RD CONGO – ALEXANDER DE CROO : « Pas d’issue possible avec Kabila »

Entre Bruxelles et Kinshasa, c’est le « je t’aime moi non plus ». Puissance coloniale, la Belgique suit de très près tout ce qui se passe dans son ancienne colonie et ne jure que par l’organisation des élections pour sauver la RDC d’un chaos généralisé né de la non tenue d’élections dans les délais constitutionnels(décembre 2016). « Pas d’issue possible avec Kabila », lance Alexander De Croo, vice-Premier ministre belge qui estime que le chemin des élections ne peut être balisé tant que le président Kabila trônera.

 

La Belgique se positionne en faveur de l’alternance en République démocratique du Congo. Bruxelles ne rate pas une seule occasion pour alerter la communauté internationale face au chaos politique dans lequel est plongée la RDC, son ancienne colonie.

 

Après l’intervention de son Premier ministre, Charles Michel, devant la tribune des Nations unies, la Belgique vient de récidiver par la voie de son vice-Premier ministre, Alexander De Croo. Ce dernier ne mâche pas ses mots. Interrogé par le média néerlandophone MO.be, il a laissé entendre que la République démocratique du Congo « n’était pas un État, mais un système d’enrichissement personnel ».

 

Selon l’home d’Etat belge, il est impossible que la situation s’améliore sur le plan politique comme humanitaire en RDC tant que Kabila restera aux commandes. « Il me semble plus qu’évident que le Congo n’organisera pas d’élections cette année. Si cela continue comme ça, elles n’auront pas lieu l’année prochaine non plus. Le plan, à savoir confier à Kabila la transition vers des élections auxquelles il ne peut participera échoué », a déclaré Alexander De Croo.

 

Alexander De Croo présente un pays en état de décomposition, miné par une catastrophe humanitaire. Dans l’état actuel de la RDC, le vice-Premier ministre belge minimise les chances de remonter le pays sous la présidence de Kabila. « À cause de la corruption et du ralentissement de l’économie, les pouvoirs publics congolais ne disposent à présent plus d’aucuns moyens. Puisque militaires et  fonctionnaires ne sont plus payés, la corruption augmente et la situation ne fait qu’empirer. Pendant ce temps, la situation humanitaire est dramatique. Le conflit interne qui a éclaté au Kasaï s’est propagé dans 9 des 26 provinces de la RDC. L’année passée, on dénombrait le nombre record de 3,8 millions de déplacés. L’ONU estime que les besoins humanitaires s’élèvent à plus de 800 millions de dollars, dont à peine un quart serait disponible aujourd’hui. Le financement souffre donc d’un déficit de 600 millions de dollars. Nous devons faire en sorte que l’intervention humanitaire soit possible », soutient-il.

 

D’après lui, seule une coordination des Nations Unies pourrait la garantir. « Il faut instaurer une certaine stabilité avant de pouvoir accorder un financement et ensuite mettre partiellement fin à la corruption », préconise-t-il.

Le gouvernement de Kabila peut-il être maintenu en fonction durant un tel processus ? Alexander De Croo tranche : « Dans les conditions actuelles, je ne vois pas comment ce serait possible ».

 

Pression accrue sur la personne de Kabila

 

Si la Belgique hausse le ton, dans les rangs de la communauté internationale, le régime de Kinshasa perd de plus en plus de terrain. L’arrivée annoncée de l’ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies, Nikki Haley, donne tout le sens de la forte pression qui est exercée sur le président Kabila.

 

Il est envisageable que Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis à l’Onu, profitera de sa prochaine visite au Congo pour avertir Kabila qu’il risque de comparaître devant la Cour pénale internationale (CPI) s’il tire sur des manifestants, prédit le media Belge Mo.be. En RDC, note le media belge, « la bombe n’a pas encore explosé. La colère gronde toujours parmi la population, certes ». « Si de nombreux acteurs restent prudents en public, en coulisses, l’agitation est réelle », ajoute-t-il.

 

Cité par le même media, Mgr Marcel Utembi, président de la Cenco (Conférence épiscopale nationale du Congo), a, lors de son passage dans la capitale belge, évoqué le risque d’une déflagration populaire en RDC.

 

Selon la même source, d’intéressantes informations circulaient en marge de la conférence de presse animée par Mgr Marcel Utembi, au cours de son dernier séjour dans la capitale belge. L’Église et d’autres acteurs travaillent à la possibilité que l’ambassadrice de l’ONU Nikki Haley envoie un message univoque à Kabila lors de sa visite du 21 octobre : « Si vous tirez sur vos citoyens, vous encourrez une persécution de la Cour pénale internationale ».

 

Très influente au Conseil de sécurité où elle siège pour le compte des Etats-Unis, Nikki Haley n’écarte pas la possibilité de soumettre personnellement cette question au Conseil de sécurité de l’ONU afin que celui-ci, en vertu de l’article 13 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, qualifie toute violence qui serait exercée envers la population d’acte d’agression et la renvoie à la Cour pénale internationale.

 

Porteuse de la nouvelle politique de fermeté adoptée par le président Donald Trump, Nikki Haley ne ménage pas Kinshasa. Elle a déjà tenu des propos très critiques envers le régime de Kinshasa à plusieurs reprises. Elle s’est notamment opposée à la candidature du Congo au Conseil des droits de l’homme de l’Onu. Reste à savoir si le Conseil de sécurité – et surtout les membres permanents la Chine et la Russie – serait prête à suivre Nikki Haley dans sa démarche, relativise Mo.be.

 

La pression exercée sur le clan Kabila s’accentue. Le 3 octobre 2017, sept sénateurs américains ont écrit au Président Trump pour lui demander de prendre les commandes d’une action internationale en vue d’empêcher une hécatombe en RDC.

Sur l’axe Bruxelles – New-York – Washington, le dossier RDC est au centre d’intenses tractations diplomatiques. Une chose est sûre : la communauté internationale a levé l’option de ne pas laisser la RDC et son peuple sombrer dans le chaos. L’appel d’Alexander De Croo s’inscrit dans cet élan.

 

Le Potentiel

 

Source : http://www.lepotentielonline.com

 

Le Potentiel (RD Congo)

 

 

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