Fronts comme frontières ou essai de militarisation coloniale au Sahel

 

Image d’illustration

 

Les frontières se trouvent seulement dans nos têtes. Il n’y a pas des frontières ‘naturelles’ que l’on pourrait assumer comme limites d’Etat. C’est seulement les rapports de force qui engendrent, dessinent et reproduisent les frontières. Les politiques transitent au frontières qui deviennent armées, elles se transforment en tranchées, cages et parfois en cimetières sans tombes. Les frontières font l’histoire et l’histoire imprime ses propres frontières.

 

Elles sont de papier, de mots, de barbelés, de champs minés, de genre, de classe sociale et de religion. Même les dieux sont clôturés dans les lieux de culte ou les auberges des pèlerins. Les frontières sont là, apparemment depuis toujours, comme un rappel que la vie aussi n’est qu’une question de frontières qu’il faut transiter. Certaines d’entre elles, le Sahel entre deux rivages, sont pour le moment fermées.

 

Les autorités libyennes, à travers un communiqué de presse, ont annoncé la décision de fermer les frontières avec le Tchad et le Niger pour trois mois. Cela a été conçu pour combattre le trafic d’armes, de drogue, de personnes et surtout pour ‘freiner’ les migrations informelles dirigées en Libye.

 

Le Soudan aussi a pris une décision semblable vis-à-vis des mêmes pays et en plus le Soudan du Sud, le dernier né grâce aux frontières du pétrole. Le groupe qui contrôle la frontière de la Libye s’appelle ’le bouclier du désert’, comme la mission en Irak des Etats Unis en 1990. Il s’agit d’une frontière mobile avec des moyens de transport, armes et équipement utile à combattre les catégories mentionnées ci-dessus. Frontières de sables qui emprisonnent et se transforment dans le bras armé des frontières extérieures de l’Europe.

 

Le colonialisme a inventé et puis tracé les frontières qui ressemblent à des couteaux. Le capitalisme néoliberal, qui triche sur la globalisation supposée égalitaire, a crée des nouveaux murs et des tours de surveillance démocratique. Il s’industrie pour éloigner les pauvres ‘dangereux’ et transformer en otages ceux qui ont la chance d’arriver au bout du voyage. Ces derniers portent en eux-mêmes les frontières, dans les yeux, les mains et les rêves. Les véritables frontières résident en eux, personnes qui se déplacent jusqu’où les frontières armées ne pourront jamais arriver.

 

Les migrants sont des frontières qui marchent, fuient, inventent, qui sont trahies et pourtant qui résistent pour créer un autre monde. Ils se font escorter par les confins et grace à eux les frontières apprennent une autre langue. Puis en Europe est né FRONTEX, les frontières extérieures de l’Europe qui pour le moment s’arrêtent à Agadez, au Niger. C’est sur ce dispositif que se rattachent toutes les opérations de sauvetage humanitaire. Les agences opèrent comme des entreprises sous-traitantes du système de contrôle, les mêmes qui se vantent d’arracher à la mort des vies humaines dans la mer ou dans le désert.

 

Un bon exemple de cela est fourni par l’OIM, l’Organisation des Migrations Internationales. Il gère des Centres d’Orientation Humanitaire, il assiste les rapatriements volontaires des migrants rendus obligatoires, il milite pour des frontières sûres et finalement il sauve les migrants dans le désert. Les confins entre l’humanitaire et le sécuritaire sont effacés. Il s’agit du même principe qui supporte les bombardements ‘chirurgicaux’ et les invasions ‘démocratiques’ opérées avec les armes vendues aux deux belligérants.

 

Tout cela pour justifier encore davantage les frontières blindées. EUCAP, entre autres agences, qui propage le paysage néocolonial européen et qui a pour mission de créer un nouveau type de vision et de gestion des frontières. Pour cela, avec l’aide de millions d’euros, l’agence investie, entre autre, dans la formation du personnel pour la gestion des passeports, des trafics illégaux et dans lutte contre le terrorisme régional. Rien que de la fabrication des frontières ‘clonées qui ne font que reproduire le système dont elles sont le produit.

 

D’autres frontières, en revanche, sont invisibles et recoupent l’histoire en oppressés et oppresseurs sous toutes les géographies. Nous devrions donc être reconnaissant aux migrants parce qu’ils osent transgresser les frontières. D’eux, est fait le monde nouveau. Ils seront appelés bienheureux parce que leur unique frontière est une passerelle suspendue entre deux rêves.

 

Mauro Armanino

 

 

Source :http://www.tamtaminfo.com

 

Tam Tam Info (Niger)

 

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