RD CONGO – ELECTION DES GOUVERNEURS : ça se complique pour la Majorité présidentielle

En annulant, sur base d’un arrêt de la Cour constitutionnelle, l’élection du vice-gouverneur de la province de l’Equateur, la Céni a créé une jurisprudence qui met en mal la MP dans sa tentative d’une nouvelle consolidation de sa présence dans certaines provinces. Toujours en ballottage dans le Haut-Katanga, Jean-Claude Kazembe, gouverneur déchu mais réhabilité par la Haute Cour a saisi la balle au bond pour réclamer l’annulation de l’élection prévue dans sa province. Même situation dans la province de la Tshuapa. Ce branle-bas complique le calcul politique que la MP avait chargé le ministre de l’Intérieur de mettre en œuvre.

 

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La fin d’un règne est souvent entachée de signes avant-coureurs qui ne trompent pas. Et la Majorité présidentielle(MP), au pouvoir depuis une dizaine d’années, en fait les frais. Le revers continue à s’accumuler dans son registre. Echec  de révision de la Constitution, précédé en 2015 par celui de la loi électorale, tentative toujours renouvelée de glissement du processus électoral, l’addition démontre que la MP semble poursuivie par un signe indien.

 

Le dernier  fait en date est la difficulté qu’éprouve la famille politique du chef de l’Etat de réaliser  son projet relatif à une nouvelle mise en place des exécutifs provinciaux dans certaines provinces. Selon la lettre adressée dernièrement par Emmanuel Ramazani Shadary, vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, au président de la Céni, 11 provinces ont été ciblées, dont le Haut-Katanga et le Tshuapa, tout en y intégrant l’élection partielle du vice-gouverneur de l’Equateur. La MP était sûre d’y arriver. Mais, zélée au point de méconnaitre la procédure et la loi en la matière, la MP a feint d’ignorer les arrêts rendus par la Cour constitutionnelle sur les cas précis des provinces du Haut-Katanga et de la Tshuapa. Dans la démarche de Ramazani Shadary, des irrégularités ont également entouré la procédure de l’élection d’un vice-gouverneur de l’Equateur.

 

La bave du crapaud

 

« Chassez le naturel, il revient un galop », rappelle un vieil adage. La MP le vit réellement à ses dépens. Ainsi pour le cas précis de la province de l’Equateur où, sur instruction du vice-Premier ministre de l’Intérieur, la Céni projetait déjà l’élection d’un vice-gouverneur, la Centrale électorale s’est retrouvée dans l’obligation de se plier à la loi.

 

Par une correspondance datant du 19 août 2017 et adressée au vice-Premier ministre Ramazani, la Céni vient de suspendre l’élection d’un vice-gouverneur dans la province de l’Equateur. Ce qui met fin au suspense. La correspondance maintient cependant l’élection des gouverneurs dans les seules provinces du Bas-Uélé, du Haut-Katanga, du Haut-Lomami, du Kasaï Central, du Kwilu, de la Mongala, du Sud-Kivu,du Sud-Ubangi, de la Tshopo et de Tshuapa.

 

A l’annonce de la suspension de la procédure dans sa province d’origine de l’Equateur, l’élu de Mbandaka, Henri-Thomas Lokondo, n’a pas caché sa joie, se félicitant de la posture prise par la Centrale électorale. « Une des meilleures qualités d’un homme d’Etat, c’est de savoir se raviser à temps et sans état d’âme, s’il remarque qu’il y a une faute qui s’est glissée dans la démarche entreprise et qui pouvait être de nature à compromettre l’intérêt supérieur de la nation ou la paix sociale dans une contrée », a-t-il déclaré, réagissant à chaud dans les colonnes du journal Le Potentiel.

 

En effet, juste après le lancement par la Céni du mécanisme visant l’élection dans certaines provinces, le député Lokondo avait exprimé le risque d’une violation de la loi et de la procédure prévue en la matière. Il avait d’ailleurs fustigé le risque « d’un banditisme politique doublé d’une abomination juridique, consacrant la mort d’un Etat qu’on voudrait faire passer comme un Etat tricheur et maffieux ». L’élu de Mbandaka n’avait pas prêché dans le désert. Son cri d’alarme a été nettement perçu à la Céni. La suspension de l’élection d’un vice-gouverneur dans la province de l’Equateur rentre dans ce cadre.

Mais, ce n’est pas pour autant que tous les problèmes sont résolus. Il y en a bien d’autres sur lesquels on attend la Céni se prononcer avec la même clairvoyance.

 

Une boite de pandore

 

La décision de la Céni visant la suspension de l’élection d’un vice-gouverneur dans l’Equateur a vite réveillé les chats qui dormaient. C’est le cas de ce gouverneur déchu du Haut-Katanga qui vu dans cette rentrée en action de la Céni un tremplin pour rebondir et brandir un jugement qui tendait à tomber en désuétude. En froid avec les potentats de la MP, Jean-Claude Kazembe, gouverneur déchu et réhabilité de la province du Haut-Katanga, a vite fait d’interpeller la Céni sur son cas Il a appel cette dernière à surseoir à l’élection des gouverneurs dans cette province, en vertu d’un arrêt de la Cour constitutionnelle. Le cas de son collègue de la Tshuapa faisant jurisprudence.

 

Si dans la province de l’Equateur, la Céni s’est retrouvée coincée au point de se rétracter, au regard de la loi, on voit mal comment la Céni pourrait agir autrement en ce qui concerne particulièrement le Haut-Katanga et la Tshuapa.

 

Pour rappel, Jean-Claude Kazembe a été réhabilité par la Cour constitutionnelle, après avoir été déchu à l’Assemblée provinciale du Haut-Katanga à la faveur d’une motion de défiance lancée contre lui. En pareille circonstance, sa réhabilitation devenait automatique du fait d’une décision de la plus haute cour. Malheureusement, la MP, sa famille politique, en a décidé autrement, ignorant superbement l’arrêt rendu par la Cour constitutionnelle. Tout récemment, le secrétaire général du PPRD, Henri-Mova Sakanyi, s’est totalement désolidarisé de Jean-Claude Kazembe, le contraignant à libérer le poste, censé revenir au PPRD, et par ricochet à la MP.

 

Dans la province de la Tshuapa, le gouverneur Cyprien Lomboto, également estampillé MP, est en guerre ouverte avec la direction politique de la MP. S’il reste encore en poste, car couvert par un arrêt de la Cour constitutionnelle rendue en sa faveur, la MP a déjà actionné, via la Céni, la procédure de son éviction.

 

Il faut dire que la procédure cavalière d’élection des gouverneurs a mis à nu les graves dissensions qui minent la MP. Entre la direction politique du parti et certains gouverneurs des provinces, jugés indélicats, c’est une guerre ouverte. Quoi que couverts par une décision de la Cour constitutionnelle, Kazembe dans le Haut-Katanga et Lomboto de la Tshuapa demeurent toujours dans la ligne de mire de la MP. En réalité, la MP a décidé de défier la justice, poussant son outrecuidance jusqu’à violer délibérément la loi.

 

Contre la détermination de Ramazani Shadary et la volonté de la MP d’en découdre avec certains de ses gouverneurs, la tâche ne s’annonce pas facile. Car, sur le chemin de la MP, il y a la loi qui se dresse en obstacle. Dans les provinces du Haut-Katanga et de la Tshuapa, les deux arrêts de la Cour constitutionnelle condamnent la MP à la capitulation. Les contourner, c’’est autrement faire preuve de « banditisme politique », comme l’a si bien rappelé le député national Lokondo.

 

Dans tous les cas, la MP n’est pas à son premier revers dans sa tentative d’imposer ses gouverneurs en provinces. Dans le Kwilu, contre sa volonté d’exclure de la course un candidat indépendant qui n’entre pas dans son schéma, la MP s’est vue débouter par la justice.

A tout prendre, en initiant l’élection des gouverneurs dans certaines provinces, la MP a ouvert une boite de pandore qu’elle ne sait plus refermer sans se compromettre. Apparemment, la tache se complique pour la famille politique, minée par une guerre interne qui finira sans doute par précipiter sa désintégration.

 

Le flou persiste

 

Pendant ce temps, dans sa ferme de Kingakati, le chef de l’Etat et autorité morale de la MP, Joseph Kabila, a réuni le week-end son état-major politique pour ressouder ses rangs. Devant son pré-carré, le chef de l’Etat a réitéré sa volonté d’aller aux élections, évitant de jeter son dévolu sur celui qui portera les couleurs de la MP à la prochaine présidentielle.

 

« Le président de la République, notre autorité morale, a affirmé une fois de plus sa détermination à mener à bonne fin le processus électoral jusqu’aux élections, et a exhorté les membres du bureau politique et la majorité en général à ne pas se laisser distraire par les sirènes qui cherchent à tromper l’opinion. Il faut que la majorité se prépare aux élections dès maintenant, non seulement pour être présente, mais surtout pour les gagner », a indiqué André Atundu, cité par RFI.

 

Pendant ce temps, le navire MP est en train de prendre l’eau de toutes parts. L’élection des gouverneurs, initiée dans la précipitation par le ministre de l’Intérieur  en est une parfaite illustration.

 

Le Potentiel

 

Source : http://www.lepotentielonline.com

 

Le Potentiel (RD Congo)

 

 

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