MUSIQUE – Une histoire négro-africaine de la harpe

Si la harpe fut perfectionnée en Mésopotamie, il n’en demeure pas moins vrai que son invention trouve ses racines profondes en Afrique Noire. Instrument de musique de prédilection des historiens ou conteurs traditionnels, la harpe a une histoire qui se confond avec celle des confréries initiatiques de la préhistoire africaine. Comme en atteste d’ailleurs ses différents noms dans les langues négro-africaines.

 

Représentation de joueur de harpe dans l'Egypte ancienne.Représentation de joueur de harpe dans l’Egypte ancienne.

 

La harpe est l’un des plus anciens instruments de musique au monde. Il existe aujourd’hui plusieurs sortes de harpes. Mais la harpe arquée et la harpe angulaire furent pendant longtemps les seuls types connus.

 

L’origine de la harpe a souvent été attribuée à la civilisation sumérienne comme bon nombre d’inventions anciennes dont les traces se perdent dans les temps les plus anciens en dehors de l’Egypte. Mais l’on s’aperçoit que cette propension à vouloir attribuer la plupart des inventions anciennes à la Mésopotamie ne résiste plus aux moindres fouilles ou recherches en Afrique Noire, pour peu qu’on s’y attèle.

 

Les découvertes effectuées en Mésopotamie attestent de l’existence de la harpe ainsi que d’autres instruments comme la lyre à une période qui remonte à 3.500 avant Jésus-Christ. Elles étaient utilisées dans les cercles des rois et des religieux. La harpe fut, peut-être, améliorée et propagée en Mésopotamie. Mais il reste que sa naissance est sans doute bien antérieure à son apparition dans cette région du monde.

 

En Egypte, plusieurs représentations montrent encore de nos jours des joueurs de harpe d’une époque ancienne. Les archives hiéroglyphiques permettent par ailleurs d’affirmer que les harpes arquées furent utilisées au cours des trois empires que la civilisation égyptienne a connus. Sa plus ancienne attestation remontant cependant à la 4ème dynastie pharaonique.

 

A l’instar de beaucoup d’éléments de culture communs à la Nubie et à l’Egypte qui ont souvent évolué différemment, la harpe n’a apparemment pas fait exception. L’Afrique Noire a conservé la forme arquée qui est passée de l’antiquité à nos jours en ne subissant au passage que de très légères améliorations. En effet, plusieurs peintures rupestres datant de 4.000 ans avant Jésus-Christ et représentant une multitude de harpistes dans diverses postures notamment dans le massif de l’Ennedi au Tchad prouvent, si besoin en était encore, une origine bien lointaine. Mais ce statut génétique comme bien d’autres restera un grand sujet à controverse.

 

Une Kora (Photo Wikipédia)Une Kora (Photo Wikipédia)

Musicologues et autres spécialistes s’accordent actuellement pour dire que toutes les harpes ont pour premier ancêtre l’arc musical de l’Afrique Noire. Certains allant jusqu’à penser même que c’est l’arc musical qui a donné naissance à l’arc de chasse. Il va sans dire que ce furent donc des Africains qui diffusèrent leur fameuse harpe arquée en Mésopotamie bien avant qu’elle ne subisse les modifications et ne soit exportée vers d’autres continents.

 

S’il faut reconnaître aux Babyloniens comme certains le suggèrent l’invention de la harpe en deux parties distinctes, ils ne sauraient avoir cependant la paternité de l’invention de la harpe à eux autrefois maladroitement attribuée. En revanche, c’est par la Mésopotamie qu’elle se répandit dans le reste du monde des îles de la Mer Egée jusqu’à Rome en passant par la Grèce.

 

La harpe africaine est traditionnellement l’instrument de prédilection des conteurs d’histoire ou historiens traditionnels. Elle est parfois harpe-luth ou harpe-cithare ou plus généralement appelée Kora. Elle a plusieurs noms : Mvett en Ekang, Korakou en Nateni, Ngoni en Mandingue, Ennanga (harpe royale) du Buganda, Kundi en Mangbetu…Et, preuve de son importance dans les institutions et les sociétés anciennes, elle était considérée comme « la mère de toute chose ».

 

Par Serge-Félix N’Piénikoua

 

 

 

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Le . Par Serge-Félix N'Piénikoua.

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