Maryse Condé – Une femme de lettres émérite venue de Guadeloupe

Maryse Condé n’est pas seulement une écrivaine prolifique. Elle touche aussi à tous les sujets qui la passionnent. Et cela donne des livres aussi variés que passionnants.

 

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Maryse Condé est né le 11 février 1937 à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Elle a voyagé à travers le monde en emportant avec elle son île, sa Guadeloupe natale. L’écrivaine aime souvent à asséner à ses lecteurs des vérités auxquelles ils ne s’attendent parfois pas. Ses livres foisonnent de ces propos et sentences qui font tilt dans la tête du lecteur.

 

Avant de découvrir l’Afrique, l’ancienne disciple d’Aimé Césaire et ancienne enseignante à l’Université de Columbia est passée par l’hexagone. Après sa scolarité en Guadeloupe, bien entendu. C’est à Paris qu’elle étudie l’anglais à La Sorbonne et qu’elle rencontre aussi son premier mari, Mamadou Condé. Puis viendra ensuite le temps de l’Afrique. Elle s’y installe, mais finit par se rendre compte que l’Afrique qu’elle découvre n’est pas celle qu’elle s’était imaginée. Nous sommes au début des indépendances quand elle s’installe en Guinée. Et bien après son divorce, elle continuera d’y vivre. Elle va enseigner notamment au Ghana, au Sénégal. ce qui la met au contact des réalités de ce continent.

 

Dans ses témoignages de sa rencontre avec l’Afrique, elle est sans fard pour emprunter un mot qui figure dans le titre d’un de ses livres. Mais même si elle est déçue de cette Afrique-là, Maryse Condé a cette probité de reconnaître que c’est grâce à ce contact qu’elle est devenue elle-même. Comme s’il était agi d’un électrochoc. Rien d’étonnant donc si nombre de ses ouvrages sont inspirés du contexte africain ou de l’histoire africaine. On peut citer, entre autres, Ségou, Les derniers rois mages.

 

Quand elle revient en France au début des années 1970, elle se lance à fond aussi bien dans l’enseignement que dans l’écriture. Ce n’est qu’après qu’elle part pour les Etats-Unis où elle va enseigner à l’Université de Columbia. Depuis 1981, son époux en secondes noces, Richard Philcox, est en même temps le traducteur de nombre de ses ouvrages en anglais.

 

A la question d’un confrère, Maryse Condé répondait ce qui peut à peu près résumer comment elle se définit en ces termes : « Je crois que je ne serai jamais rien d’autre qu’une Guadeloupéenne. Une Guadeloupéenne à ma manière, qui parle peu créole, qui réside en partie à New York, qui a visité le monde… Mais au fond de moi, le lieu qui a fait ce que je suis, mes parents, mes souvenirs d’enfance, ont créé quelque chose que ne pourrai jamais modifier. J’aime la Guadeloupe, le pays, la nature, les sons, les images. Je mourrai guadeloupéenne. Une Guadeloupéenne indépendantiste ».

 

Lauréate de plusieurs prix, l’écrivaine guadeloupéenne est notamment Prix de l’Académie française pour Vie scélérate en 1988, Prix Puterbaugh, pour l’ensemble de son œuvre, Grand prix du roman métis pour En attendant la montée des eaux en 2010. En application de la loi Taubira de 2001 reconnaissant la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité, c’est à Maryse Condé qu’on doit la proposition de la date du 10 mai pour commémorer  la  Journée de l’abolition de l’esclavage. Et elle préside, par ailleurs, le Comité pour la mémoire de l’esclavage dont la création en a découlé. Au titre des décorations, Maryse Condé a été élevée au rang de : Officier de l’ordre de la Légion d’honneur  en 2014, Grand officier de l’ordre national du Mérite en 2011, Commandeur de l’ordre national du Mérite en 2007, Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres en 2001.

 

Par Jean Kebayo

 

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