CÔTE D’IVOIRE – Que reste-t-il de l’Appel de Daoukro, 3 ans après : bilan et perspectives

"L’appel de Daoukro", ainsi que l’on a appelé, depuis, le discours du président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), Henri Konan Bédié, prononcé en septembre 2014 à un an de la présidentielle de 2015, a trois ans. 3 ans après, que reste-t-il ou que sont devenus les trois engagements contenus dans cet "appel" ?

 

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Le 3ème anniversaire de l’appel de Daoukro se fête dimanche 17 septembre 2017 dans la ville natale du président Henri Konan Bédié. Se souvient-on encore de ce que contenait cet appel ? Certainement, oui. Où en est-on ? Cet appel contenait 3 engagements majeurs. Un, le Pdci apportait son soutien à une candidature unique d’Alassane Ouattara pour un second mandat en 2015. Deux, les autres partis devaient accepter de devenir un ensemble « Pdci-Rdr ». Et trois, en 2020, le candidat unique à soutenir devrait être un cadre du Pdci.

 

Un appel d’abord combattu au Pdci

 

Si pour la première proposition la pilule  a fini par passer – mais on se rappelle qu’il y’a eu au moins trois voix dissidentes (Charles Konan Banny, Kouadio Konan Bertin « KKB » et Essy Amara, tous cadres du Pdci ont été candidats à la présidentielle de2015) – les deux dernières suscitent des divergences et  incompréhensions.

 

Le président Bédié avait indiqué très clairement lors de son appel que tous les partis de la coalition devaient former le Pdci-Rdr. « Tu seras ainsi, avait-il dit, le candidat unique de ces partis politiques pour l’élection présidentielle de 2015 sans préjudice pour les irréductibles qui voudront se présenter en leur nom propre. L’objectif d’une telle candidature est double : d’abord, assurer le succès du RHDP aux élections de 2015 dans l’intérêt de la Côte d’Ivoire et de la paix. Ensuite, aboutir à un parti unifié, PDCI-RDR, pour gouverner la Côte d’Ivoire, étant entendu que ces deux partis sauront établir entre eux, l’alternance au pouvoir dès 2020 ».

 

Cela avait arraché des rires et des applaudissements, mais dès le lendemain, certains éditorialistes s’étaient étonnés de la non-mention des autres partis de l’Alliance Rhdp (Rassemblement des houphouetistes pour la démocratie et la paix) qu’étaient, en ces temps-là, l’Udpci (Union pour la démocratie et la paix) et le Mfa (Mouvement des forces d’avenir), l’Upci dans la désignation du nouveau parti à créer.

Qu’à cela ne tienne, l’enthousiasme et l’euphorie suscités par l’engagement de ne soutenir qu’un seul candidat, Alassane Ouattara, en 2015, l’avaient emporté sur tout. La question du parti unifié avait été alors presque reléguée à un second plan.

 

Les cadres du Rdr ont ensuite préféré l’appellation Rhdp au lieu de Pdci-Rdr. Mais, personne n’en a fait cas. Et petit à petit, tout le monde a parlé de Rhdp en tant que parti unifié. Le nom Pdci-Rdr lancé par Henri Konan Bédié était apparu  comme un couac sur lequel on pouvait passer. Pour les législatives 2016, les alliés tenter d’aller tous en Rhdp, mais les discussions achoppent avec l’Udpci et l’Upci. Ces deux partis sortent de la coalition, comme plusieurs cadres de part et d’autre, au Pdci comme au Rdr, qui ne sont pas d’accord avec les investitures effectuées par les deux grands partis de l’alliance. Un nombre important de candidat indépendants sortent des rangs aussi bien du Pdci, que du Rdr.

 

Législatives 2016 : un tournant raté

 

À la fin des courses , les indépendants arrivent en deuxième position avec 75 députés derrière le Rdr si l’on considère les résultats obtenus par chaque formation de l’alliance. Les deux partis qui sont restés dans l’alliance ont récolté 167 sièges. Toutefois, une fois à l’hémicycle ,le Pdci refuse un groupe parlementaire unifié. Au lieu du groupe parlementaire Rhdp vu que les 167 députés ont été élus en tant que Rhdp, on a deux groupes : Rdr dirigé par Amadou Soumahoro et Pdci dirigé par Maurice Kakou Guikahué.

 

Récemment, à la clôture du 3ème congrès de Rdr, le président Alassane Ouattara a fixé à avant la fin de l’année 2017, l’aboutissement du projet de parti unifié projet qui nécessite de faire plusieurs pas et réglages.

 

Le Pdci a eu son 12ème congrès. Des cadres ont été et continuent d’être nommés au sein des nouvelles instances dirigeantes de ce parti. Le Rdr vient de tenir son 3ème congrès. Des cadres ont été nommés. Les nominations devraient se poursuivre sur deux mois ainsi que l’a laissé entendre le désormais président d’honneur du parti, Alassane Ouattara.  On se demande dans ces conditions, comment il sera possible de concrétiser avant fin 2017, le parti unifié appelé de ses vœux par Henri Konan Bédié

 

Quant au troisième projet de l’appel de Daoukro, il suscite plus de passions. Pour nombre de cadres du Pdci, en 2020, tout le Rhdp doit soutenir un seul candidat, un cadre du Pdci. Et cela est « non négociable ». Quand pour le Rdr, on ne doit plus parler de cadre du Pdci à l’intérieur d’un parti unifié Rhdp et que « seul le meilleur d’entre nous succèdera à Alassane Ouattara ». Vrai dialogue de sourd qui découle de la lecture que chacun fait de l’appel de Daoukro. Peut-on continuer à parler de cadre de tel ou tel parti au sein d’un parti unifié ? Surtout que l’Udpci et l’Upci, les deux autres membres de l’alliance semblent royalement ignorés dans le débat.

 

Un imbroglio politique

 

L’appel de Daoukro apparaît, à ce jour, comme un vrai imbroglio politique dont personne ne peut prévoir l’issue. Alassane Ouattara n’y a jamais ouvertement souscris dès le départ. Interrogé le lendemain 17 septembre 2014, il a laissé entendre à propos de sa succession qu’elle ira « au meilleur d’entre nous », qui serait choisi en accord avec le Président Bédié, étant entendu que ce meilleur peut être du Pdci. Une position embouchée et défendue par l’ensemble des cadres du Rdr.

 

Le secrétaire général adjoint du parti à la case chargé des questions électorales, Mamadou Sanogo qui était à Méagui et Soubré, le vendredi 18 mars 2017 a réitéré cela devant les militants : «Je suis venu vous dire que le seul discours auquel il faut croire, c’est qu’il y’a un parti unifié qui s’appelle Rhdp. Pour ce qui est de l’alternance, il n’est écrit nulle part, ni dit nulle part que le Rdr va céder le pouvoir à un autre parti. Il ne faudrait pas que des gens viennent ici pour vous embrouiller. Les leaders ont dit que c’est le meilleur d’entre nous qui va succéder au président Ouattara ».

 

Le 3ème anniversaire de l’appel de Daoukro célébré ce dimanche donnera-t-il plus de lisibilité à la question du parti unifié que le Président Bédié avait annoncé lui-même comme partie prenante de la question de l’alternance?

 

Chris Monsékéla

 

 

Source : http://www.afrikipresse.fr

 

Afriki Presse

 

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