MAURICE – ÉLECTIONS AU NO 18 : Des indépendants affrontent les géants

 

Des 40 candidats en lice au No 18, 17 brigueront les suffrages en indépendants. Même si leur chance de l’emporter est minime, certains de ces outsiders sont décidés à en découdre avec les principaux blocs politiques. Que le dépouillement soit en leur faveur ou pas, ils se jettent dans l’arène avec le même acharnement. C’est ce que nous confient des candidats à cette élection partielle.

 

Nathalia Vadamootoo en est à sa quatrième participation à une élection. Elle “considère avoir les capacités propres à un député qui n’est pas partisan. Ce ne sont pas des qualités qu’on apprend à l’école ou qu’on développe à l’université. Elles sont innées”. Ses compétences sont suffisantes pour ne pas s’aligner avec les orientations et intérêts des partis politiques. Cette dernière et d’autres candidats indépendants sont armés de convictions politiques concrètes et d’une vision pour le développement du pays.

 

Être dans l’action.

 

L’économiste Pramode Jadoo en est à sa première expérience électorale. “À l’aube des cinquante ans de l’indépendance, les blocs traditionnels sont dépassés. Les gens revendiquent un changement sur la scène politique, avec des politiciens disciplinés et remplis de principes.”

 

C’est également sur cette conviction que Sonali Bhujun, 22 ans, la benjamine de ces partielles, justifie sa candidature. “C’est une opportunité en tant que jeune de tenter de changer les choses. Que ce soit dans les partis de gauche ou de droite, les scandales sont présents.” Lors des trois précédentes élections législatives, George Ah-Yan s’est présenté sous la bannière du Forum des Citoyens Libres. Mais c’est en indépendant qu’il a débuté en politique. “J’avais réalisé à l’époque qu’il fallait se battre pour ses droits à un autre niveau pour se faire entendre sur le terrain.”

 

Un député libre n’est aucunement lié aux intérêts du parti, aux souteneurs financiers ou aux groupuscules qui les soutiennent, analyse Nathalia Vadamootoo. Forte de cette liberté d’action, elle estime que ce statut facilite la communication avec l’électorat. “Cerner les problèmes des gens et proposer des solutions rapides.” Ne pas dépendre de la ligne politique d’un parti, “c’est à même de poser des questions pas forcément politiquement correctes et espérer obtenir des réponses. Mon combat est de rendre justice à ceux qui l’attendent, en menant un combat au sein du Parlement”, souligne George Ah-Yan. Nathalia Vadamootoo et George Ah-Yan estiment que les koz koze ne résolvent pas les problèmes. Ils préfèrent être dans l’action.

 

Pas pour faire de la figuration.

 

Le premier projet de Nathalia Vadamootoo, si elle est élue, est de proposer “une base de données citoyenne destinée à tous ceux qui veulent s’exprimer. Un outil efficace et technique pour cerner les besoins réels des Mauriciens”.

 

Menant un “modèle de campagne sur le terrain”, le chanteur engagé Nitish Joganah a été activement présent pendant 40 ans dans la lutte à côté de plusieurs partis. “Aujourd’hui, en tant qu’indépendant, j’ai une plate-forme pour dire des vérités.” Il compte travailler pour l’amélioration de la vie des Quatrebornais, en termes de développement et de bien-être. “Ma première action en tant que parlementaire serait une rencontre avec le Premier ministre pour en discuter de vive voix.” Il n’est pas candidat pour faire de la figuration. “J’ai une assise dans cette ville, étant du coin. Si je participe à cette partielle, c’est pour gagner. Mais c’est le peuple qui décide…”

 

Sonali Bhujun affiche la même confiance que le chanteur. “Ce n’est pas une barrière imaginaire qui va m’empêcher de représenter tous les Mauriciens.” Nathalia Vadamootoo est confiante en ses chances de sortir victorieuse de la joute électorale. Les quarante candidats qui aspirent au fauteuil de député sont au même niveau. “Au-delà des banderoles, des oriflammes, des affiches et autres pollutions visuelles, il faut écouter chacun et, au bout d’une réflexion, en choisir un. Si les choses sont vues de cette façon, tous ont leurs chances.” Point de vue que partage Nitish Joganah, qui estime “que ce ne sont pas les oriflammes et les banderoles qui déterminent l’issue des élections, mais les débats d’idées”.

 

Patience et vision.

 

Lors des législatives de décembre 2014, Vikram Hurdoyal a créé la surprise dans la circonscription No 10 (Grande Rivière Sud-Est/Montagne Blanche), en récoltant 9,775 voix, soit 2,000 voix d’écart avec le candidat d’un gros bloc politique. Déçu de ne pas être arrivé en tête de liste, le président du conseil de district de Flacq dit avoir écouté la voix du peuple pour participer aux élections de 2014. “Je suis moi-même issu d’une famille de classe moyenne.

Appréciant mes capacités, mon dévouement et ma volonté d’aider au développement de ma région, les villageois m’avaient encouragé à participer au scrutin.” L’appétit des électeurs pour une troisième force reflète le désamour des Mauriciens de leur système politique, estime Nitish Joganah. Ce dernier cite les changements qui s’opèrent dans le paysage politique à l’étranger. “Que ce soit en Inde avec Narendra Modi, en France avec Emmanuel Macron ou encore aux États-Unis.”

Loin d’avoir la manne financière dont disposent les gros blocs, les candidats indépendants utilisent leurs économies et sont aidés par des proches et des amis, qui mènent aussi campagne à leurs côtés. C’est l’argent de sa retraite que Pramode Jadoo utilise pour cette partielle. Dans son programme électoral, il se réfère “aux problèmes d’embouteillages et de parking dont souffrent les Quatrebornais. Je ne peux pas asphalter les routes ou construire des bâtiments, mais je peux faire pression pour avoir des résultats”. Même si le financement est un obstacle qu’il rencontre, George Ah-Yan compte participer aux législatives en 2019 car il croit en son combat. “Cela prendra le temps qu’il faudra, mais la patience et la vision apporteront leurs fruits. En participant, je fais entendre ma voix”.

 

 

Source : http://www.lemauricien.com

 

Le Mauricien (Maurice)

 

 

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