RD CONGO – CALENDRIER ÉLECTORAL : C. Nangaa renvoie la balle au gouvernement

La tripartite du Palais du peuple est entrée dans le vif du sujet. Le président de la Céni, Corneille Nangaa, était la grande vedette de la journée. Sur la table des discussions, il a déposé son bouquet de 504 jours comme une variable incontournable mais susceptible d’être revue à la baisse à condition que les parties prenantes se montrent promptes à répondre aux contraintes financières, logistiques et sécuritaires. La balle est donc lancée en direction du gouvernement.

 

Après les formules protocolaires de samedi dernier, la tripartite du Palais du peuple où se retrouvent autour de la table des discussions la Céni, le Cnsa et le gouvernement a pris une autre dimension. Les parties ont engagé, hier lundi, des discussions autour du processus électoral. Quoi de plus normal que Corneille Nangaa, président de la Céni, vole la vedette à tout le monde lors de la séance de lundi. Il en a d’ailleurs été le principal orateur.

 

Corneille Nangaa a circonscrit son exposé sur le processus électoral en mettant en relief le chemin critique qui mène vers les élections. Sans surprise, il a posé le délai de 504 jours après l’enrôlement du dernier électeur comme base de discussions dans la tripartite. Dans la foulée, le président de la Céni n’a pas exclu la possibilité d’écourter ce délai. Le tout dépendant, selon lui, de la promptitude du gouvernement à répondre aux préalables qui déterminent les échéances inscrites dans le calendrier électoral.

Pour attaquer le travail de fond, trois commissions ad hoc ont été mises en place pour examiner les contraintes techniques, politiques, logistiques et financières prises en compte dans le schéma qui a débouché au délai de 504 jours posé par la Céni. Comme quoi, Corneille Nangaa s’est voulu ouvert.

 

Les 504 jours à renégocier

 

« L’exercice sera fait à cette évaluation. Toutefois, si au cours de l’évaluation, on fait une autre proposition qui tienne debout, les participants prendront acte », a indiqué Corneille Nangaa, estimant ce délai repose sur « des variables et des constantes ». « 504 jours, on peut réduire. C’est une variable. C’est question de faire ce qu’il faut parce qu’à défaut, cela peut aussi augmenter », a-t-il prévenu.

 

Prudent, le président de la Céni craint que les parties à la tripartite ne perturbent le schéma dans lequel s’est déjà inscrite son institution. Il a dès lors usé d’une métaphore, comme pour se disculper au cas où la machine électorale gripperait. Il s’est mis dans la peau d’un médecin qui prescrit 20 comprimés de la quinine à prendre dans dix jours en raison de deux comprimés par jour, alors que le patient aimerait bien les prendre en deux jours. En cas d’aggravation, le médecin ne serait pas tenu pour responsable de conséquences. Aussi considère-t-il ses 504 jours comme une prescription à respecter scrupuleusement pour éviter toute précipitation dans la programmation électorale.

Par ailleurs, il s’est dit étonné de l’agitation qui a suivi l’annonce du délai de 504 jours. « Les 504 jours après enrôlement pour convoquer les scrutins ne sont pas une nouveauté (…) Tous les acteurs politiques qui ont participé aux deux dialogues de la Cité de l’Union africaine et du Centre interdiocésain le savaient », note Corneille Nangaa.

 

Au-delà du schéma qui sortira de la tripartite, Corneille Nangaa estime que tout se jouera autour des moyens à mettre à la disposition de la Céni. Ce qui met le gouvernement devant ses responsabilités. Ecourter ou allonger le délai de 504 jours n’est pas le vrai problème, note Nangaa. L’enjeu repose sur les moyens à disponibiliser en faveur de la Céni. Sur ce point précis, Nangaa n’a pas voulu se lancer dans la spéculation. Mais, à l’instar du médecin, il n’exclut pas l’hypothèse de faire exploser le délai de 504 jours si son principal bailleur des fonds, c’est-à-dire le gouvernement, ne s’exécutait dans les délais prescrits dans le schéma électoral de la Céni.

 

En clair, de l’avis de Nangaa, la poursuite du processus électoral est de l’apanage du gouvernement ; la Céni ne se limitant qu’à un rôle technique dans l’organisation. Une belle manière de renvoyer la balle au gouvernement.

Hier lundi au Palais du peuple, le vice-Premier ministre de l’Intérieur, représentant le gouvernement, a brillé par un silence qui ne lui est pas familier. Fin orateur de la MP (Majorité présidentielle), Emmanuel Ramazani Shadary est resté curieusement collé à son siège sans piper un mot. A-t-il encaissé le coup lui assené par Nangaa ? Ou s’est-il rendu compte du poids de responsabilité qui pèse sur les épaules du gouvernement dont il fait partie. Ces deux hypothèses ne sont pas exclues.

 

Scrutins combinés : le 15 décembre 2019

 

Toujours est-il que Nangaa espère sortir de cette tripartite avec une idée claire sur la réalisation dans les meilleurs délais des « contraintes techniques et opérationnelles » au calendrier électoral. Il est conscient de l’immensité de sa tâche. « 45 millions d’électeurs attendus. 28 000 candidats députés nationaux attendus pour avoir 500 sièges à l’Assemblée nationale, Ce n’est pas une mince affaire », a fait savoir Nangaa, sans compter la présidentielle et les législatives nationales que la Céni projette d’organiser à la même date, soit le 15 décembre 2019, à en croire un projet de calendrier électoral qui circulait hier lundi dans les couloirs du Palais du peuple.

 

Selon ce projet de calendrier électoral, la Céni pense enclencher la machine électorale dès le mois de janvier 2018 après l’enrôlement dans l’espace Kasaï, suivi entre janvier et avril 2018 par l’enrôlement des Congolais de l’étranger. Il attend aussi l’adoption et la promulgation de la loi sur la répartition des sièges aux législatives nationales et provinciales, étape qui ne peut intervenir qu’entre août et septembre 2018. C’est donc le 29 novembre 2019, suivant ce projet de calendrier, que la Céni prévoit de convoquer le corps pour les trois scrutins combinés, à savoir la présidentielle, les législatives nationales et provinciales du 15 décembre 2019.

Pour le moment, la Céni n’exclut pas la possibilité de réduire ou d’augmenter ce délai. Tout dépend, s’est défendu son président lundi à la tripartite du Palais du peuple, de la volonté du gouvernement d’aller de l’avant.

 

Olenghankoy sur la décrispation et le dédoublement des partis politiques

 

Sur un autre registre, la tripartie du Palais du peuple est aussi l’occasion de vider les questions qui sont toujours restées pendantes, notamment celles liées à la décrispation du climat politique et au dédoublement des parties politiques. Tous les regards sont donc braqués vers le président désigné du Cnsa, Joseph Olenghankoy. Ce dernier ne l’a-t-il à l’occasion de ses différentes sorties publiques ? Les parties prenantes à l’Accord de la Saint Sylvestre attendent le voir à l’œuvre. Il s’agit, pour le président du Cnsa, de montrer sa capacité à faire triompher l’un des principaux prescrits du compromis politique du 31 décembre 2016 dont il n’a cessé de se réclamer. Pour autant que tous se retrouvent à la tripartite se réclament de cet accord.

 

Les questions de dédoublement des partis politiques et de la décrispation politique n’ont jamais trouvé de réponses convaincantes jusqu’à ce jour. Sur ce point précis, la MP, qui a pratiquement pris en otage tout l’accord, se contente plutôt d’une mise en œuvre sélective, au gré de ses intérêts et de son agenda.

 

Le Cnsa, qui est censé être le principal maillon dans la mise en œuvre de l’accord du 31 décembre 2016,  devrait donc peser de tout son poids pour vider définitivement ces deux questions. Passer outre reviendrait à confirmer le projet toujours défendu par la MP, à savoir, affaiblir davantage ledit accord et envenimer le climat politique délétère qui règne déjà dans le pays. A Joseph Olenghankoy de prouver l’indépendance d’esprit dont il s’est toujours targué. Sinon, il donnera la preuve réelle de son asservissement au diktat de la MP.

 

Le Potentiel

 

Source : http://www.lepotentielonline.com

 

Le Potentiel (RD Congo)

 

 

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