RD CONGO – ALTERNANCE : L’Angolais Lourenço fait bouger les lignes

João Lourenço est le nouveau président élu en Angola. A Luanda, il assure la continuité du pouvoir MPLA. Ancien ministre de la Défense, il passe pour un fin connaisseur de la région. En RD Congo, pays en proie à une instabilité permanente à la suite de la non-tenue d’élections en 2016, João Lourenço est présenté comme celui qui vient bouger les lignes, en vue d’une probable alternance démocratique au sommet de l’Etat.

 

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L’Angola a un nouveau président. Il s’appelle João Lourenço. Ancien ministre de la Défense, João Lourenço a été coopté par le MPLA, le parti présidentiel, comme le principal dauphin de Dos Santos qui a jeté l’éponge  après 38 ans de pouvoir à la tête de l’Angola. C’est le mardi 26 septembre 2017 que le nouveau président a pris ses fonctions à Luanda, en présence des chefs d’Etat africains, dont Joseph Kabila de la RDC, Denis Sassou Nguesso du Congo/Brazzaville, Edgar Lungu de la Zambie et Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire. L’Angola a enfin vécu son alternance démocratique par la voie des urnes.

 

À 63 ans, ce père de six enfants est un pur produit du système sur lequel José Edouardo Dos Santos a régné durant 38 ans. Né en 1954 dans la ville côtière de Lobito, le nouveau président, formé en Histoire à l’Académie Lénine de Moscou, a été d’abord commissaire politique du MPLA avant d’en devenir le secrétaire général. Un temps écarté du pouvoir pour avoir voulu faire de l’ombre à Filomeno Dos Santos, le fils de José Eduardo, dans un scénario de succession dynastique, il est envoyé à la vice-présidence de l’Assemblée nationale. Il revient de cette traversée du désert avec sa nomination au poste de ministre de la Défense.

 

Mais, dans la sous-région, l’alternance démocratique est une denrée rare qui peine à se vendre sur les places publiques dans d’autres pays, essentiellement la RDC. Les élections étant continuellement renvoyées aux calendes grecques par la manie du pouvoir en place, la RDC n’est pas encore prête à s’inscrire dans le schéma angolais. Certes, il aura fallu 38 ans au pouvoir pour que José Eduardo Dos Santos cède son fauteuil, mais le plus important est que l’Angola a franchi un cap de son histoire politique. Il a donné un bel exemple dont toute l’Afrique qui se veut démocratique devrait s’inspirer.

 

Ancien ministre de la Défense, João Lourenço a été au cœur du pouvoir angolais. Il a vécu toutes les années de guerre et rébellion avec l’Unita de feu Jonas Savimbi. Son élévation au rang de chef d’État angolais n’est donc pas le fait du hasard. Il rentre dans la ligne du MPLA qui compte, avec lui aux commandes, assurer la stabilité d’un pays post-conflit et étendre l’influence de son Etat dans la sous-région.

Mais, en dehors de l’Angola, le nouveau président passe pour une énigme. Il est peu connu du grand public. Il n’est pas non plus grand parleur. De ce point de vue, il reste un mystère pour ses pairs de la région.

 

Que faut-il attendre de Lourenço ?

 

Que nous réserve Lourenço ? C’est la question que tout le monde se pose. De Kinshasa jusqu’à Pretoria, en Afrique du Sud, tous cherchent à pénétrer le personnage du nouvel homme fort de Luanda.

Aurait-il de la même influence que son prédécesseur José Eduardo Dos Santos ? S’inscrira-t-il dans le style politique qu’affectionnait son prédécesseur ? Il faut dire que João Lourenço intrigue plus qu’il ne rassure. Et c’est en République démocratique du Congo que son personnage énigmatique est retourné dans tous les sens.

 

Dans les rangs du pouvoir, les volte-faces du pouvoir angolais face à la barbarie qui s’installe en RDC a jeté un pavé dans les rapports généralement tendus entre Kinshasa et Luanda. L’afflux des réfugiés congolais au Nord de l’Angola fuyant les troubles du Kasaï ont créé un climat de méfiance entre les deux pays. Craignant d’être submergé par le problème congolais, Luanda s’est vu dans l’obligation d’intensifier sa présence militaire à sa frontière nord avec la RDC. Dans l’enclave de Cabinda, le même mouvement des troupes angolaises a été également observé. A Kinshasa, Luanda est perçu comme un voisin gênant de qui tout peut arriver. Dans un sens comme dans un autre.

 

En fait, Luanda est dans le viseur du cercle au pouvoir à Kinshasa. Tous les faits et gestes du nouveau leadership angolais sont suivis de très près. La MP craint que la grande menace ne vienne de la capitale angolaise. Raison ou vue d’esprit ? Difficile à dire. Toutefois, le changement intervenu à Luanda ne pouvait nullement laisser indifférent Kinshasa. Ce dernier se sent intéressé à tout point de vue. Aussi d’aucuns sont-ils d’avis que le déplacement dans la capitale angolaise du président Kabila, mardi dernier, à l’investiture du président Lourenço s’inscrirait dans ce cadre. Une façon pour le président Kabila de jauger son prochain homologue du Sud.

Peut-on dire qu’entre Kinshasa et Luanda, on est déjà inscrit dans le schéma de la décrispation ? C’est prématuré de se lancer sur cette voie. Car, du nouveau président angolais, on n’en connait pas grand-chose.

 

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Luanda–Lusaka–Pretoria : le nouvel axe stratégique

 

Luanda aura sûrement une influence sur la sortie de crise en RDC. C’est plus qu’une certitude. Mais, la question qui taraude les esprits est celle de savoir comment João Lourenço va s’y prendre. Restera-t-il dans le schéma de Dos Santos ? Difficile à dire. Mais, si l’on devait s’en tenir à la ligne du parti, MPLA, qui l’a porté au pouvoir, on peut s’attendre à ce qu’il n’y ait pas d’ajustements majeurs dans sa politique extérieure, particulièrement vis-à-vis de la RDC. Mais, formé et créé à l’image de Dos Santos, Joao Lourenço pourrait certainement être porté par l’envie d’imprimer sa marque après les 38 ans de règne de Dos Santos.

 

La crise humanitaire dans le Kasaï, qui a déversé en Angola des milliers de réfugiés congolais, pourrait lui servir d’alibi pour intensifier son influence en RDC. D’ores et déjà, des réfugiés du Kasaï sont arrivés en Zambie en grand nombre, ajoutés à ceux fuyant des affrontements entre l’armée congolaise et des milices autour des villes de Pweto et de Moba dans l’ex-Katanga.

Lusaka redoute déjà un débordement. Son président Edgar Lungu en a fait part au Sud-africain Jacob Zuma qui, selon Lusaka, passe pour le parrain du régime en place à Kinshasa. Il devrait l’aborder dans les prochains jours avec le nouveau président angolais, Joao Lourenço.

 

Selon le porte-parole du gouvernement zambien, cité par l’édition Afrique de La Libre Belgique, les trois présidents ont promis de mettre leur effort en commun pour « permettre de faire baisser la tension qui a fait naître cette crise des réfugiés qui pourrait déstabiliser toute une région ».

Sur l’axe Lusaka – Luanda – Pretoria, un plan de sortie de crise en RDC se met en place, dit-on dans les milieux diplomatiques. Tout a été gelé, en attendant la passation des pouvoirs à Luanda.

 

Entre le Sud-africain Jacob Zuma, qui arrive fin mandat en décembre prochain, et Edgar Lungu, le Zambien, il y a quelque chose qui se construit. Mais, rien ne pourra se faire sans l’Angola de João Lourenço. Avec la nouvelle philosophie qui s’installe dans la capitale angolaise, des lignes devraient vraisemblablement bouger. Dans ses apparitions antérieures, alors ministre de la Défense, le nouveau président angolais s’est généralement montré réticent vis-à-vis du régime de Kinshasa.

 

Entre Lourenço et Kabila, ce n’est donc pas le parfait amour. On est loin de relations apaisées qu’entretient le président Kabila avec le Sud-africain Zuma.

Avec un Zuma sur le départ, un Edgar Lungu imprévisible et un nouvel arrivant, Lourenço, non négligeable dans la géostratégie sous régionale, Kinshasa est tiraillé entre l’anxiété et l’inquiétude. Ce qui expliquerait qu’il se mette sur le qui-vive. Quoiqu’on dise, l’arrivée de Lourenço à Luanda aura de l’influence certaine à Kinshasa où le peuple congolais tout entier n’aspire qu’à une seule chose : l’alternance démocratique. Dans ce jeu plus que jamais ouvert, Joao Lourenço apporte une nouvelle donne. Des lignes vont bouger. Sans faute.

 

Le Potentiel

 

Source : http://www.lepotentielonline.com

 

Le Potentiel (RD Congo)

 

 

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