RD CONGO – THABO MBEKI TACLE LA SADC : « La situation de la RDC est horrible, la SADC doit agir »

Ancien président sud-africain, Thabo Mbeki passe pour un sage en Afrique. Il préside à côté de l’ancien président tanzanien, Benjamin Mkapa, le Forum africain pour le leadership. Face à la SADC qui a minimisé, lors de son dernier sommet, la situation politique désastreuse que traverse la RDC, Thabo Mbeki invite plutôt cette organisation sous régionale à prendre la juste mesure du drame congolais. « La situation de la RDC est horrible, la SADC doit agir », a-t-il dit, dans une déclaration relayée sur le site d’informations en ligne politico-cd. Une belle manière de tacler la SADC qui peine à définir une position tranchée sur son rôle en RDC.

 

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Thabo Mbeki, ancien président de l’Afrique du Sud, n’est pas d’accord avec la SADC. Il estime que l’organisation sous régionale se préoccupe moins de la situation de crise « horrible » que traverse la RDC. Selon le  premier successeur de Nelson Mandela à la tête de l’Etat arc-en-ciel, la SADC a l’obligation « d’agir », avant que  « d’autres personnes ne meurent si la situation n’est pas résolue ».

 

De l’Afrique du Sud où il se trouve, dans la perspective de la tenue du Forum africain pour le leadership, Thabo Mbeki n’est pas allé par le dos de la cuillère. Il ne garde pas non plus sa langue dans la poche. « La situation au Congo est très inquiétante et il a été convenu qu’ils tiendraient des élections. Je remarque qu’il y avait une des résolutions de la SADC disant que les Etats membres prennent note que les élections ne se dérouleront pas comme prévu parce que la Commission électorale ne sera pas capable de tenir la date. Avec un manque de consensus sur cette question très sensible, d’autres personnes peuvent bien mourir si la situation n’est pas résolue. La SADC devrait agir à ce sujet », a déclaré Thabo Mbeki, repris sur le site d’information en ligne politico.cd

 

Plus qu’une organisation sous régionale tournée vers l’intégration et le développement de ses pays membres, la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe) est minée par des guerres de clans, dictée le plus souvent par des intérêts économiques et financiers qui lient les chefs d’Etat et de gouvernement. Avec ses poids lourds de la région, à savoir l’Angola et l’Afrique du Sud, la SADC est au fil passée pour une structure où Luanda et Pretoria se livrent une guerre fratricide pour asseoir chacun son influence dans la région.

 

La SADC sous la botte de Zuma

 

La tenue en Afrique du Sud du 37ème sommet de la SADC a permis au président sud-africain de raffermir son rang au sein de cette organisation sous régionale. En effet, Jacob Zuma a profité de l’absence du président angolais, Jose Eduardo Dos Santos, arrivé fin mandat dans son pays, pour consolider son hégémonie au sein de la SADC. Pas étonnant qu’il ait embarqué la SADC à prendre, pour le cas précis de la RD-Congo, une résolution alambiquée qui pose le doute sur l’influence réelle de la SADC en vue d’une sortie de crise dans ce géant de la sous région.

 

En effet, dans cette résolution, la SADC a unanimement – on ne sait sur quelle base –reconnu l’impossibilité d’organiser les élections en 2017. Elle a, par la même occasion, promis de dépêcher le plus rapidement possible un envoyé spécial pour suivre de près la situation de crise en RDC.

 

Si à Kinshasa, la majorité au pouvoir a applaudi de deux mains les déclarations de la SADC, dans l’opposition, l’organisation sous régionale a essuyé de vives critiques. Certains fustigent la forte mainmise du président Zuma sur la SADC, au point de la détourner de sa noble mission qui est entre autres celle de veiller à la démocratie dans les pays membres. En l’absence de l’Angola, principal garde-fou à l’hégémonie sud-africaine, le président Zuma a réussi à guider, lors de ce 37ème sommet, les déclarations dans le sens qu’il voulait. En effet, entre lui et le président Kabila, il y a une complicité qui dépasse le seul cadre des rapports bilatéraux. Avec les nombreux intérêts financiers qu’il détient en RDC, on voit mal Jacob Zuma prendre position contre son homologue congolais.

 

Thabo Mbeki rejette duplicité. Premier à avoir succédé à l’icône Nelson Mandela, Thabo Mbeki connait bien la valeur de la liberté et de la démocratie. Combattant de la première à l’Anc, l’ancien président sud-africain redoute que la SADC, organisation sous régionale créée pour l’émergence de la démocratie, ne prenne un virage dangereux dans son appréciation de la situation de crise en RDC. Loin d’apporter un soutien aveugle au pouvoir en place à Kinshasa, Thabo Mbeki note que la SADC devrait agir pour sauver non seulement le peuple congolais mais tirer la RDC du gouffre dans lequel l’entrainent ses dirigeants.

 

Pressenti comme prochain envoyé spécial de la SADC en RDC, Thabo Mbeki annonce déjà les couleurs de son mandat. Avec lui, la SADC devra surement revoir de fond en comble sa position en rapport avec la crise congolaise. Bien plus qu’une interpellation, le message de Mbeki est un réquisitoire, une mise en garde contre la SADC, où Jacob Zuma, principal soutien du président Kabila, tente de la manipuler – au nom de ses intérêts personnels.

 

Le Potentiel

 

Source : http://www.lepotentielonline.com

 

Le Potentiel (RD Congo)

 

 

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