AFRIQUE – L’âme de toute théologie

«Tant que les lions n’auront pas leur propre histoire, l’histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur», écrivait le grand auteur nigérian Chinua Achebe, décédé à l'âge de 82 ans.

Au commencement, étaient les Medou Neter.Au commencement, étaient les Medou Neter.

 

Notre histoire a été écrite par les autres. Elle a été falsifiée. Des aînés de la trempe de C.A. Diop ont travaillé à la restitution de la vérité historique. C’est dans cette perspective que se situe notre effort de re-écriture de l’histoire de la théologie africaine et la fixation des règles du discours théologique par nos soins.

 

A l’heure où l’impérialisme du savoir se fait, parfois se défait et se refait dans l’enseignement sous les tropiques, il est de notre devoir d’en appeler à la réappropriation de notre propre histoire dans tous les domaines, particulièrement dans celui de la théologie où se structure l’aliénation religieuse la plus invisible et la plus durable (Alioune Diop), celle-là même qui évoque en nous l’image de «la termitière aux yeux innombrables». Dans la tradition, on fait penser aux yeux visibles et invisibles de cette termitière (cf. coopération Nord-Sud, une certaine image d’un Dieu conquistador). On ne voit pas facilement ce qui est invisible et constitue et conditionne notre imaginaire (umona adi muulu, kumonyi adi mu nswaya).

 

C’est assez dire sur l’intérêt d’une élaboration de l’histoire de la théologie qui fait la part belle à sa propre construction et tient à distance celle d’un chasseur-vampire. Mais par où faut-il l’inaugurer ? Par le commencement ou par l’origine ?

A en croire le philosophe Grégoire Biyogo, « l’origine est nécessairement antérieure au commencement qu’elle porte, explique, engendre. Le commencement diffère toujours de l’origine qui le précède, le justifie et le génère. Il reste toujours au commencement à dire son origine. Si le commencement recommence toujours, allant d’un lieu à l’autre, d’une tradition à une autre, d’un continent à l’autre, sans que l’on puisse jamais en prévoir le cheminement et la direction proprement asymétriques, c’est que le commencement lui-même est relatif, et susceptible de recommencement, et que l’origine tend toujours à être identique, unique ».

 

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La Bible, âme de toute théologie ?

 

A notre avis, il ne faut pas commencer par le commencement à l’instar de Vatican II. Ce qui rejoindrait le Concile : «La théologie sacrée s’appuie sur la Parole de Dieu écrite, inséparable de la sainte Tradition, comme sur un fondement permanent ; en elle aussi elle se fortifie, s’affermit et se rajeunit toujours, tandis qu’elle scrute, sous la lumière de la foi, toute la vérité qui se puise cachée dans le mystère du Christ. Les Saintes Écritures contiennent la Parole de Dieu et, puisqu’elles sont inspirées, elles sont vraiment cette Parole ; que l’étude de la Sainte Écriture soit donc pour la théologie sacrée comme son âme». (Dei Verbum n° 24). Il ne peut donc y avoir, selon le concile, d’authentique théologie sans ce principe inspirateur et cette source incontournable.

 

Mais quand on voit les choses de plus près, il ne peut en être ainsi. Il suffit de rapprocher aujourd’hui le psaume 104 du grand hymne d’Akhénaton. A l’époque amarnienne, Canaan était une province de l’Egypte. Pourquoi le grand hymne d’Akhénaton, d’une si grande beauté, ne serait pas entré dans la poésie cananéenne et, partant de là, des siècles plus tard, dans la Bible ? Ce nous semble la question posée par l’égyptologue Assmann. A ce compte-là, qui aurait copié l’autre ?

 

Medou Netjer, âme de toute théologie

 

Toute idéologie mise à part, l’origine de la théologie se trouve dans la civilisation nubienne et égyptienne. Là où se développèrent les écoles de pensée de Memphis, d’Héliopolis, de Thèbes… Ce qui se produit dans le sillage de la Grèce, élève des prêtres noirs égyptiens, appartient non pas au registre de l’origine, mais des commencements d’une pensée reçue, puis renouvelée et déconstruite sous l’ombrelle d’Athènes.

 

A l’origine, il y avait les «Medou Neter» ou «les paroles du Dieu». C’était l’écriture des ancêtres de la Vallée du Nil. Lors de leur séjour d’initiation en Egypte, les Grecs en prendront connaissance et les traduiront par les termes grecs «hiéroglyphes». Donc, étymologiquement, hiéroglyphes signifie écriture sainte. Et c’est à partir de celle-ci que les Grecs formeront plus tard l’alphabet grec. Les «Medou Neter» sont donc l’âme de toute théologie.

PasseportPar Kalamba Nsapo
Institut Universitaire Africain d’Etudes Prospectives (INADEP), Fondateur du Prix International Cheikh Anta Diop.

 

 

 

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