Pourquoi Claudy Siar a bien fait de crier sa haine…

 

 

A ceux qui croyaient que le combat pour la dignité de l’homme noir était fini, les images de Noirs en train d’être vendus comme du bétail en Libye, au coeur même de l’Afrique, sont venus rappeler à tous qu’il n’en est absolument rien. Et peut-être qu’il ne fait que commencer. A défaut d’avoir ses leaders parmi les chefs d’Etat et de gouvernement d’Afrique, il faut espérer que les Africains ou Afrodescendants eux-mêmes comprennent enfin qu’il leur appartient de s’organiser et de se défendre contre toutes les tentatives d’avilissement et de déshumanisation. Personne d’autre ne le fera à leur place.

 

A y regarder de près, l’homme noir est comme frappé d’amnésie générale concernant sa propre histoire sur laquelle il doit pourtant impérativement s’arc-bouter pour avancer. Tant et si bien que les élites qui dirigent l’Afrique Noire et qui sont censées remettre le Noir à sa place dans notre monde actuel, n’ont tiré aucune leçon particulière de cette histoire faite d’esclavage, de colonisation et autres traitements inhérents à la seule couleur de sa peau. Il n’est donc pas surprenant qu’aujourd’hui encore, en plein 21ème siècle, des joueurs Noirs ou métisses d’ascendance africaine subissent des huées « racistes » dans des stades, que des forces de sécurité de certains pays contrôlent de manière systématique ou tirent sans sourciller sur des Noirs, etc. Et, bien pire finalement, que des Africains – parce qu’ils sont des Noirs et que le Noir rappelle aisément un malencontreux et fâcheux antécédent historique – soient ainsi chosifiés et vendus sur des marchés aux esclaves. Au vu et au su du monde entier, sans que pourtant cela n’ébranle outre mesure la conscience sinon des gens partout du moins des Etats. Comme si on disait tout simplement : bah, qu’on vende du Noir, ce n’est pas nouveau, il suffit de fermer les yeux et de ne pas voir ! C’est en Afrique et c’est aux Africains de s’en occuper.

 

Pour un descendant d’esclave comme l’animateur de radio et de télévision, Claudy Siar, il y a de quoi crier sa haine…Cela se peut aisément comprendre, s’il faut malheureusement en arriver là pour que le monde entier entende enfin les râles de ces sans voix de migrants ou de nouveaux esclaves. Si les images de CNN diffusées par divers médias – de par leur flagrance et leur cruauté – ont eu l’avantage de choquer et de susciter une certaine mobilisation de l’opinion africaine et internationale, il y a cependant bien longtemps que le monde entier a choisi de fermer les yeux sur cette réalité. Y compris en Afrique même ! En dépit des nombreuses et incessantes dénonciations tant des médias africains qu’occidentaux. Pourquoi ? Au nom, sans doute, de la peur des migrants en Europe d’une part et d’autre part de la collusion des gouvernants occidentaux avec ces chefs d’Etat et de gouvernement africains, tous coupables d’incapacité à offrir chez eux des perspectives ou de l’espoir à leur jeunesse. Mais la problématique des flux migratoires de l’Afrique vers l’Europe ou l’irresponsabilité de nombreux dirigeants africains ou encore la faillite de la Libye ne saurait expliquer en aucune manière que des êtres humains soient ainsi maltraités et vendus comme des objets sur des marchés. Il y a là, au fond, de forts relents d’un passé esclavagiste qui n’a pas été bien soldé. Et les Africains doivent avoir le courage de le faire un jour ou l’autre.

 

Si seulement ces révoltantes et tristes images pouvaient réveiller une nouvelle conscience collective des Noirs à travers le monde, ce serait déjà un grand pas d’accompli. Car le combat doit être non seulement collectif et international mais également permanent. Le Noir qui, du fait qu’il vit épargné de cette détresse humaine, pense qu’il n’est en rien concerné par le sort d’autres Noirs qui sont vendus par des trafiquants sans foi ni loi, visés ou tués systématiquement par des policiers, hués par des individus plus abrutis que méchants sur des stades ou tout simplement méprisés par leurs compatriotes plus ignorants que « racistes » – et cela parce qu’ils sont tout simplement des Noirs -, il ne fait que se leurrer. Mais il ne s’agit pas seulement que du Noir, le Blanc aussi. En effet, la dignité humaine n’a pas de couleur. Elle n’a pas de frontières non plus. Elle doit donc être défendue par tous, indifféremment de la couleur de sa peau ou de l’endroit du monde où l’on vit. A l’égard du Blanc tout comme à l’égard du Noir.

 

Par Marcus Boni Teiga

 

 

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