BENIN – Le ministère de la culture fondu dans celui du sport: y a-t-il à désespérer ?

 

Florent Couao-Zotti, écrivain.

Éternel recommencement. C’est le sentiment qui, à chaque fois, m’étreint lorsqu’on recourt à des habitudes qui n’ont jamais prospéré, qui n’ont jamais fait bouger les lignes et qui, à bien des égards, nous ont éloignés de l’essentiel. Le ministère de la culture, seul portefeuille à subir des migrations de toutes sortes, vient encore une fois d’être attelé au sport, flanqué qu’il était déjà du tourisme.

 

S’il se trouve des gens à applaudir le fait, chez les hommes de culture, cette énième mue, renseigne nettement sur la place assez limitée que le Chef de l’État, Patrice Talon accorde au secteur dans son programme et dans son action. Du reste, le titulaire sortant, Ange Nkoué, de par son inertie et ses choix hasardeux, a achevé de le rendre détestable à ses yeux et à le convaincre de son option. En réalité, Ange Nkoué, tout le temps qu’a duré sa gestion, s’est querellé constamment, non pas avec le monde culturel, mais avec quelques opportunistes prétendument artistes incapables de vivre sans les jetons du fonds d’aide à la culture.

 

Je disais donc que l’expérience a déjà montré les limites des fusions et autres attelages incongrus. Car, adjoint à tout autre ministère, le secteur culturel a toujours souffert du non-investissement personnel du titulaire du portefeuille. Même s’il a la possibilité de déléguer une partie de ses compétences à ses cadres, le ministre n’a généralement pas une influence prépondérante et suivie sur ce département. Ses approches ne sont jamais pareilles et la dynamique qu’il pourrait insuffler à un seul secteur ne peut être équivalente à celle de trois départements. D’ailleurs, c’est le ministre qui, de par sa vision, sa méthode et sa connaissance du domaine, donne impulsion à son portefeuille, c’est lui qui met en synergie, par ses initiatives et son esprit créatif, le programme d’action sectoriel du gouvernement.

 

Il y a plus de deux ans, j’avais envoyé à Patrice Talon un document où avait été élaboré un programme culturel articulé en six chapitres, avec des échéanciers exécutoires sur cinq ans. J’y ai proposé des réformes hardies, de la diplomatie culturelle, l’identification des fonds pour les grandes réalisations et surtout le ministère de la culture comme dénomination unique. Ce travail que m’a demandé Johannes Dagnon et dont on n’a sans doute pas feuilleté la moindre page, insistait sur l’indispensable indépendance de ce ministère et la nécessité d’y mettre un technicien, un homme du sérail, un connaisseur. Car le secteur exige des compétences de plus en plus pointues et la boutade « tout le monde peut faire la culture » relève d’un non-sens dramatique que les hommes politiques doivent évacuer de leurs convictions sentencieuses. Les plus grands ministres de la culture de la France André Malraux (de Gaulle) et Jacques Lang (François Mitterrand) ont été d’abord des hommes de culture. C’est grâce à eux, à leurs réformes, à leurs grandes réalisations que la France est devenue le premier pays touristique au monde. Car le ministère de la culture n’est pas ce qui reste lorsqu’on a fini de tout distribuer, mais ce qui prime lorsqu’on veut développer son pays.

 

Florent COUAO-ZOTTI

 

 

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