CAMEROUN – CRISE ANGLOPHONE : Les vrais problèmes qui fâchent

Le premier Camerounais n’est pas anglophone. Le second ou le quatrième sont aussi francophones. Seul le Premier ministre, cinquième personnalité, est anglophone. Qui est le patron de l’armée au Cameroun ? Qui est le patron de la police ou de la gendarmerie ? Tous des francophones. C’est à croire que l’Anglophone n’est qu’un citoyen de cinquième zone.

 

Paul Biya, président du Cameroun.Paul Biya, président du Cameroun.

 

Au nombre des problèmes qui fâchent les compatriotes anglophones, on retrouve en première place la question du «Common Law» par opposition au «Droit civil». Le premier est en usage chez les Anglophones alors que le second est l’outil des avocats d’expression francophone. L’incompatibilité entre les deux systèmes juridiques débouche sur d’insurmontables complications. En zone anglophone, au nom du Common Law hérité du colon britannique, l’avocat peut au gré des circonstances officier comme «juge», notaire ou huissier de justice. Ce fait a profondément modelé la manière dont les hommes de loi dans la partie anglophone du pays ont été formés. Cela fait forcément problème lorsque le régime dominant francophone veut imposer la norme des Notaires distincts des huissiers et des avocats dans la partie anglophone.

 

Il y a plus sérieux. L’Etat du Cameroun se plaît à nommer des juges francophones dans les régions anglophones. Les débats des procès sont menés en français et les verdicts sont rendus en français, personne n’est sûr que tout le monde s’est compris. Le détail qui a conduit à la dernière grève des avocats était la mise à disposition des versions traduites en anglais des textes de l’Ohada. Depuis près de vingt ans, les avocats anglophones ont attendu en vain. Si les Francophones s’é- taient retrouvés dans une situation où ils sont jugés par des magistrats anglophones, ils comprendraient mieux le problème posé par leurs compatriotes anglophones. A force d’user de faux-fuyants, le Cameroun est parti en morceaux. Le pays compte désormais trois ou quatre barreaux de fait.

 

Las d’attendre, ils sont déjà passés à l’action : ils ont simplement créé des barreaux dissidents. Ce sont entre autres le NOWELA (North-West Law lawyers), la FAKLA (Fako Lawyers Association), la MELA (Meme lawyers Association), entre autres. Qui peut jurer de la caution du Barreau camerounais dans un tel cafouillage ? Selon Bernard Muna, ce cafouillage est la responsabilité du gouvernement, lequel multiplie des refus d’agir et ajourne indéfiniment des décisions alors qu’il y a urgence. On l’aura vu avec le nouveau code de procédure pénale. Bernard Muna évoque les péripéties qui ont conduit à une autre impasse politique. Au début des années 80, l’Etat du Cameroun a entrepris de concevoir une loi consensuelle (la première !) sur le code de procédure criminelle. Sur trente experts réunis pour l’exercice, on ne comptait que 6 avocats anglophones. Le code de procé- dure pénale a été mis en texte mais la majorité francophone au ministère de la Justice, sous la férule de Laurent Esso et de Foumane Akame, a choisi de bloquer ledit projet, on ne sait pour quelle raison. Jusqu’à ce que le Président Biya lui-même fasse relire le projet du code de loi par des experts du Commonwealth qui ont conclu, après lecture, que le texte ne souffrait d’aucun défaut textuel. Pourquoi les Francophones avaientils choisi de bloquer, pendant 25 ans, un texte de loi qui avait l’avantage d’être au moins consensuel et qui pouvait être appliqué indifféremment à Yaoundé, à Douala, à Bamenda et à Buea ?

 

La marginalisation des Anglophones procède donc de ces manœuvres souterraines et très malveillantes. Ce n’est ni plus ni moins ce que Bernard Muna appelle la «tyrannie des Francophones» sur les Anglophones. Ce sentiment de marginalisation est encore plus accentué lorsque les administrateurs civils nommés dans le Sud-ouest ou dans le Nord-ouest sont majoritairement choisis parmi les Francophones et appelés à administrer des populations qui ne parlent que l’anglais. On n’a pas fini de chercher des administrateurs parlant l’anglais et formés dans la même école, l’Enam de Yaoundé. Mais on ne les nomme presque jamais, ce qui en rajoute au mécontentement des Anglophones et finit par mettre le feu aux poudres.

 

Mais il en va autrement pour la question de la corruption. Bernard Muna est très édifiant de ses analyses éclairées. Mais il va un peu trop vite en besogne lorsqu’il parle des Universités de Bamenda et de Buea, pensées pour créer une sorte d’émulation entre les deux. Mais l’avocat ne se surveille pas lorsqu’il déclare qu’on sait tous où est le siège de la corruption au Cameroun. Les victimes de l’opération Epervier sont peut-être rarement anglophones comparés aux francophones, mais pour la crise de l’université de Buea, les observateurs savent que l’argent donné aux Etudiants comme primes d’excellence académique a fini dans les poches de quelques délinquants indélicats qui sont même capables de voler l’argent d’enfants qui vivent au quotidien avec la faim dans le ventre. Pour l’université de Buea, on n’a pas seulement volé l’argent mis à disposition pour les enfants, on a institué dans l’administration de l’université un système d’amende au nom duquel un enfant en retard de paiement de ses frais de scolarité doit payer une amende de 10 mille francs. On a vite fait de leur envoyer la police sauter sur le campus, avec des abrutis qui en profitent pour violer de jeunes étudiantes. «Imfamita !», comme aurait dit le parrain Don Vito Corleone.

 

Pour ce coup, le coupable n’est autre que la professeure Nalova Lyonga, vice-chancelier de l’université de Buea. Déjà visiblement très fatiguée, elle n’est cependant pas décidée à prendre une retraite bien méritée. Ce n’est pas une Francophone, mais une Anglophone qui a été appelée pour gérer l’université chez elle.

 

Bounya Lottin

 

Source: Les Nouvelles du Pays (Cameroun)

 

 

 

 

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