LIBERIA – WEAH, BOAKAI, ET LES AUTRES : qui est le candidat de la Côte d’Ivoire

Au Libéria, après deux mandats successifs, Ellen Johnson Sirleaf (78 ans), première femme élue chef de l’Etat en Afrique en 2005 et réélue en 2011, n'en brigue pas un troisième , le 10 octobre 2017, date de la prochaine élection présidentielle, couplée avec les législatives. Pour lui succéder, une vingtaine de postulants. L’ex-international de foot George WEAH (50 ans) et l’actuel Vice-président Joseph BOAKAI sont les deux favoris.

 

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Ces élections intéressent la Côte d’ivoire, les deux pays partageant 700 kms de frontière à l’ouest de la Côte d’Ivoire. Plusieurs fois, cette partie des deux pays, a été le théâtre de violence comme l’attaque du contingent nigérien des casques bleus en 2015 à Olodio (Grabo), près de Tabou et la frontière libérienne. L’ouest ivoirien reste une zone perméable pour l’entrée de mercenaires sur les différents territoires ivoiriens et libériens, où planent le spectre de guerre, même si les deux pays affichent la même volonté de lutte contre l’insécurité. Les présidents Ouattara et Sirleaf ont permis l’organisation de patrouilles conjointes de soldats libériens et ivoiriens le long de leur frontière commune.

 

Le chef de l’État ivoirien, honoré le 15 juillet 2017 par la présidente libérienne, Ellen Johnson Sirleaf, qui l’a élevé au  Grade de chevalier Grand Cordon, dans l’ordre très vénérable de la Chevalerie des Pionniers du Libéria, la plus haute distinction du pays, a-t-il pu à cette occasion, donner un avis favorable sur le choix du candidat de son homologue ?

 

L’ex footballeur international compte de nombreuses relations et des contacts parmi les chefs d’États africains, ainsi que parmi les élites du continent, et même dans le monde. À Abidjan , en février 2017, il a rencontré le roi Mohammed VI, les Présidents Ouattara, Bédié et Compaoré. Depuis quelques semaines il entreprend une tournée fructueuse dans dans des pays de la sous région, ( Sénégal, Gabon), où les chefs d’État l’ont reçu. Pour éviter toute tentation de manipulation du scrutin, Georges Weah se serait longuement entretenu avec la Présidente sortante Ellen Johnson Sirleaf, qu’il a tenu à rassurer, s’il était élu.

 

« La victoire de Weah ou de Boakai peut avoir une incidence sur les élections de 2020 en Côte d’Ivoire », croit savoir un observateur de la scène politique de la sous-région, tandis que d’autres personnes pensent plutôt que, peu importe le vainqueur, le Président ivoirien sera obligé de travailler avec lui, dans l’intérêt de la paix et de la stabilité de son pays. « C’est réciproque pour le futur chef de l’État libérien. Il a besoin de la Côte d’Ivoire sous Ouattara, et après Ouattara en 2020. Sirleaf avait d’excellentes relations avec Laurent Gbagbo, pourtant elle a ensuite joué le réalisme politique avec Ouattara pour continuer bénéficier de la fourniture d’électricité par la Côte d’Ivoire , et d’autres petites attentions », analyse un diplomate africain en poste à Paris.

 

Vu sous cet angle, au delà des amitiés et des relations personnelles des uns avec les autres, la Côte d’Ivoire officielle s’en tiendra à la traditionnelle réserve en la matière, et à une absence totale d’immixtion dans le jeu électoral du 10 octobre 2017 prochain au Libéria. Il n’est pas bon d’insulter l’avenir , et de manifester un soutien, une préférence pouvant créer des représailles au cas où.

 

Face à ces deux favoris, à moins de deux mois du scrutin, se trouvent plusieurs barrons, dont l’ancien gouverneur de la banque centrale, Joseph Mills Jones et un ancien dirigeant de Coca-cola pour l’Afrique, Alexander Cumming. On a aussi le tristement célèbre, Prince Johnson, le meurtrier de l’ancien président Samuel Doe, le richissime homme d’affaire, Benoni Urey, magnat de la téléphonie mobile et enfin l’unique femme, Mac Della qui exerce dans la mode et le social.

 

S’il est présent au second tour, le richissime Urey voudra acheter le ralliement et les voix des petits candidats. On dit qu’actuellement des tractations d’avant premier tour ont lieu entre les deux favoris et les autres candidats. Un candidat comme Alexander Cumming, qui a peu de chance d’être élu, peut apporter beaucoup au pays au plan économique comme dans les relations internationales.

 

Aujourd’hui encore, dix ans après la fin de la guerre civile, le Liberia se définit encore comme un « État fragile post-conflit » où tout reste à faire. Le Liberia ne peut pas se contenter d’être un paradis fiscal, ni le hub des pavillons de complaisance, encore moins dans les commerces illicites, ce qui maintient les populations dans une situation de pauvreté et le pays dans un rôle subalterne. Le Liberia doit trouver sa place dans le développement de l’Afrique et la mondialisation marchande. L’épidémie du virus Ebola a montré la fragilité du pays qui ne dispose pas d’un système de santé qui permet de soigner les populations. La guerre civile a conduit à la destruction du capital humain (200 000 morts), du capital physique (infrastructures), du capital social (une société éclatée) et du capital environnemental. Les conflits, qui ont besoin de financement, ont généré une économie de la prédation. Le Liberia est à lui seul un condensé de l’ancien chaos africain et, depuis 2006, l’image d’une Afrique qui se reconstruit et qui voit chaque pays tracer sa propre voie vers l’émergence.

 

L’élection présidentielle du Liberia du 10 octobre 2017 revêt une importance considérable pour le pays, pour la sous-région et pour toute l’Afrique. Il faut regarder de près la personnalité et le programme de chaque candidat.

 

Philippe Kouhon, avec Charles Kouassi

 

 

Source : http://www.afrikipresse.fr

 

Afriki Presse

 

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