Et si on parlait franchement du Franc CFA…

 

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Depuis quelques années, le débat sur le maintien ou non du Franc CFA s’anime de plus en plus en Afrique. Dans les territoires anciennement colonies de la France, les jeunes générations sont manifestement contre l’un des derniers attributs le plus palpable de la colonisation. Cette monnaie coloniale et tout à fait anachronique – plus de cinquante déjà après les indépendances des pays qui en font encore usage -, suscite en effet bien des polémiques. A juste raison. Et cela, autant de par ses implications économiques et sociopolitiques que son statut institutionnellement révolu de franc des Colonies Françaises d’Afrique (CFA). C’est le moins qu’on puisse dire. Mais au-delà du débat intellectuel, économique, politique ou politicien, voire populiste; ce qui importe le plus est de savoir comment atteindre l’objectif final de ce combat. A savoir celui de la mise au tombeau définitive du Franc CFA.

 

Au lieu de continuer à s’époumoner, çà et là, par des actions éparses de guérilla anti-Franc CFA, il serait peut-être bien plus judicieux enfin d’opérer de manière concertée et organisée. Dans une stratégie d’ensemble qui mettrait tous les citoyens de tous les pays concernés sous l’égide d’économistes, d’acteurs de la société civile et d’hommes politiques capables de préparer des alternatives crédibles et viables à l’après-Franc CFA. Car, il faut bien le dire, il y a trop de mensonges, de manipulations, de récupérations et de faux-fuyants dans le débat sur le maintien ou non du Franc CFA. Aussi bien en Afrique qu’en France.

 

Si les Africains s’interrogent ou sont d’avis avec les conclusions des auteurs du livre : Sortir l’Afrique de la servitude monétaire : A qui profite le franc CFA ?, il faut alors non seulement trouver le chemin d’en sortir mais aussi avoir le courage de l’emprunter. Et, dans cet esprit, les Africains qui s’en prennent à la France au prétexte que c’est elle qui continue de maintenir les pays de la zone CFA dans ses chaînes, se trompent sans doute de combat en persévérant dans cette voie.

 

Faut-il le rappeler à la décharge de la France, une rencontre autour du Franc CFA a eu lieu en marge du sommet des chefs d’Etat sur la force du G5 au Sahel à Bamako au Mali, en juillet dernier. Les médias n’en ont peut-être pas suffisamment fait l’écho. Mais toujours est-il qu’à cette occasion, le président français, Emmanuel Macron, a été on ne peut plus explicite vis-à-vis des dirigeants des pays de l’espace CFA : «Si on ne se sent pas heureux dans la zone franc, on la quitte et on crée sa propre monnaie comme l’ont fait la Mauritanie et le Madagascar». Ainsi s’est-il exprimé en réaction aux diverses déclarations de certains chefs d’Etat africains à ce propos. Et d’ajouter même que ceux qui choisissent de ne pas quitter devraient s’abstenir de faire des déclarations démagogiques. Que dire de mieux aux dirigeants africains et aux Africains ? Rien de plus ! Emmanuel Macron ne s’est point exprimé en chinois mais bel et bien en français. Et ses propos ont été, à tout le moins, sans ambiguïté: la France n’empêche aucun pays de quitter la zone CFA et de battre sa propre monnaie. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, le président français a tenu aux Africains un discours qui a l’avantage d’être clair et net. Moralité: sauf à des fins inavouées, il s’avère difficile à présent de s’obstiner à faire croire aux Africains que c’est la France qui refuse de les libérer de leur servitude monétaire.

 

Si la France a longtemps servi, à tort ou à raison, de bouc émissaire aux turpitudes des Africains, c’est aux Africains d’avoir de l’audace pour pousser leurs chefs d’Etat à assumer pleinement leurs responsabilités. En leur demandant ce qu’ils attendent pour faire comme la Mauritanie et le Madagascar, du moment qu’ils sont eux-mêmes prêts à assumer les avantages et les inconvénients qu’induisent cette démarche. En tout état de cause, il appartient aux citoyens des pays concernés par le Franc CFA et à eux seuls de faire en sorte que leurs dirigeants prennent en compte cette revendication. Bon gré mal gré. Quitte à conditionner à l’avenir leurs choix électoraux en faveur des seuls candidats ou mouvements politiques qui accèdent à leur exigence de la mise à mort impérative de ce Franc CFA tant décrié et maudit. Et c’est là le bon combat qu’il faut combattre. Seulement voilà: combien d’Africains sont prêts à payer le prix qu’impose la liquidation totale du Franc CFA ? Comment mobiliser davantage d’Africains à cette cause ? Ce sont là, entre autres, les vraies questions qu’il convient de se poser dorénavant. Tout le reste ne sera que pur spectacle et divertissement. Vous avez bien dit « servitude monétaire » ou « servitude volontaire ?»

 

Par Marcus Boni Teiga

 

 

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