GÉOPOLITIQUE – Pyong-Yang, un modèle pour l’Afrique?

Et si les nations africaines s’inspiraient de l’audace nord-coréenne pour revendiquer le plein respect de leur souveraineté étatique à l’échelle mondiale ? La question est posée. On le sait depuis le temps des indépendances des années 60, les peuples africains et certains de leurs gouvernants ont toujours réclamé un affranchissement politico-économique des pays colonisateurs et la fin d’un « paternalisme racial » que les observateurs africains jugent partial et intéressé. De son côté, la Corée du Nord, pays d’Asie ouvertement hostile à l’impérialisme de l’Occident, multiplie les menaces et les provocations à l’encontre de ses voisins sud-coréen et japonais. Son dirigeant, le jeune Kim Jong-Un, au pouvoir depuis 5 ans poursuit contre vents et marées son programme de recherche militaire pour acquérir l’arme nucléaire…

 

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L’Afrique peut-elle se permettre un tel bras de fer ?

 

Plus un jour ne se passe sans que les déclarations tonitruantes se succèdent entre Washington et Pyong-Yang. Le Conseil de sécurité des Nations Unies est en alerte constante, la Russie et la Chine tempèrent la situation, les Etats-Unis quant à eux, campent sur leur position ferme à l’égard de la Corée de Nord promettant « le feu et la fureur » en vue de soumettre la nation rebelle à travers un renforcement des sanctions et un soutien militaire accru à Séoul.

 

Jusque là, il faut reconnaitre que Pyong-Yang n’a jamais réussi à obtenir  le respect attendu des autres pays pour ses capacités de résistance politique et d’indépendance. Il a cependant le mérite de ne subir aucune emprise extérieure et peut compter sur des soutiens de poids sur la scène internationale. Au Zimbabwe, par exemple, la forte tête de Robert Mugabe, 91 ans, n’a pas conduit à la puissance de résonance de sa voix sur l’échiquier politique mondial. En revanche, il a conservé une notoriété considérable compte tenu de ses luttes et de son endurance, que l’Union Africaine a bien voulu honorer.

 

Un pays africain s’offrira-t-il le luxe de l’arme atomique dans un contexte sociopolitique globalement tragique ?

 

Avec le temps, et plus de maturité, les peuples africains ont compris qu’un peuple pouvait être prêt pour plus de démocratie, selon certains paramètres circonstanciels, et qu’il allait peut-être falloir plus de promotion des principes de droits pour qu’un autre peuple puisse jouir d’un environnement juste et équitable pour chaque citoyen.

 

Notons que l’ancien dictateur zaïrois, Mobutu Sese Seko, avait fait par le passé l’expérience du lancement d’une fusée au détriment de la stabilité politique et du développement local. Des sommes astronomiques avaient été dépensées pour l’occasion et l’expérience fut un échec patent. En zone forestière, il est complexe d’identifier avec exactitude les besoins réels des populations en termes d’infrastructures et d’image. Aujourd’hui, en République Démocratique du Congo, entre les luttes armées ethniques à l’est du pays, les violences à l’encontre des populations et les politiques en guerre pour l’alternance, l’on peut affirmer que la course à l’armement est davantage axée sur la sécurisation du territoire, des biens et des personnes, plus que sur un mobil souverainiste.

 

Quoi qu’il en soit, si l’on considère les compétences de progression des sociétés contemporaines tout azimuts, après les multiples crises que le monde a déjà connus, les années à venir nous diront si Pyong-Yang est en mesure de fournir une aide conséquente aux pays africains « souverains » désireux de renforcer leur équipement militaire avec du matériel nord-coréen, dans une lutte urgente contre le terrorisme par exemple.

 

Elvire Békallé

La communauté internationale devra dans ce cas là, opter pour moins de marginalisation, œuvrer en faveur de l’acceptation des consciences identitaires nationales particulières et ajouter à la responsabilité, le talent. La tyrannie du conformisme peut à bien des égards exciter le besoin d’auto-détermination.

 

Elvire Bekalle

 

 

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