HAÏTI – Une voix du Mali, invitée d’honneur au festival international Général Alexandre Dumas

Invitée d’honneur, du 24 au 28 août 2017, à la 1re édition du festival international Général Alexandre Dumas, organisé par l’Université Nouvelle Grand’Anse (UNOGA), Mama Toumani Koné, qui vient du Mali, accompagnée de son manager français, Alain Rubin, nous parle de son enfance marquée par son père qui lui a légué son amour pour la musique. Elle n’a pu s’empêcher de rapprocher Haïti du Mali. Ces pays constituent à ses yeux une même famille. Cet entretien s’est tenu le 2 septembre, à la résidence du fondateur de l’UNOGA, l’ex-sénateur Maxime Roumer, après la série de performances de l’artiste.

 

Yvon Janvier.- Mama Toumani Kone, vous êtes une artiste qui nous arrive du Mali pour participer au festival international Général Alexandre Dumas et partager votre talent avec le public grand’anselais. Comment étant femme au Mali êtes-vous arrivée à la chanson, à la musique ?

 

Mama Toumani Kone.- Bonsoir. Je voudrais avant tout saluer tous les Haïtiens qui m’ont chaleureusement accueillie ici en Haïti. Haïti, comme dans la famille, c’est la famille. Je m’appelle Mama Toumani Koné. Mama, c’est mon nom.Toumani, c’est de mon père. Koné, c’est la famille.

Mon père, maintenant décédé, était un grand chanteur au Mali. Grâce à Dieu, c’est moi qui le remplace maintenant car c’est lui qui a marqué mon enfance.

 

YJ.- Pour évoluer en tant que femme, en tant qu’artiste au Mali, pour devenir l’artiste que vous-êtes maintenant ?

 

MTK.-(Rires, soupir). Ben, c’est la famille. J’observais mon père, je n’allais pas à l’école…..

 

Alain Rubin : Petite parenthèse. Vous avez vu ça sur la plaquette, Mama Toumani Koné, chantre des chasseurs, parce qu’auprès de son papa, elle a appris ce que lui continuait depuis ces vieilles traditions des chasseurs qui remonte au VIIe siècle. Ce patrimoine extrêmement important et profond, cet homme le possédait totalement. Il en a fait la transmission à sa fille qui l’a acquis, certes, d’une manière empirique mais elle est reconnue au Mali justement parce qu’elle assure cette continuité, chose qui est profonde dans la culture du Mali.

 

YJ.- Vous voulez donc dire que le milieu familial a été favorable à Mama et le milieu social a également permis à Mama d’évoluer ?

 

MTK.- Je chante, je joue en tant que musicienne. Mon père chantait pour le Dosu, la musique traditionnelle. Moi, je fais les deux, je chante toujours au nom de mon père, et j’embrasse aussi un style un peu plus moderne.

 

YJ.- L’instrument que vous utilisez qui ne nous est pas trop familier, c’est quoi, parlez-nous en.

 

MTK.- C’est un instrument du Weseolo, mon village natal, au Mali. Il y a différents types, Cora et Nogoni.

Cora, c’est pour les griots. Le Nogoni, c’est pour tout le monde, pour les jeunes qui s’amusent. Dans mon village, on l’appelle le Kamele Ngoni (kamelngoni). C’est grâce à mon père que je maîtrise autant cet instrument.

 

AR.- Mama a cette particularité qu’elle chante et joue alors que d’autres artistes n’arrivent qu’à chanter sans pouvoir utiliser le Ngoni.

 

MTK.- Le Cora, ça fait 24 cordes, mais le Nogoni de chez nous, c’est 8 cordes. D’autres ont six cordes.

 

YJ.- Là maintenant, Mama vous êtes en Haïti, comment vivez-vous cette expérience ?

 

MTK.- Pour moi, il n’y a pas trop grande différence avec le Mali. Les musiciens, les gens m’ont très bien accueillie. Parmi eux, Asaphe, on a chanté ensemble. Ça veut dire qu’il y a des liens d’amitié qui se sont déjà créés.

YJ.- La décision de venir en Haïti venait de vous ou de quelqu’un d’autre ?

 

MTK.- En gros, c’est grâce à mon manager… comme lui il est là, je le laisse vous en dire plus.

 

AR.- C’est à la fois simple et complexe. Avec le sénateur Roumer, nous nous connaissons depuis 1977…. depuis le séisme, on a repris contact et je lui ai fait connaître Mama Toumani pour lui suggérer l’envie de porter cette culture de l’Afrique par-delà les milieux simplement africains… On a donc arrangé tout cela avec Maxime Roumer pour nous retrouver en Haïti.

 

YJ.- Apportez-vous un message aux Haïtiens, aux Grand’anselais en particulier?

 

MTK.- Je chante la paix…

 

AR.- Quand j’ai écouté ce titre en bamabara  « N sigui Kamiri », Assieds-toi et réfléchis, i.e., n’agis pas de manière inconsidérée. C’est une chanson qui m’a capturée, ouvert l’esprit sur cette musique.

 

YJ.- Et l’expérience, parlez-nous un peu de l’expérience vécue ici, dans la Grand’Anse. Quelles sont vos observations ? Qu’est-ce que vous ressentez ?

MTK.- C’est bien, ici ! Il y a des montagnes, la mer. C’est comme chez nous au Mali, c’est pas trop différent. Je vois des femmes porter des seaux d’eau, comme chez nous, avec les mêmes difficultés…

 

YJ.- Dans l’une de vos chansons hier soir, vous avez parlé des enfants orphelins, comme pour inviter à prendre soin d’eux…

 

MTK.- Le titre, c’est « Dem se ou »,[AR :difficile de transcrite le bambara en caractères arabes ou latins] l’enfant des rues. Moi, je joue pour les enfants. L’enfant des rues, il ne mange pas, ils ne dort pas bien. Il faut les aider. L’enfant, c’est l’enfant… ! Tous mes quatre albums que j’ai déjà sortis, mon combat premier, c’est les enfants.

 

YJ.- Et vous comptez revenir en Haïti ?

 

MTK.-Je suis tombée d’amour pour Haïti…tout le monde est content de me voir (rire)…je suis très, très contente aussi.

 

AR.- Il faut dire que l’accueil a été vraiment fort, à l’UNOGA, à Anse-d’Hainault, cela a été une fusion totale, et chanter en créole haïtien a été aussi quelque chose pour eux. Au fait, elle a créé deux titres ici, une chanson d’amour et une adaptation de « Wangolo wale ».

 

YJ.- Et cette chanson-là qui a fait danser toute le monde « nge nge, zinging zinging’ », qu’est-ce qu’elle raconte comme histoire ?

 

MTK.- Le jour où je tombe amoureuse de quelqu’un, je lui demande si tu m’aimes dis-moi la vérité, mais si tu m’aimes pas, c’est pas la guerre, laisse-moi tout simplement. Dans une relation, c’est la franchise et la sincérité qui importent….. les hommes qui frappent les femmes,  je suis contre. La femme, c’est comme l’enfant. Elle peut pas faire bien tout le temps…. si tu l’aimes, il faut toujours pardonner au lieu de la brutaliser.

 

YJ.- Qu’est-ce que nous avons oublié de dire ?

 

MTK.- Des remerciements au sénateur Maxime,  tous ceux dans son entourage qui ont organisé et m’ont accueillie ici, et aussi les ressortissants maliens travaillant avec les Nations unies et qui étaient venus m’accueillir à Port-au-Prince.

 

Propos recueillis par Yvon Janvier

jyvon21@gmail.com

 

 

 

Source : lenouvelliste.com

 

Le Nouvelliste (Haïti)

 

 

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