LIVRE – Comme un funambule de Myrtille Akofa HAHO

« Comme un funambule » (64 pages) est le deuxième recueil de poèmes de Myrtille HAHO. L’œuvre est parue aux Éditions Flamboyant en novembre 2017. Gestionnaire-comptable de formation, l’auteure avait, l’an dernier, offert aux lecteurs les délices d’« Escalades », son premier ouvrage.

 

Myrtille Akofa Haho, poétesse béninoise.

 

Au premier contact de « Comme un funambule » , la première page de couverture indique par les différentes couleurs qui y sont présentes la pluralité de thématiques qui y seront traitées. En effet, ce recueil de 28 poèmes, se révèle comme la calebasse du Tba d’où l’auteure fait sourdre et communiquer les notes de ses émotions, ses douleurs, ses ressentis, ses sentiments, ses impressions, ses désirs.

 

Comme un funambule, elle marche délicatement sur le fil bleu de la vie au milieu de ces couleurs que sont les temps forts, beaux, mornes et tièdes de l’existence pour rejoindre le ciel représenté par le blanc où baigne le bonheur exprimé par le firmament.

 

Avec un style élégant, à cheval entre le courant et le soutenu, des expressions imagées à l’allure métaphorique puis de belles comparaisons, elle va de la souffrance à l’espoir en passant par les maux de la société. Elle rappelle la valeur de la femme en société sans oublier de nous faire goûter les délices de l’Eternité qui nous attendent à la fin de notre marche sur le fil suspendu, la terre. Elle annonce aussi, comme un prophète, de meilleurs lendemains pour l’Afrique déstabilisée par « le peu de convictions, les intérêts nombrilistes et une soif éhontée du pouvoir de nos dirigeants ».

 

Aussi énonce-t-elle le devoir d’aide et de l’action en ce lieu « des révolutions et de la négritude » Où « le port de la culture est un fardeau » et « la réclame de l’autre un cadeau ». Dépeignant un monde où l’enfer en transe grâce à la bonté de Dieu sans défaut, retrouve son anagramme initial : le paradis, elle ne manque point d’aborder le thème le plus connu en poésie, l’Amour, qui fait fleurir, gémir, pleurer et surtout vivre de plaisir:

 

« On ne cesse jamais d’aimer/ On aime toujours /Et plus d’un Tout amour est lié à la nature/ Quand il est gris, l’horizon est pâle et console avec mélancolie, /Quand il est beau, le ciel est bleu, la nuit étoilée et le monde est une fresque /Quand il est orageux, il ne profite qu’aux Hommes /Ils sont plus heureux que les héritiers de l’amour /À toutes fins, l’amour est toujours utile ». Oui, « A toutes fins, l’amour est toujours utile ».

 

La particularité de ce recueil réside dans le fait qu’il s’agit en définitive d’un compendium du savoir-vivre, un résumé de la philosophie dépeinte sous l’angle de la sagesse du Caméléon : « La terre a beau être ferme, il faut marcher avec circonspection, prudence et délicatesse. » « Comme un funambule » est une invite à prudence et à la persévérance, puisque ce qui importe à la fin, c’est moins le trajet et les aspérités de la route que la destination finale qu’il faudra atteindre en comptant sur soi-même et sur la solidarité humaine matérialisée par l’Amour qui est à la genèse et à la fin de toute existence. Par ailleurs, quand la poétesse professe le devoir et le vif désir quelque peu mélancolique de parler en langue Akofa, de chanter en mode Akofa, elle confesse sa foi en l’existentialisme et croit fondamentalement que chacun doit se dire tel qu’il est et oser étaler aux yeux du monde les richesses culturelles et artistiques de l’Afrique.

 

« Ici

Ici, nous sommes l’ombre des autres

Ici nous inventons les autres

Mais jamais nous-mêmes

Moi Akofa, j’écris en langue française

Je veux réfléchir en langue Akofa mais je suis

perdue

Je veux me déhancher en danse Akofa mais

la tâche est ardue

Pour chanter en Akofa, j’imprègne d’abord

mes sens, de l’oralité qui me foudroie

Jalouse, ma langue me gronde qu’en français

je n’accuse pas. » (P 14)

 

Des chiffres aux lettres en passant par les ressentis et la nécessité de communiquer au monde les rugissements intérieurs de ses peurs, angoisses, désespoirs et langueurs, Myrtille A. HAHO croit que vivre, c’est d’abord accepter de mourir pour l’éclosion de ce qu’on a de plus cher, sortir de son nid d’art pour déclamer son hymne à la vie :

 

« Au dernier souffle de ma vie, où mon âme

devra voyager seule sans mes caprices

Au dernier jour de mon monde où il ne me

restera plus que la terre comme sévices

Je ne veux ni œil ni mains

Ni palmes

Ni discours

Juste un peu de prières si j’en mérite

Et une tombe pour retourner poussière…. »  (P 27)

 

« Comme un funambule », un recueil de poèmes à lire même étant somnambule. Faites-vous plaisir.

 

Amoni BACHOLA

 

 

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