RODRIGUES – INSCRIPTION À L’UNESCO : Le séga tambour par la grande porte

 

Le séga tambour est aujourd’hui reconnu et a ainsi été classé au patrimoine mondial immatériel de l’humanité. L’instrument remonte au temps où les esclaves utilisaient ce rythme comme signe de résistance face à leurs maîtres. Plus d’une vingtaine de groupes traditionnels existent à Rodrigues, dont des jeunes s’adonnant à valoriser ce style de musique lié à la culture rodriguaise. Petit retour sur une déjà très longue tradition.

 

 

Dans les différentes danses et musiques traditionnelles de Rodrigues, il y a toujours le tambour qui accompagne l’accordéon. À chaque prestation d’un groupe dans les activités officielles et dans les différentes manifestations dans les villages, le séga tambour est ainsi toujours le point culminant des événements à Rodrigues. Au son de triangles, “bobre”, et boîtes de conserve vides frottées ensemble, cette musique traditionnelle se démarque grâce aux sons aigus. Le tambour, fabriqué avec de la peau de cabris, se chauffe toujours avec du feu de bois avant de pouvoir assurer un bon son.
À Rodrigues, les gens jouaient auparavant du tambour accompagnés de chants de femmes, dont les paroles des chansons parlaient de quelqu’un ayant fait du mal. Ce concept s’appelle « Mo konpoz twa an piblik ». Par exemple, nous pouvons entendre : « To deklar to sinser, gete ki pe pase kot twa ek tir sa gro dibwa ki dan to lizie avan to get lapay dan lizie to kamarad. » Ou encore : « Al rod dibwa trwa fey », qui signifie que des gens vont chercher des feuilles pour préparer une tisane afin de soigner une maladie ou pour les apporter aux sorciers.

 

 

Le fameux bal “rann zariko” se pratique encore à Rodrigues, où sont organisées des soirées de séga tambour. Au moment où le repas typique – composé de maïs, manioc, haricots, poissons aigre-doux et petits piments – est servi, une graine de haricot est placée dans une assiette et celui qui la trouve doit organiser le prochain bal de séga tambour. Le mot tambour vient de « tabour », qui signifie l’instrument, la musique et le son. On appelle quelqu’un jouant du tambour « vacarme », terme renvoyant à quelqu’un de plutôt tapageur.

 

 

Rose de Lima Édouard, commissaire des Arts et de la Culture à Rodrigues, se dit « fière » d’accueillir cette grande nouvelle. Pour elle, l’accession de Rodrigues au statut autonome a été obtenue grâce aux Rodriguais, qui ont toujours lutté pour plus de reconnaissance. Elle qualifie cette reconnaissance du séga tambour par l’Unesco de « grand pas en avant » et déclare que « ce moment est vécu à Rodrigues avec beaucoup d’émotions et une grande solidarité ». L’attente de Rodrigues, selon elle, est arrivée à ses fins avec succès. « Je souhaite que le séga tambour aille encore plus loin et soit plus vivant afin que le monde puisse vivre pleinement cette musique et cette danse traditionnelle à travers le séga tambour. » Le chef commissaire, Serge Clair, lui, a invité les Rodriguais « à construire Rodrigues de nos rêves ». Il poursuit : « Avec cette nomination, Rodrigues est en train de construire une partie de ses rêves et, en même temps, franchit une nouvelle étape. » C’est également un véritable moment de fierté dans la population rodriguaise, notamment dans la communauté des artistes.

 

 

Source : http://www.lemauricien.com

 

Le Mauricien (Maurice)

 

 

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