MEXIQUE – VICENTE GUERRERO : Président, Afro-descendant célèbre, mais presque oublié…

Le Mexique est l’un des pays d’Amérique où de nombreux Noirs ou Afro-descendants ont marqué l'histoire de leur empreinte indélébile. Vicente Ramón Guerrero Saldaña est l’un d’eux. Deuxième président du pays, cette grande figure presque oubliée et voire inconnue au-delà des frontières du Mexique, resurgit de l’oubli. A la faveur de l’avenement au pouvoir de Barack Obama aux Etats-Unis.

 

Vicente Guerrero (Illustration: Wikipédia)Vicente Guerrero (Illustration: Wikipédia)

Vicente Guerrero n’est pas le seul homme politique d’Amérique, du Sud et du Nord compris, avec une ascendance africaine à avoir occupé le poste de président de la République de son pays. Mais s’il a bénéficié d’un coup de projecteur rétrospectivement en guise de clin d’oeil de l’histoire, il le doit à l’avènement au pouvoir de Barack Obama aux Etats-Unis. Son origine africaine ayant conduit nombre de Mexicains à se souvenir ou se rendre compte qu’eux aussi, avaient eu leur président « noir » ou « métis ». Et ce, bien avant les Américains. Toute chose qui fit resurgir et répandre le souvenir de Vicente Ramón Guerrero Saldaña bien au-delà du Mexique.

 

La mémoire collective loue toujours la bravoure et le patriotisme de celui qui était aussi appelé « El Negro Guerrero » par ces mots désormais célèbres: « Mi patria es primero ». Autrement dit, la devise qui fut la sienne en ces temps agités de la période révolutionnaire du pays.  « El Negro Guerrero » est un enfant de Guerrero. C’est-à-dire la localité de Tixla rebaptisée Tixla de Guerrero après sa mort le 14 février 1831, en hommage à tout ce qu’il a fait pour son pays. C’est là à Tixla située à 100 km de la ville d’Acapulco dans la Sierra Madre Occidentale qu’il voit le jour le 10 août 1782, dans une famille de modestes commerçants.

 

Un destin hors du commun

 

Plutôt que de marcher dans le sillage tout tracé de sa famille, Vicente Guerrero va plutôt choisir le métier des armes. Et il gravit les échelons autant qu’il s’illustre tout au long de sa carrière. Mais ce qui va surtout montrer la grande stature de l’homme, ce sont les événements qui vont se produire à des milliers de kilomètres du Mexique, dans l’Espagne qui est la puissance coloniale et tutélaire du Mexique. Quand Napoléon Bonaparte profite des divisions entre les Bourbons d’Espagne et fait abdiquer à Bayonne la famille royale, il impose en remplacement son frère aîné Joseph Bonaparte en tant que nouveau Roi d’Espagne en plein conflit. Malheureusement, Joseph Bonaparte est connu pour être un personnage sans caractère. Surtout dans ce métier des armes qui n’est pas au départ le sien et où il faut à la fois intelligence et stratégies pour commander. Pire, le nouveau Roi d’Espagne ne s’entend même pas avec ses chefs militaires.

 

 

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Un chef militaire au coeur du pouvoir

 

A l’indépendance du Mexique en juillet 1822, on trouve Vicente Guerrero dans les rouages du pouvoir d’Agustín de Iturbide couronné comme Empereur sis le nom d’Augustin 1er. Toutefois, Vicente Guerrero est loin d’être un partisan de la monarchie impériale. Il revendique la mise en place d’une République qu’il finit par obtenir. L’abdication de l’Empereur lui ouvre alors la voie du pouvoir. Il va devenir membre du gouvernement, d’avril 1823 à octobre 1824. Entre autres postes, il occupe de manière très éphémère celui de ministre de la Guerre et de la Marine du 8 au 29 décembre 1828. C’est à la suite de l’élection à la présidence de la République de Manuel Gómez Pedraza que  Vicente Guerrero se démasque. Appuyé par le général Antonio López de Santa Anna, il décide de s’emparer du pouvoir par un coup d’Etat le 1er avril 1829. Ainsi devient-il le deuxième président de la République du Mexique. Mais quelque temps après, il est déchu lui aussi. Pour autant, il ne renonce ni ne désespère de revenir au pouvoir par les armes ou par les élections. Malheureusement, le régime de l’époque qui se méfie de lui fait feu de tout bois pour le mettre hors d’état de nuire. Le général Antonio Facio met alors secrètement sa tête à prix. Trahi et arrêté par un de ses proches moyennant rétribution, il est jugé de manière expéditive et condamné par un conseil de guerre pour rébellion le 15 janvier 1831 à Oaxaca. Lequel conseil de guerre décide par ailleurs de son exécution pure et simple le 14 février à Cuilapan.

 

GUERREROO

Héros national envers et contre tout

 

L’histoire retient pour la postérité que, rentré au pays après sa campagne d’Espagne, Vicente Guerrero a joué un rôle de premier plan dans l’accession de son pays à l’indépendance. Tandis que son père qui était un proche de la couronne espagnole voulait qu’il prête allégeance au vice-roi de la Nouvelle Espagne (Mexique), il rejette catégoriquement la volonté paternelle. Il a alors cette phrase à l’endroit de son père et qui restera à jamais tout aussi célèbre que lui : « La volonté de mon père est pour moi sacrée, mais ma patrie passe au premier plan ». Une devise devenue celle de nombreux Etats du Sud du Mexique en son honneur. En mémoire de Vicente Guerrero, l’Etat de Guerero porte aussi le nom de ce Président et Afro-descendant. Ses restes ainsi que ceux de nombreuses autres grandes figures du pays reposent dans le mausolée de la colonne de l’Indépendance à Mexico, la capitale du Mexique.

 

Par Abdul Yazid

 

 

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