LIVRE – Lille-Conakry, un voyage littéraire des plus réussis

 

ACTU Couverture Balivernes

Quel accueil réserver en Europe aux candidats à l’exil ? Une question plus que jamais d’actualité qui s’accommode mal des réponses à l’emporte-pièce sous la forme de tweets rageurs ou de petites phrases haineuses reprises en boucle par les chaînes d’information continue.

 

A l’heure où les dérapages racistes se multiplient sur le vieux continent, il convient de prendre du recul pour comprendre ces questions complexes : à cette fin, il vaut sans doute mieux lire le nouveau roman de Pierre Barrot (Déjà auteur de Bill l’espiègle et du Yéti de Montpellier) plutôt que les tweets de ceux qui proclament que l’Europe doit devenir l’apanage de la « race blanche ».

 

Le roman de Pierre Barrot, Balivernes pour un massacre (Ed Wartberg) est particulièrement original. L’action se déroule dans le nord, à Lille, la capitale des Flandres françaises. La principale enquêtrice Claire Verspieren est une jeune et brillante avocate déboussolée par le grand Nord. Une fausse blonde d’origine africaine se faisant passer pour une beauté scandinave alors qu’elle est en fait albinos. Une question l’obsède.
Qu’est ce qui a poussé Biba, une jeune et belle guinéenne à se réfugier en France ? Qu’est ce qui l’a menée à tenter de mettre fin à ses jours ? De qui a-t-elle si peur ? Biba fait partie des victimes de la tuerie du stade de Conakry en septembre 2009, à l’époque où le capitaine Dadis Camara dirigeait la Guinée d’une main de fer. Yattara, un autre réfugié guinéen est-il son bourreau ou son sauveur ?

 

Pierre Barrot et ses héros nous amènent sur les bord de la Deûle, dans les rues sombres du vieux Lille, mais aussi à la Cour nationale du Droit d’asile. Une institution située à Montreuil, en banlieue parisienne, que l’auteur connaît particulièrement bien ; ce nordiste d’origine – diplômé de l’école de journalisme de Lille – y a travaillé plusieurs années.

 

Son roman nous plonge aussi dans les méandres de la politique guinéenne ; sujet que l’auteur maîtrise d’autant mieux qu’il a vécu treize ans en Afrique de l’ouest. Outre une intrigue captivante, le romancier a su créer des personnages attachants et drôles que l’on a envie de suivre jusqu’au bout de leur route. Autre attrait majeur de Balivernes pour un massacre : le style de l’auteur est savoureux et plein d’humour. Avec parfois des dialogues à la Audiard ou à la Frédéric Dard. On se régale en lisant ce roman dont on ne saurait trop recommander la lecture aux amoureux du Nord et de l’Afrique.

 

Par Aliou Sow

 

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