BENIN – Sèhouéto – Hèhomey: le retour ?

Ils reviennent aux affaires, après avoir été payés en monnaie de singe. Lazare Sèhouéto et Hervé Hehomey sont de retour aux affaires. Le premier, en qualité de Conseiller du chef de l’Etat chargé des affaires politiques, le second, en tant que Conseiller du président de la république chargé des Infrastructures. Au regard des conditions dans lesquelles le patron de l’Exécutif s’était séparé des deux collaborateurs, quelles sont les motivations qui commandent au retour aux affaires des deux hommes ?

 

 

Lazare Sèhouéto est de retour dans le système de la rupture. Il y revient, après y avoir été « violemment » éjecté à la faveur du premier remaniement ministériel opéré par Patrice Talon. Précédemment ministre du Commerce, cet ancien proche de Bruno Amoussou revient aux affaires, précisément   au palais de la Marina, flanqué du non moins  prestigieux titre de Conseiller du chef de l’Etat, chargé des affaires politiques.

 

Et à maints égards, le fauteuil sied bien au nouvel occupant.  Activiste des premières heures du Renouveau démocratique, et mieux encore, bien avant l’historique conférence nationale des forces vives de février 1990, dont il prit part sous le fanion du Mouvement pour une Alternative Populaire (MAP), Lazare Sèhouéto reste et demeure un acteur politique imbu des réalités politiques de notre pays. Ancien collaborateur de première main de l’ex président de la République, le Général Mathieu Kérékou – paix à son âme –  dont il fut plusieurs fois  ministre, puis directeur adjoint de campagne en 2006, le nouveau conseiller de Patrice Talon chargé des affaires politiques peut se targuer d’une certaine maitrise des questions politiques relatives au Bénin du Renouveau démocratique. Président du parti Force Clé avec lequel il fut élu député, membre fondateur de l’Union fait la nation – UN – alliance de partis qui a retrouvé un peu de couleur depuis le projet de constitution d’un vaste parti politique autour du chef de l’Etat, Lazare Sèhouéto a participé au premier gouvernement de Patrice Talon au poste de Ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat.

 

Son débarquement de ce gouvernement avait surpris nombre de Béninois, connaissant l’activisme de l’homme et surtout le flair politique dont il fait montre dans certaines conjonctures délicates. On se souvient de son opposition frontale au projet de révision de la constitution du 11 décembre 1990, alors initiée par les nervis de Kérékou à effet de maintenir ce dernier au pouvoir au terme de ses deux mandats constitutionnels. On se souvient encore de cette célèbre phrase prononcée entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2006 où le candidat malheureux à ce scrutin, arrivé 6è, invita ses militants à accorder leur suffrage au candidat Boni Yayi : « Nous avons compris le message du peuple même si le peuple se trompe». L’histoire lui a-t-il donné raison ? Il semble que le chef de l’Etat se rend compte de la perte énorme que pourrait constituer la mise en quarantaine de  Lazare Sèhouéto pour la rupture, surtout avec la tournure que prennent les événements dans notre pays aujourd’hui, notamment la tension sociale ambiante, causée par cette fameuse loi retirant le droit de grève aux magistrats et agents de santé. Sèhouéto est donc de retour.

 

Hervé Hèhomey, l’enfant prodigue

 

A l’instar de Lazare Sèhouéto, Hervé Hèhomey, lui, débarqué précipitamment de la première équipe gouvernementale de Talon pour  avoir trop parlé dans l’exercice de ses fonctions», revient lui aussi à la maison. De bon droit. Pour cause. Si jamais ministre du nouveau départ fut présent au front, c’est bien Hervé Hèhomey. Ministre des Infrastructures et des transports dans le premier gouvernement de Talon, le nouveau Conseiller du président de la république chargé des Infrastructures se retrouve tel un poisson dans l’eau : il revient chez lui. Une maison qu’il a construite, certes, sous la haute supervision de son chef, le président de la république. Considéré comme un des fidèles des fidèles de Patrice Talon, Hervé Hèhomey s’est illustré lors de son séjour au gouvernement comme un homme de terrain et des médias – il aimait communiquer –  Pragmatique, courageux, à la limite téméraire, c’est par lui que le scandale OFMAS fut révélé au grand jour, certainement au corps défendant du ministre d’alors. Il n’était certainement pas conscient des dégâts causés par ses quelques mots de trop lors de la fameuse descente sur les chantiers de Ofmas. C’est déjà du passé. Incident clos, et revoilà Hèhomey. Le poste à lui échu fait de lui le chef de l’actuel ministre des Infrastructures et des transports. Bienvenue chez vous, monsieur le Ministre. Enfin, M. le Conseiller. Bonnet blanc et blanc bonnet. Les puristes pensent que ce n’est pas la même chose. Pas votre serviteur.

 

 

Vincent Mètonnou

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