La magistrale leçon du Kenya au monde entier

 

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La Cour suprême du Kenya, statuant sur les résultats de la présidentielle du 8 août dernier, a décidé d’invalider la réélection du président Uhuru Kenyatta. En dépit de la proclamation officielle de sa victoire par la Commission électorale indépendante (IEBC). Une décision qui a été prise à la majorité de quatre (04) juges contre deux (02). Du coup, la juridiction suprême a ordonné par la même occasion la reprise de la présidentielle dans un délai de 60 jours.

 

Cette décision qui a fait la une des médias du monde entier a en effet surpris beaucoup de gens non seulement au Kenya et en Afrique, mais aussi à travers le monde. C’est le moins qu’on puisse dire, à en juger par les multiples réactions tous azimuts. Une fois n’est pas coutume. C’est l’Afrique – le Kenya en particulier – qui assène une magistrale leçon de démocratie au monde. A savoir que le droit est le seul socle sur lequel doit reposer toute démocratie. Et qui dit Etat de droit, doit dire ipso facto justice.

 

S’il est quelqu’un que la décision de la Cour suprême du Kenya a autant surpris que ravi, c’est sans doute Raila Odinga. L’éternel opposant et rival du président Uhuru Kenyatta déclaré préalablement perdant pourrait donc se prendre à espérer et à rêver derechef. Mieux, le précédent kényan en matière de contentieux électoral réjouira bien des Africains. Car il ne manquera certainement pas de faire tache d’huile en Afrique. Comme Raila Odinga, beaucoup d’autres opposants ou leaders de partis politiques du continent savent pertinemment qu’ils ne sont pas toujours perdants lors des élections, ainsi qu’on le leur en fait croire ou impose. Mais tout se passe ainsi, parce que tout simplement le droit n’est pas souvent dit, que les institutions à charge de dire le droit et de dénouer les contentieux électoraux manquent souvent d’hommes de valeur. Des hommes ou des femmes capables, et cela sans frémir, de dire le droit au nom du peuple tout entier et non celui des princes du moment qui gouvernent. Et comme le dit si bien la formule consacrée : « les institutions ne valent que par ceux qui les animent… » Les Africains s’en rendent bien comptent à présent au Kenya depuis ce 1er septembre 2017. Au grand dam des observateurs étrangers. Car en Afrique, tout se passe généralement comme une lettre à la poste lors des élections présidentielles, quels que soient les nombreux et manifestes tripatouillages que les opposants dénoncent.

 

En effet, les observateurs étrangers, qu’ils soient africains ou occidentaux, ont rarement le courage de contrarier les régimes au pouvoir en Afrique dans l’organisation de leurs élections. Même lorsqu’ils ont parfois conscience qu’elles sont bel et bien truquées d’avance ou bâclées à des fins inavouées. Peut-être, parce qu’ils voient rarement ou préfèrent ne point voir en amont les tripatouillages des élections africaines. Tout est tellement bien fait, par des tours de passe-passe dignes de grands prestidigitateurs que même des experts en magie noire électorale en Afrique peineraient à déceler en aval les travers à la dernière minute. Mais alors, que diantre vont-ils observer lors des différentes élections ?

 

Au Kenya, tout semblait si parfait et bien organisé qu’observateurs étrangers et chancelleries étrangères n’ont fait qu’exercer des pressions sur le malheureux candidat Raila Odinga pour qu’il accepte les résultats du scrutin, tandis que celui-ci menaçait de jeter ses partisans dans les rues du pays. Pour ce dernier, il s’avérait inutile de soumettre quelque recours à la Cour suprême, en en jugeant hâtivement de par ses expériences passées. Sans qu’on sache ni comment ni pourquoi, il va finalement changer d’avis pour en référer à l’instance compétente en la matière, en choisissant ainsi l’option pacifique.

 

Contre toute attente, après avoir étudié les recours de Raila Odinga, la Cour suprême a pris la décision d’invalider la présidentielle d’août dernier au Kenya. Ce faisant, elle a donc posé un acte courageux et sans précédent dans l’histoire du Kenya. N’en déplaise au président Uhuru Kenyatta qui l’a vertement critiquée. Il s’est agi en tout cas d’une décision courageuse qui sonne comme un message solennel aussi bien aux Kenyans qu’à tous les Africains. Ainsi que Barack Obama l’a dit et martelé du reste du haut de la tribune de l’Union africaine à Addis-Abeba en Ethiopie, lors de son voyage officiel et historique en Afrique en tant que président des Etats-Unis : « Personne n’est au-dessus de la loi, même pas le président (…) Je ne comprends pas pourquoi les gens veulent rester le plus longtemps (au pouvoir), particulièrement quand ils ont beaucoup d’argent… » Et, en guise de rappel, de leur ajouter ceci : « Quand je suis venu pour la première fois sur le continent en tant que président, j’ai dit que l’Afrique n’avait pas besoin d’homme fort, mais d’institutions fortesL’Union africaine peut être l’une d’elles ».

 

Pour l’heure, l’Union africaine est loin d’être l’une d’elle. C’est plutôt la Cour suprême du Kenya qui s’en approche. Dont acte ! Mais au-delà de son acte éminemment démocratique et symbolique pour l’Afrique que constitue l’invalidation de sa présidentielle, et au moment même où les Etats-Unis de Donald Trump sont empêtrés dans un véritable imbroglio quant à la dernière présidentielle américaine ( avec en toile de fond l’affaire des immixtions russes), l’on est en droit de dire que le Kenya a donné aussi une magistrale leçon de démocratie aux Etats-Unis. Ironie du sort.

 

Par Marcus Boni Teiga

 

 

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