BENIN – La Rupture plus juteuse que tout

Au nombre des priorités proclamées par le pouvoir de la rupture, le président de la république a identifié la réduction du train de vie de l’Etat. Pour Patrice Talon, le fonctionnement de l’Etat pesait un peu trop lourdement sur le budget national. Curieusement, dans l’exercice de ses fonctions, le chef de l’Etat n’a engagé aucune action dans ce sens. Au contraire, il fait mieux vivre sous la Rupture que sous aucun autre régime depuis 1990. Les acteurs politiques y sont grassement payés.

 

 

Les fonctionnaires « politiques » béninois n’étaient pas si mal  logés avant l’avènement de la rupture. Présidents d’institution, ministres, députés et leurs collaborateurs gagnaient bien leur vie. Un peu trop, a estimé l’actuel locataire du Palais de la Marina en s’emparant des clés de la présidence de la république. Le chef de l’Etat s’était placé dans un schéma comparatif des rémunérations politiques et des salaires des Agents permanents de l’Etat, les vrais producteurs de la richesse nationale que se partageaient allégrement les commis politiques.  Aux yeux du chantre de la rupture, l’Etat coûtait un peu trop cher au contribuable béninois. Aussi, a-t- il juré de réduire de façon drastique le train de vie de l’Etat.

 

Effectivement, les premières actions entreprises par le président de la république dans l’exercice de ses fonctions empruntèrent cette direction de la réduction des charges de l’Etat. Des institutions créées de toutes pièces sous le régime précédent à effet de caser certains acteurs politiques furent purement et simplement supprimées. On citera, dans ce registre, le Haut Commissariat à la Gouvernance concertée, alors confiée à l’ancien fonctionnaire de la FAO, le très respectable Moïse Mensah, le Haut-Commissariat à la Solidarité nationale, échu au truculent Gatien Houngbédji, pour ne mentionner que ces deux-là.

 

De nombreuses autres structures, du reste considérées par de nombreux Béninois comme des structures purement budgétivores, subirent le même sort. A ces actes forts, s’était ajoutée la réduction de la taille du gouvernement. Ces premières actions qui, manifestement, prouvaient la bonne foi, voire la détermination du porte flambeau du Bénin Révélé de gérer autrement les affaires de la cité, au mieux des intérêts des travailleurs notamment, suscitèrent grande admiration de la part des populations, et surtout des travailleurs, qui espéraient, naturellement, une augmentation de leurs salaires grâce aux énormes bénéfices à tirer de la suppression de ces structures fantoches qui n’apportaient rien de concret à l’Etat si ce n’est engraisser leurs animateurs.

 

Pur rêve de pauvres agents permanents de l’Etat réduits à un train de vie de « chien ». « La misère, disait déjà Alioum Fanouré, ça fait des chiens ». Cf. « Le cercle des tropiques ». D’ailleurs, l’illusion ne dura pas longtemps. Les travailleurs, et la population béninoise découvriront plus tard, à leur grand étonnement, qu’au lieu de penser à multiplier le salaire des APE par quatre, comme promis au détour d’une causerie, le chef de l’Etat ignorera royalement les travailleurs pour se concentrer exclusivement sur les fonctionnaires politiques dont le traitement connut une amélioration exponentielle.

 

Ministres, préfets, Secrétaires Généraux, plus dodus qu’avant

 

Ils sont devenus plus dodus sous la rupture que sous n’importe quel régime depuis l’historique conférence nationale des forces vives de février 1990. A l’avènement de la rupture, Ministres, Préfets ainsi que leurs collaborateurs ont vu grimper leurs émoluments. Certes, le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, l’éloquent Joseph Djogbénou, avait publié via réseaux sociaux, son salaire officiel : environ 1.800.000 de nos francs. Vous y croyez ? Pas votre serviteur qui n’en croit un seul mot. Pour cause, si on s’en tient à cette déclaration de l’avocat, les Préfets seraient mieux payés que les ministres. Puisque les patrons de nos départements, d’après le décret N° 2017 -042 du 25 janvier 2017, perçoivent un salaire mensuel qui  tourne autour de 5.000.000 de nos francs. Sans compter l’indemnité de première installation fixée, elle aussi, à 5 millions de FCFA. Joseph Djogbénou veut-il faire avaler aux 10 millions de Béninois que le populiste  Modeste Toboula gagne plus que le taciturne Sacca Lafia, son ministre de tutelle ? Dans aucun pays ce n’est ainsi.

 

Pourquoi demande-t-on aux populations de se serrer les ceintures alors qu’au sommet de l’Etat, la vie est belle ? Pourquoi s’est-on empressé de supprimer certaines primes des travailleurs, primes qui leur permettaient de joindre les deux bouts, alors que les commis politiques se la sucrent et se la coulent douce ? Pourquoi le chef de l’Etat, qui avait publiquement reconnu le salaire de « misère » des Agents permanents de l’Etat, ne pose aucun acte aux fins d’améliorer les conditions de vie et de travail de ces Béninois, obligés parfois d’entrer en grève pour revendiquer un mieux-être ? Et avec la suppression du droit de grève en vogue sous la rupture, à quelle sauce entend-on manger les travailleurs pendant que les fonctionnaires politiques prennent des kilogrammes supplémentaires de graisse tous les jours ?

 

La rumeur fait mention de ce qu’un ministre sous la rupture gagne environ 8.000.000 de FCFA. Le gouvernement n’a jamais infirmé cette information. Et si la raison et le bon sens veulent que le ministre soit mieux traité que le Préfet, alors que ce dernier tourne officiellement autour de 5 millions de FCFA, on peut bien se permettre de pencher vers ce chiffre de 8 millions avancé par des compatriotes. Le pouvoir de la rupture a obligation de rendre public le salaire mensuel des ministres pour mettre fin à cette rumeur persistante de salaire hors norme des ministres, comparé au salaire des APE. Il y va de la crédibilité de l’équipe gouvernementale. Mieux, la reddition des comptes passe aussi par là.

 

Vincent Mètonnou

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