Martin Luther King – La voix qui résonne encore

Martin Luther King, le pasteur protestant, militant des droits de l’homme, pacifiste et écrivain, symbole de la lutte pour l’égalité entre les races, continue d’occuper les médias. Plus d’un demi-siècle après son assassinat, et plus particulièrement maintenant. Et cela pour deux raisons : "sa prophétie" qui s’est accomplie à travers l’historique élection en 2008 de Barack Obama et la montée des actes de violences contre les Noirs américains ces dernières années. Autant de situations qui relancent plus que jamais, le débat sur l’"égalité raciale".

 

Martin Luther King (Photo Wikipédia)Martin Luther King (Photo Wikipédia)

Kofi Annan, encore Secrétaire général des Nations Unies, résumait Martin Luther King Jr, dans ce qu’il convient d’appeler la raison de son existence, son combat pour la justice en ces termes : «Martin Luther King a su mieux que quiconque parler des idéaux de paix, de dignité et de justice, sans équivoque, inlassablement, avec une incomparable force de conviction. Et une voix comme la sienne ne fait pas que nous parler, elle parle aussi pour nous. » Dans l’histoire contemporaine du peuple Noir, rarement un leader aura marqué les siens que Martin Luther King, l’apôtre de la non-violence.

 

Une voix : celle d’un peuple Noir dit « citoyens de seconde zone »

 

Nous sommes dans les années 1950 aux États-Unis. Près d’un siècle après la fin de la guerre de cessation. Cependant, le Sud des Etats-Unis continuait d’être le théâtre de fortes violences racistes contre les Noirs avec des assassinats de pasteurs et de toute voix qui s’élevaient contre l’injustice dont est encore aujourd’hui victime le peuple Noir américain. Le 1er décembre 1955, lorsque Rosa Parks, une jeune femme noire couturière, est arrêtée et condamnée pour avoir violé les lois ségrégationnistes de la ville en refusant de céder sa place à un Blanc, une voix se fera entendre. Celle du jeune pasteur de l’Eglise baptiste de l’avenue Dexter à Montgomery, la capitale de l’Etat de l’Alabama. Don Juan, avec  sa voix, ses tenues toujours soignées, ancien lauréat du prix de l’éloquence, est un fin pessimiste religieux. Martin Luther King Jr brillait non seulement par son sens de l’organisation mais aussi par son charisme.  « Frères, puisqu’on ne veut pas des Noirs dans les bus, cessons de les emprunter ».

 

A cet appel de boycott des autobus de la ville, la communauté toute entière va se mobiliser. Et pendant 381 jours, les 50.000 Noirs de Montgomery vont arpenter les trottoirs ou vont se rendre à leur travail dans des voitures privées utilisées collectivement. Les bus de la ville tournent à vide et frôlent la faillite. Ce qui, au pays du capitalisme, est un crime et en l’occurrence celui de lèse-majesté. Le jeune  King est arrêté avec d’autres leaders pour boycott illégal. Mais une instance supérieure révoque la sentence. Après un an de boycott, précisément le 13 novembre 1956,  la Cour suprême déclare illégale la ségrégation raciale dans les autobus. Ainsi, la non-violence vient de remporter sa première victoire.

 

Une vision : « un monde de justice et de fraternité de tous les enfants de Dieu »

 

Martin-Luther-King-Jr- PHOTO 2

 

« Le nouveau Moïse » ou « le nouveau Gandhi » comme on le surnommait, a eu à organiser et mener des marches pour le droit de vote des Afro-Américains, la déségrégation, le droit du travail et d’autres droits fondamentaux. Dès lors, Martin Luther King allait apparaître comme le leader national du mouvement de résistance. En janvier 1957, les leaders noirs de dix Etats du Sud se rencontraient pour former le Southern Christian Leadership Conference (SCLC), et King en est élu président. Pour commencer, ils se donnent deux objectifs : mettre fin à la discrimination pratiquée dans les transports ailleurs qu’à Montgomery malgré la nouvelle loi, et l’accession des Noirs au droit de vote.

 

Au total, pour la seule année de 1957, le leader charismatique du mouvement noir a prononcé 208 discours en parcourant des dizaines de milliers de kilomètres. Le thème la défense des droits civiques était le dénominateur commun de toutes ses interventions. Selon lui, pour obtenir ces droits, il fallait que les Noirs commencent par acquérir le respect d’eux-mêmes. Preuve de la popularité grandissante de King : en mars 1957, Kwame Nkrumah l’invitait aux cérémonies qui marquèrent l’indépendance du Ghana. A son retour d’Afrique, les deux mouvements de lutte, la SCLC et le National Association for the Advancement of Colored People mené par William G. Anderson, décidaient d’organiser une manifestation à Washington, le 17 mai 1957, pour le troisième anniversaire de la décision de la Cour suprême supprimant la ségrégation dans les écoles.

 

25 à 30.000 Noirs et quelques Blancs, massés devant le Mémorial de Lincoln, écoutèrent les orateurs qui réclamaient la fin de la ségrégation raciale. Un mois plus tard, il était reçu, en compagnie de Ralph Abemathy, par le vice-président Nixon. Ensuite, le 23 juin, c’était au tour du président Eisenhower de lui accorder une audience. Mais dans les deux occasions, on ne lui fit que des réponses très vagues, qui aboutirent à une loi affirmant le droit de vote des Noirs mais n’offrant guère d’espoirs d’application immédiate. Le langage de King, lui, était ferme et exigeant.

 

Un an plus tard, précisément en septembre 1958, il allait essuyer des attaques verbales et physiques de toute part et sera même arrêté par la police au lendemain de la publication de « Combats pour la liberté« . Comme si cela ne suffisait pas, à sa sortie de prison, une femme noire exaltée, que des campagnes de diffamation contre le pasteur avaient convaincue que celui-ci était communiste, lui plantait un coupe-papier en acier dans la poitrine. Il frôla de justesse la mort. Pendant sa convalescence, invité par Nehru, il se rendit avec sa femme en Inde, sur les traces de Gandhi.

 

Un chemin : celui de la non-violence

 

« Oui, je considère la non-violence comme l’arme la plus puissante, la plus efficace, pour tous ceux et plus particulièrement les Noirs qui cherchent la justice raciale aux Etats-Unis ». Ainsi dit, le futur plus jeune Prix Nobel de la Paix ne trouve autre moyen, mieux que celui de la non-violence pour non seulement faire passer son message mais aussi pour faire supprimer la loi ségrégationniste, faire voter le Civil Rights Act de 1964 et le Voting Rights Act de 1965. Et pour réussir à atteindre ses objectifs, le pasteur usait de deux armes : la désobéissance civile et les discours. La première, la désobéissance civile, est un héritage qu’il doit à la philosophie de désobéissance civile non-violente comme décrite par Henry David Thoreau et utilisée avec succès en Inde par Gandhi. Ensuite, le point d’orgue du combat de Martin Luther King fut son illustre discours « I have a dream », où il manifesta sa volonté et son espoir de connaître une Amérique fraternelle.

 

Cette déclaration est considérée comme un des meilleurs discours de l’histoire américaine. Par contre il sera contesté même par certains de ses alliés tels que Malcolm X.  C’est surtout face à la décision d’utiliser des enfants même dans une manifestation non-violente qui est d’ailleurs très critiquée, entre autres, par le ministre de la Justice Robert Francis Kennedy et Malcolm X qui déclara que « les vrais hommes ne mettent pas leurs enfants dans la ligne de mire ». Martin Luther King, qui resta silencieux et en dehors de la ville quand un de ses amis organisait les manifestations des enfants, comprit le succès de l’événement et déclara au culte du soir : « J’ai été inspiré et touché par ce jour et je n’avais jamais rien vu de la sorte. »

 

Martin Luther King Jr, le descendant d’une race de pasteurs

 

Martin Luther King a vu le jour à Atlanta, le 15 janvier 1929 en Géorgie. Sa mère, Alberta Williams, institutrice avant son mariage, était la fille d’Adam Daniel Williams, pasteur pendant dix-sept ans de l’Eglise baptiste Ebenezer et pionnier de la résistance aux discriminations raciales : membre de la National Association for the Advancement of Colored People, il avait lutté pour obtenir un collège secondaire pour les Noirs et fait boycotter un journal raciste. Son père, Martin Luther King Senior, était également pasteur, et il succéda d’ailleurs dès 1931 à Adam Williams dans la responsabilité de la paroisse.

 

Le milieu où le jeune Martin Luther King allait grandir était donc celui d’une bonne classe moyenne. Tout en étant très bagarreur et très émotif, il connut effectivement une enfance paisible imprégnée de morale évangélique. Martin Luther King a ignoré le ghetto et la misère, les rats et la vermine, qui étaient et restent le lot de plusieurs millions de Noirs américains et il eut toutes les facilités pour entreprendre de bonnes études. Son père, fils d’un ouvrier asservi de plantation, avait su s’élever dans la société, acquérant à la fois une influence de responsable spirituel et une aisance matérielle certaine.

Martin Luther King a été assassiné par un ségrégationniste Blanc sur le balcon du Lorraine Motel à Memphis dans le Tennessee le 4 avril 1968 aux environs de 18 h.

 

Dix jours avant cette tragique disparition, au 68ème Congrès annuel des Rabbins américains, plus exactement le 25 mars 1968, le Rabbin Abraham Heschel King voyait juste quand il dit que « Martin Luther King est une voix, une vision, un chemin…. C’est tout l’avenir de l’Amérique qui dépend de l’impact et de l’influence du Dr King. »

 

Par Ghislain Gandjonon

 

 

 

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