 % du budget national, s’est enfoncé encore plus dans les difficultés après le passage de l’ouragan Matthew. Cet ouragan a détruit 32 % de la richesse nationale, a argumenté Antonio Rodrigue. « Nous sommes en difficulté », a-t-il dit, soulignant que l’actuelle administration, en place depuis six mois, « commence à peine à travailler pour mettre les bases pour relancer l’économie du pays ». La caravane intervient, entre autres, pour relancer la production rizicole. « Les autorités font des efforts et nous n’avons pas vraiment les moyens pour absorber tous ces compatriotes », a expliqué Antonio Rodrigue.

 

Rapatriements de la République dominicaine : des fois, on viole les droits des migrants

 

Comme c’est le cas pour les Bahamas et pour la République dominicaine, quand on renvoie les Haïtiens, le pays est obligé de les recevoir parce qu’ils reviennent chez eux. « Ce n’est pas que nous sommes prêts, ni contents ou qu’on a les moyens de les recevoir », a détaillé le ministre des Affaires étrangères, qui confie au journal avoir envoyé une mission en République dominicaine pour s’enquérir de la situation des compatriotes « parce que l’on fait état des fois de violations des droits de nos ressortissants au moment de l’arrestation et du refoulement de ces gens ».

 

Plus loin, Antonio Rodrigue a signalé que contrairement à ce qu’indiquaient certains, il n’y a pas d’accord en ce sens avec la République dominicaine. « Comment cela pourrait se faire avec l’accord du gouvernement haïtien ? Le gouvernement haïtien n’a rien à voir avec ce qui est fait. La République dominicaine est un pays souverain. Il applique ses mesures migratoires », a-t-il dit, estimant que des fois, on viole les droits des ressortissants haïtiens au moment des rapatriements et l’accord de 1999.

 

Interrogé par le journal sur une possible fragilisation de la mission diplomatique en république voisine à cause du rappel d’un diplomate de carrière, chargé d’affaires et faisant office d’ambassadeur sans pour autant avoir été ratifié par le Sénat sous Jocelerme Privert, Antonio Rodrigue a indiqué que le rappel  « est un processus normal dans tous les pays quand il y a un nouveau gouvernement ». Le chef de mission, désigné par le président, ratifié par le Sénat, est le représentant personnel du chef de l’État. Il doit avoir les bonnes grâces du président pour avoir de la « crédibilité » auprès des autorités du pays où il est accrédité, a expliqué le chancelier haïtien, soulignant que le nécessaire sera fait. Il concède que le chargé d’affaires n’a pas le même niveau d’accès et de représentativité que l’ambassadeur.

 

Sous le président Privert, il y avait dans plusieurs missions diplomatiques des chargés d’affaires. C’est le cas du Chili où il y a une importante communauté haïtienne, a insisté Antonio Rodrigue. En ce qui concerne le personnel diplomatique et consulaire pour ces nouvelles terres d’accueil des Haïtiens, le chancelier indique que globalement « les missions sont débordées », qu’il y a « un excédent de personnel ». « Plus de 1000 personnes travaillent dans les missions diplomatiques et consulaires », a-t-il déclaré, soulignant que le rappel est nécessaire pour faire des économies.

 

Nouvelle loi d’immigration au Chili, l’observation intéressée de la chancellerie

 

Le Chili où une nouvelle loi sur l’immigration est en débat, retient l’attention de la chancellerie. « La question de la nouvelle loi sur la migration au Chili fait débat. Nous suivons ce dossier. Nous avons intérêt parce que beaucoup de ressortissants haïtiens sont au Chili », a confié Antonio Rodrigue. La présidente Michele Bachelet avait annoncé qu’on allait régulariser la situation de 30 à 40 000 Haïtiens dont les dossiers étaient déjà dans le pipeline de régulation. « Il y a une volonté de la part des autorités chiliennes de collaborer », a-t-il dit, ajoutant que « si la loi change maintenant, il faut voir ce qui va être fait en faveur de nos ressortissants ». Il ne faut pas oublier qu’au Chili il y a une dynamique économique. L’expansion de cette économie implique une demande de mains. Il a besoin de main-d’œuvre à travers l’immigration. C’est aussi le cas pour le Canada où la population est vieillissante, a expliqué  Antonio Rodrigue.

 

TPS : pas encore d’entente mais de l’espoir

 

Il a par ailleurs indiqué que le nombre de compatriotes disposant de TPS était moins que 58 000. Des détenteurs de TPS ont régularisé leur situation, a informé Antonio Rodrigue, qui ne perd pas espoir, même mince, d’une extension du TPS. Il a confirmé « qu’il n’y a pas encore d’entente » à ce sujet. Mais Antonio Rodrigue a rappelé que l’ex-patron du département de la Sécurité intérieure John Kelly avait promis une évaluation préalable avant une décision définitive sur l’extension du TPS qui doit arriver à son terme le 11 janvier 2018. La diplomatie haïtienne multiple ses efforts en ce qui concerne ce dossier, a admis Antonio Rodrigue.

 

Pas de politique migratoire

 

Le patron du ministère des Affaires étrangères, appelé sur plusieurs fronts où les Haïtiens ont migré, a reconnu qu’il n’y a pas eu de politique migratoire en Haïti. Il a annoncé qu’en Conseil des ministres, l’exécutif allait bientôt aborder le sujet. Le chancelier Antonio Rodrigue, après un entretien avec son homologue mexicain, a avoué être attiré par ce modèle. Une partie intéressante de l’économie mexicaine s’organise sur l’envoi des transferts de sa diaspora qui compte 30 millions de personnes, a-t-il expliqué. La fourniture de biens et services pour créer de la valeur ajoutée grâce aux transferts est une bonne chose, a soutenu Antonio Rodrigue…

 

Roberson Alphonse 

 

 

Source : lenouvelliste.com

 

Le Nouvelliste (Haïti)

 

 

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