BENIN – Propos désobligeants sur la Cour constitutionnelle : Jacques Ayadji en mission ?

Invité l’autre jour sur une émission de notre confrère Radio Tokpa, le directeur des Infrastructures, l’ex syndicaliste Jacques Ayadji, n’a trouvé mieux à dire que de verser dans des propos désobligeants sur la Cour constitutionnelle. Sous d’autres cieux, on appellerait le fonctionnaire à démissionner. Mais à défaut, ce virulent opposant à l’ancien régime devra présenter ses excuses publiques à la Haute institution. Au nom du renforcement des bases fondamentales de la démocratie, un pilier essentiel du PAG, si cher au chef de l’Etat que le directeur des infrastructures défend désormais bec et ongle. A moins qu’il ne soit en mission.

 

 

En dehors de quelques réactions enregistrées sur les réseaux sociaux fustigeant les propos peu responsables tenus par le directeur des Infrastructures, Jacques Ayadji, sur la Cour constitutionnelle, l’incident est passé inaperçu. Pourtant, une telle attitude d’un fonctionnaire de l’Etat mérite bien qu’on s’y attarde en la situant dans son contexte réel afin de décourager d’éventuels candidats à pareilles dérives langagières.

 

Rappel. Invité sur une émission de grande écoute de notre confrère Radio Tokpa, Jacques Ayadji, se prononçant sur la volonté manifeste de l’Assemblée nationale de piétiner la décision de la Cour constitutionnelle qui avait donné un ultimatum pour s’acquitter de cette obligation constitutionnelle, le directeur des infrastructures n’a pas porté de gants pour dire tout le mal qu’il pense de la Haute juridiction. Son plus grand souhait au cours de l’émission, c’est que « les députés puissent jeter à la poubelle cette décision de la Cour constitutionnelle».

 

Ces propos traduisent, à maints égards, le mépris que le directeur des Infrastructures nourrit vis-à-vis d’une institution respectable, respectée et admirée jusque-là, en tout cas avant l’avènement du pouvoir de la rupture qui fait les beaux jours du fonctionnaire. Et justement en sa qualité de responsable – directeur des infrastructures – Jacques Ayadji se devait de savoir qu’il était soumis à une obligation de réserve dans tous ses propos, puisque chacune de ses déclarations engageait le département dont il est issu, et par la même occasion le gouvernement. Aussi, dans les pays qui se respectent, le fonctionnaire à la langue légère aurait été, sinon contraint à la démission, du moins sommé à présenter des excuses publiques à l’institution de l’Etat ainsi discréditée. Mais ici, sous la rupture, aucune voix officielle ne s’est fait entendre pour désapprouver publiquement les propos outrageants de Jacques Ayadji sur la Cour constitutionnelle.  Tout se passe comme s’il n’y avait pas de quoi fouetter un chat. Pourtant, les propos tenus ce jour par le directeur des Infrastructures paraissent suffisamment graves pour être dénoncés par ses supérieurs hiérarchiques ; en l’occurrence,  son ministre de tutelle, celui des Infrastructures, ou alors un porte-parole du gouvernement pour se désolidariser de ce fonctionnaire qui ne sait pas garder sa langue dans la poche.

Il n’en avait pas fallu autant pour que le Président de l’Assemblée nationale, Me Adrien Houngbédji retirât la parole à un député en pleine déclaration au nom de son groupe parlementaire. Le patron du Législatif avait alors invoqué «l’ outrage au chef de l’Etat».

 

En mission ?

 

Dans le Programme d’actions du gouvernement, PAG, l’une des priorités nettement affichées le pouvoir de la rupture  est d’œuvrer au renforcement des bases fondamentales de la démocratie. Certes, depuis la publication du document, voire sa mise en œuvre, on ne voit guère les actions posées par le pouvoir de la rupture dans ce sens. Au contraire, les institutions de la république, en dehors de l’Exécutif, sont de plus en plus chosifiées, instrumentalisées, soumises à la volonté d’un Exécutif avide et insatiable de prérogatives. Dans ce registre, l’Assemblée nationale, constitutionnellement investie, outre à voter les lois, à contrôler  l’action du gouvernement, se comporte depuis la constitution du Bloc pour la majorité présidentielle comme un partenaire privilégié de l’Exécutif. Ailleurs, on parle de simple chambre d’enregistrement. Le pouvoir judiciaire, socle important dans un système de séparation des pouvoirs, subit des assauts répétés du gouvernement, visant à le réduire à sa plus simple expression. Le vote de la dernière loi relative au retrait du droit de grève aux travailleurs de la justice participe de cette dynamique de la rupture à placer tous les organes susceptibles de constituer quelque force d’opposition sous son giron. Dès lors, la Cour constitutionnelle, garante du respect de la constitution et du fonctionnement normal des institutions, est-elle reléguée au second plan. Ces décisions, autrefois parole d’Evangile, qui s’imposaient donc à tous les pouvoirs conformément aux dispositions de la loi fondamentale, sont royalement ignorées.

 

Dans cette atmosphère de dénigrement des autres pouvoirs, on comprend les propos de Jacques Ayadi sur la Cour constitutionnelle. En effet, avant le pouvoir de la rupture farouchement défendu par le directeur des Infrastructures, on a déjà vu l’Assemblée nationale se soumettre avec la plus grande diligence aux décisions de la Haute institution. Mais ici, c’est la rupture. Et ici, seule compte la volonté de la rupture.

 

Si le fonctionnaire n’a pas été publiquement rappelé à l’ordre par ses supérieurs hiérarchiques, c’est forcément qu’il était en parfaite symbiose avec la ligne du gouvernement. Si le directeur des infrastructures n’a pas été publiquement désapprouvé par le pouvoir en place, c’est tout simplement qu’il était en phase avec la ligne tracée par ses patrons, celle qui consiste à considérer les autres pouvoirs comme des enjoliveurs du pouvoir exécutif. Dans ces conditions, pourquoi parle-t-on alors de renforcement des bases fondamentales de la démocratie ? De la poudre aux yeux. Pas plus. Et les Béninois, déjà désabusés, l’ont compris.

 

Vincent Mètonnou

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