SENEGAL – Affaire Khalifa Sall : Très chers sénégalais, voici pourquoi nous sommes tous responsables

Le maire Dakar, Khalifa Ababacar Sall, est en prison depuis le 08 mars 2017, arrêté parce qu’épinglé par une enquête de l’Inspection Générale d’Etat (IGE) pour sa gestion de la caisse d’avance de la mairie de Dakar. « Escroquerie portant sur des deniers publics, détournement de deniers publics, association de malfaiteurs et blanchiment de capitaux » voici les chefs d’accusation qui pèsent sur le leader socialiste. La somme en question avoisine les 1,8 milliard de Fcfa. Le procès de l’édile de la capitale était ouvert, ce jeudi 14 décembre 2017, devant moult dénonciations de ses partisans. Des partisans à l’image des deux autres franges de la population, ceux qui magnifient l’action du gouvernement et ceux qui n’ont nul avis sur la question, tous, responsables de la politique politicienne menée par les politiques du Sénégal

 

 

Polémiques autour d’une caisse d’avance, c’est quand même des derniers publics…

 

N’est-ce pas « des fonds politiques » d’après ce que laissent entendre les propos du maire Khalifa Sall qui s’appuie sur une pratique jurisprudentielle qui remonte à 1920 ? Non ! Une « caisse d’avance » rétorquent les proches du régime en place. Quelle que puisse être la dénomination , cet argent est l’avoir du peuple sénégalais. L’utiliser à des fins personnelles serait effectivement vu et considéré, dans cette optique, comme un  détournement de deniers publics.

 

Par contre, le deux poids et deux mesures sur lequel surfe la justice sénégalaise et ce, en deux temps trois mouvements, est illustratif de la coloration politique donnée à la soi-disant volonté de transparence dans la gestion des affaires de la cité. L’enquête de l’IGE en a épinglé d’autres. Ceux-là, proches du pouvoir, n’ont pas été appelés à se justifier devant les Sénégalais. Sous ce rapport, oui, le traitement de cette affaire est bien politique. L’argument dégagé par un certain Barthélémy Dias, depuis le début de cette affaire, est donc valable. Il y a liquidation politique dans la mesure où aucun membre du Benno Bokk Yakaar (mouvance présidentielle) n’a subi le même sort que le maire de Dakar.

 

Ainsi, Khalifa Sall est responsable de ne pas avoir laissé traces de « ses dons sociaux » en guise de justification. Il le fallait, l’argent ne lui appartenant guère. L’Etat aussi l’est. En voulant se figer sur le seul cas Khalifa Sall, le gouvernement sénégalais a fait montre d’une prise de position pour des aspirations politiques futures. Une politique politicienne encouragée par le Sénégalais, depuis belle lurette.

 

Exemples de politique de transparence, chers concitoyens prenons note !

 

La déclaration de patrimoine concerne plus particulièrement les élus et les dirigeants, car, dans un souci de transparence, la commission pour la transparence financière de la vie politique est en charge d’apprécier l’évolution de la situation patrimoniale des élus et dirigeants d’organismes publics. Au Sénégal par contre, on entre en politique pauvre pour en ressortir milliardaire.

 

Le vendredi 12 avril 2013, Barack Obama a publié sa feuille d’impôts avec le détail de ses revenus. Le couple présidentiel  gagnait 608.611 euros (399.222.667 FCFA) en 2012. Pas de quoi faire les gros titres de la presse, habituée à obtenir ce genre de chiffres aux Etats-Unis.

Dans son article paru sur ce même site, le journaliste Noel Sambou écrit que «dans un pays d’Afrique, être ministre c’est synonyme de changement radical de niveau de vie pour certains. C’est l’occasion de baigner dans l’abondance et de montrer signe de bombance. Devenir ministre revient, en quelque sorte, à s’embourgeoiser rapidement ».

 

Le train de vie, le train de vie… Effectivement en comparaison avec l’Europe du Nord où l’on voit, en Suède par exemple, que tout écart, même minime, est sévèrement sanctionné. Où, seul le Premier ministre dispose d’un logement officiel (payant) et d’une voiture de fonction.  À Stockholm, les ministres déjeunent à la cantine, tout comme les hauts fonctionnaires et leurs secrétaires. Pas d’alcool, pas de fromage ni de dessert, seulement des carafes d’eau… et du lait frais. «Et si un ministre oubliait de débarrasser son plateau, commente un fonctionnaire, vous n’imaginez pas les gros titres le lendemain dans la presse!»

 

Un scandale sexuel, cela pourrait passer. Mais pas un scandale impliquant de l’argent public, même s’il ne s’agissait que de quelques francs CFA. Non ! C’est cette même vision de la transparence qui a poussé  Barack Obama a avoué publiquement en novembre 2008, « avoir merdé » dans le cas Tom Daschle.

Ce proche conseiller de Barack Obama, accepte le poste de secrétaire à la Santé proposé par l’alors président élu. Quelques semaines avant sa nomination officielle, la révélation publique d’une fraude fiscale à 128.000 dollars (70.884.315 FCFA) l’oblige à renoncer à sa fonction.

 

Ce processus préalable à chaque nomination gouvernementale s’appelle le « vetting process ». Du verbe « to vet », comme « passer au crible« . C’est une épreuve que doivent accepter tous les ministres ou proches collaborateurs du président américain. Les procureurs, les juges des cours suprêmes de chaque État y ont droit, tout comme ceux de la Cour suprême fédérale.

 

Dans une démocratie, les citoyens ont le droit de savoir ce que leur gouvernement fait en leur nom. C’est un droit à l’information. Depuis 50 ans maintenant, une loi permet aux Américains de saisir le gouvernement fédéral pour obtenir des documents administratifs : c’est la loi appelée Freedom of Information Act, ou FOIA. Que vous soyez journaliste, militant, chercheur ou grand curieux, vous pouvez adresser une demande à l’administration compétente en invoquant la FOIA, et celle-ci est tenue de vous répondre. Même si vous n’êtes pas américain.

 

Chaque administration fédérale dispose d’un bureau consacré à la FOIA. Par ailleurs, le Bureau de la politique de l’information du département de la Justice s’assure que toutes les agences fédérales appliquent cette loi et il dispense une formation sur la manière de répondre aux demandes de communication de documents administratifs.

Au Sénégal, par contre, on peut détourner des milliards de FCFA et vaquer à ses occupations comme si de rien était. La conscience commune étant plus encline à débattre de la vie des politiques que de leurs politiques de gérance des biens communs, nous ne sommes pas à l’abri de voir encore d’autres scandales.

 

Exemples de politique politicienne, chers concitoyens vous aviez pourtant noté !

 

«Pendant presque 10 ans, Landing Savané a reçu de mes mains ou des autres collaborateurs du président de la République, 30 millions de francs CFA tous les mois, et jamais il n’a partagé cet argent avec ses camarades », a déclaré l’ancien Premier ministre, Souleymane Ndéné Ndiaye, lors d’un meeting politique tenu à Ziguinchor (sud) le 22 mai 2011.

 

Non seulement Landing Savané, jadis opposant rigoureux et intègre n’a pas démenti qu’il percevait de l’argent contre son soutien à Abdoulaye Wade, mais il a enfoncé le clou en précisant n’être pas le seul bénéficiaire des « largesses » du président Wade.

Sous l’ère Macky Sall, il ne fallut attendre un démenti  de ces largesses mais une confirmation d’un bénéficiaire. «Quand j’ai été élu Secrétaire général, je suis allé, dans le cadre de notre alliance, me présenter au président de la République. Ce dernier m’a proposé ceci: « Mamadou je te donne un poste de ministre Conseiller ou bien comme je le fais pour d’autres, je te donne 4 millions F CFA par mois». C’est une révélation de Mamadou Ndoye, secrétaire général de la Ligue démocratique.

 

Très chers sénégalais, voici pourquoi nous sommes tous responsables

 

Ce sont là deux infimes petits exemples de ce qui se fait sur le dos des Sénégalais.  Au courant, nous n’avons pipé mot quant à l’utilisation des deniers publics. Aujourd’hui donc, au-delà des querelles politiques, le Sénégalais est le plus grand complice des détournements et autres scandales financiers.

 

C’est le peuple qui décide. Il a le pouvoir de décider de ses dirigeants, des régimes politiques qu’il souhaite, des constitutions qu’il veut. Il est souverain et, en tout temps, il peut décider démocratiquement d’un changement de régime politique, économique et social. Il est le seul habilité à le faire. La force des ambitions personnelles, celles des lobbyistes et du pouvoir de l’argent doivent lui être subordonnées.

 

Ce BIEN COMMUN correspond pour l’essentiel au bien être humain de chaque personne : la santé, l’alimentation, le logement, l’éducation, la participation effective à la gestion des affaires publiques et au développement culturel. Les gouvernements mis en place doivent, à partir des ressources dont le pays dispose, répondre prioritairement à ces besoins. Ce n’est que dans le cadre du respect de ces exigences du BIEN COMMUN que chaque personne, chaque corporation peut s’inscrire et développer des intérêts plus individuels ou corporatifs. Tout le discours sur la justice sociale est une reprise de ces grands objectifs et un rappel des impératifs qu’il commande.

 

 

Source : http://www.senenews.com

 

Senenews (Sénégal)

 

 

 

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