MUSIQUE – Miriam Makeba : Quand la musique devient une arme de combat

La “ clic-clic girl” ou “Mama Africa ” est l’une des plus grandes ambassadrices qui aura le mieux vulgariser la culture africaine tant par sa musique que par ses réalisations à travers le monde. Son succès planétaire lui a aussi permis de donner un écho particulier à la lutte contre le régime raciste qui a dirigé son pays l’Afrique du Sud pendant de nombreuses décennies jusqu’à la sortie des enfers de la prison de Nelson Mandela

 

Miriam Makeba.Miriam Makeba.

 

Comme Cesaria Evora, Miriam Makeba a vu le jour dans la misère et devient elle aussi orpheline de père à moins de 10 ans. Cependant, elle, Miriam Makeba, à la différence de la Diva-aux-pieds-nus, en plus de l’étiquette de vedette  de la World music, est à tout point de vue la militante de la lutte anti-apartheid la plus connue de l’histoire et l’idéaliste d’un panafricanisme qui s’étendrait du désert du Sahara au Cap.

 

Pas « Pata pata » mais « Come back, africa » ou plutôt « Lacouxonilinga » !

Contrairement à ce que laisse croire la rumeur, ce n’est pas son célébritissime Pata pata qui a fait connaître la vedette au-delà des frontières de son Afrique du Sud natale. Certes, ce tube demeure le plus grand succès de sa carrière depuis 1956. Mais c’est grâce à sa participation au film Come back, africa du cinéaste américain Lionel Rogosin qu’elle est remarquée au-delà des frontières de sa raciste Afrique du Sud d’alors. Ce dernier a identifié Miriam Makeba alors qu’elle venait de finir une prestation avec le groupe African Jazz and righty qui comptait à l’époque plus de 30 artistes. « Il est venu voir le spectacle. Parmi tous ces artistes, c’est moi qu’il a choisi parce que j’étais presque la seule qui chantait des chansons africaines. Il m’a mise dans son film qu’il a appelé « come back africa ». Le film a été tourné clandestinement en Afrique du sud parce qu’il montrait certaines choses qui se passent politiquement dans notre pays entre nous et les Blancs de l’Afrique du Sud».

 

Miriam-Makeba-Pata-Pata PHOTO 3

 

A 27 ans, elle sera invitée, en 1959, à Londres en Grande Bretagne ensuite à Paris et à Aix-en-Provence en France pour présenter le film qui entre temps est remarqué au festival de Venise. C’est donc sa participation à la réalisation du film, plus précisément pour avoir exécuté sa chanson Lacouxonilinga, qui lui ouvre la porte des scènes du monde.  De l’Europe, elle s’est rendue aux Etats-Unis d’Amérique pour, au départ, faire quatre semaines. Mais son séjour au pays de l’oncle Sam s’étend jusqu’à près d’un an. Car, « les étudiants commençaient à me demander des tournées dans toutes les universités des Etats-Unis ». Du coup, elle est considérée comme une personne ressource devant répondre aux multiples questions que se posent tous sur l’apartheid tel que ses concitoyens le vivaient. Elle ne répondait qu’en disant « ce qui est vrai mais ça ne plaisait pas  aux autorités». C’est ainsi qu’elle entame une carrière internationale mais interdite chez elle, en Afrique du Sud, pendant plus de trente ans.

 

Miriam Makeba, l’expatriée politique qui devient la « citoyenne du monde »

Ce voyage pour raison de ‘’carrière professionnelle’’ vers Londres, est en réalité, sans qu’elle-même ne le sache, ses adieux pour sa chère et bien aimée Afrique du Sud pour 31 ans d’exile. C’est quand elle voudrait se rendre aux obsèques de sa mère qu’elle est informée, à sa grande surprise, de la décision du gouvernement d’alors de l’interdiction de son retour au pays. Le principal motif de son statut d’expatriée politique réside dans sa participation au film satirique sur l’apartheid Come back, africa et à ses réponses  dans les interviews largement médiatisées lors de son séjour aux Etats-Unis. C’est alors pour elle l’occasion de mieux s’engager dans la lutte contre l’apartheid.

 

Ses prises de position et sa notoriété vont faire d’elle une citoyenne du monde à qui l’on propose de nombreux passeport. Et très tôt, elle a eu plusieurs personnalités, toutes nationalités confondues, acquises à sa cause. Entre autres, on ne peut ne pas évoquer l’artiste Harry Belafonte avec qui elle décrocha en 1966 un Grammy Award ; le Président d’alors de la Guinée équatoriale, Sékou Touré, qui lui offre à Conakry une hospitalité et une chance de se faire entendre à la tribune des Nations Unies. La militante saisit l’opportunité pour mieux faire passer son message anti-apartheid.  « Je vous demande d’user de votre influence pour que s’ouvrent les prisons et les camps en Afrique de Sud. Le régime de Vervod a transformé mon pays en une grande prison ». Ce cri de cœur complique sa situation d’expatriée aux près des autorités américaines et est à l’origine de sa condamnation officielle à l’exil. En 1990, elle devient, après la Guinée en 1960, l’Algérie en 1972, citoyenne d’honneur de la France. Mais en1990, elle revient au bercail au lendemain de la libération de Nelson Mandela, un de ses camarades de lutte contre le régime raciste après 27 ans de prison.

 

Le rêve de papa « achevé » à titre posthume

Née le 04 mars 1932 à Johannesburg d’une mère xhosa, guérisseuse traditionnelle, et d’un père professeur qui décède six ans après sa naissance, Zenzi Makeba découvre les vicissitudes du régime apartheid avec l’emprisonnement de sa mère alors qu’elle n’avait que quelques jours. Elle est accusée d’avoir fait et vendu la bière locale, chose interdite dans le temps. Déjà très petite, Zenzi découvre sa passion pour la musique. « Ma mère chantait très bien. D’ailleurs j’ai puisé un peu d’elle. J’ai commencé à chanter très très petite. J’ai chanté à l’école, j’ai chanté dans les chœurs. Elle me disait que le rêve de mon père c’est de m’envoyer étudier la musique et de me voir chanter. Elle m’encourageait beaucoup ». C’est ainsi qu’à l’âge de 20 ans, après la naissance de Bongi, sa fille ainée, 3 ans plus tôt, elle intégra successivement Cuban Brothers à qui elle doit son surnom de scène Miriam, et Manhattan Brothers.

 

Le dernier concert de Miriam Makéba, au cours duquel elle s'éteint le 9 novembre 2008 à Naples en Italie.Le dernier concert de Miriam Makéba, au cours duquel elle s’éteint le 9 novembre 2008 à Naples en Italie.

Pour survivre, elle s’était donnée à des métiers tels que bonne d’enfants à Pretoria et laveuse de taxis à Johannesburg. C’est là qu’elle va écrire en 1956, le registre Pata pata qui a eu « beaucoup de succès » et demeure le plus grand succès de sa carrière. En 1959, le destin frappe à sa porte avec sa rencontre avec Lionel Rogosin pour le tournage du film Come back, Africa. C’est le départ pour une carrière internationale près de 50 ans. A 73 ans, en 2005 elle mit fin à sa carrière. Mais continuait à militer pour ses causes. C’est ainsi qu’en 2008, en soutient à l’écrivain ivoirien Roberto Saviano, auteur de Gomora traqué par la mafia, elle fait un concert en Italie. A l’issue de cette prestation, à Castel Volturno, le dimanche 09 Novembre elle passe de vie à trépas.

Avec son art, avec sa voix et ses chansons elle aura fait connaître le malheur, la souffrance de son peuple au monde entier. Elle aura symbolisé par son talent musical le combat contre l’apartheid. Miriam Makeba restera pour l’histoire mouvementée de l’Afrique du Sud  l’une des militantes, des combattantes pour la liberté. Une véritable icône.

 

Par Ghislain Gandjonon

 

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