BENIN – Houngbédji & Talon se sont dit Oui…

(De la collaboration à la compromission) Mardi 16 janvier 2018. C’est la date retenue par les institutions de la république pour présenter leurs vœux de nouvel an, conformément à la pratique républicaine. A l’occasion, le président de l’Assemblée nationale est désigné par ses pairs pour porter la voix de ses collègues présidents d’institution. Dans cet exercice de porte-parole, le numéro deux du pays a encore démontré, si besoin était, la parfaite symbiose qui caractérise les relations entre le chef de l’Etat et le président de l’Assemblée. Une collaboration entre les deux pouvoirs qui a viré carrément à une compromission.

 

 

Les sourds ont entendu. Les aveugles ont vu. Certains Béninois s’en lamentaient et s’en désolaient. La collaboration trop étroite observée depuis quelques mois entre le président de la république, chef de l’Etat, chef du gouvernement et le président de l’Assemblée nationale n’est pas de nature à sauvegarder le jeu démocratique institué au Bénin avec l’avènement  du renouveau démocratique. En effet, au sortir de la conférence nationale de Février 1990 a opté pour un régime semi-présidentiel, essentiellement caractérisé par la séparation rigide des pouvoirs. Un tel régime recommande juste une collaboration entre les principaux pouvoirs et jamais de parfaite entente. En raison de ce que l’assemblée nationale se doit de contrôler l’action du gouvernement pour éviter, à la limite les dérives auxquelles l’Exécutif pourrait être tenté de se livrer.

 

Au demeurant, c’est en prévision d’une possible concentration des pouvoirs aux mains du président de la république que la nation tout entière avait chaudement souhaité que la septième législature fût dirigée par Adrien Houngbédji, d’abord pour son expérience en la matière, ensuite pour son charisme. Enfin, jusqu’à l’élection de Patrice Talon que Houngbédji avait ouvertement combattu pendant la campagne présidentielle. Le président de l’Assemblée nationale avait alors publiquement pris fait et cause pour le challenger le plus sérieux de Talon, Lionel Zinsou en l’occurrence. Celui-ci mordit la poussière devant Talon, soutenu au second tour par le troisième du premier round, Sébastien Ajavon, alors grand faiseur de roi. Le candidat de la rupture est porté au Palais de la Marina. Et revoilà Houngbédji.

 

Accord préjudiciable à la nation

 

Alors que le peuple s’attendait, naturellement, que le président de l’Assemblée nationale jouât efficacement son rôle de président de l’Assemblée nationale, celle-ci entendue comme contre-pouvoir à l’Exécutif, Adrien Houngbédji opéra un revirement spectaculaire en reniant publiquement toute opposition. La démocratie béninoise venait de recevoir un coup de poignard.  Les déboires de notre  système démocratique allaient commencer. L’assemblée cessa d’emblée de jouer son rôle de contrôle de l’action du gouvernement. C’est dans cette conjecture que la révision de la constitution du 11 décembre 1990 fut enclenchée. Le projet fut bloqué comme par enchantement, malgré toutes les manœuvres déployées par l’Exécutif, évidemment avec le précieux concours du président de l’Assemblée nationale, Adrien Houngbédji. Inutile de ressasser tous les préjudices causés à notre jeune démocratie de cette collaboration, de cette compromission entre le chef de l’Etat et le président de l’Assemblée nationale. On retiendra néanmoins que l’assemblée nationale s’est muée en un appendice du gouvernement, une simple chambre d’enregistrement où toutes les lois voulues par le gouvernement passent comme lettre à la poste. La dernière, objet de vive tension dans le pays est relative au retrait du droit de grève aux travailleurs de la justice et de la santé.

 

Un mea culpa trompeur

 

A la cérémonie de présentation de vœux de nouvel an  à l’Assemblée nationale, sanctionnée par le discours du premier vice-président de l’institution parlementaire, Eric Houndété et par celui du patron du parlement, Adrien Houngbédji, on a senti une certaine prise de conscience de quelques députés. D’abord, le premier vice-président a ouvertement déploré la conduite des affaires au sein de l’hémicycle par le président de l’institution. Eric Houndété a reconnu la déception énorme des Béninois au regard de la tournure malheureuse des événements à l’assemblée nationale sous Houngbédji.

 

En réponse au discours de son premier collaborateur, discours que certains analystes politiques considèrent comme un cinglant réquisitoire de la gestion peu catholique du président de l’institution parlementaire, Adrien Houngbédji a semblé, dans son adresse, regretter certains de ses faits et gestes dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions. S’il pouvait agir autrement, il aurait fait, a reconnu le patron du législatif dans cette allocution. Du coup, d’aucuns ont commencé par évoquer un mea culpa du président de l’assemblée nationale. Tant mieux, avaient soupiré nombre de nos compatriotes. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Et on ne souhaite pas la mort du pécheur. Si le président de l’Assemblée nationale s’est rendu compte de ses erreurs dans ses fonctions républicaines au cours de l’année écoulée, sûr qu’il corrigera le tir cette année afin que la démocratie béninoise recouvre son dynamisme.

 

L’illusion ne dura que le temps d’une rose. Visiblement, le président de l’Assemblée nationale n’entend nullement changer de cap dans ses rapports tendancieux avec le chef de l’Etat. A l’occasion de la cérémonie de vœux des présidents des institutions.

 

Vincent Mètonnou

                                                                                                        Source: http://ladepeche.info

 

La Dépêche (Bénin)

 

 

A lire aussi:

 

BENIN – Propos désobligeants sur la Cour constitutionnelle : Jacques Ayadji en mission ?

Commentaires