Le Togo : désormais seul enfant malade de la CEDEAO

Les pays d’Afrique de l’Ouest ont, dans leur ensemble, adopté une culture démocratique satisfaisante : élections régulières, alternances démocratiques pacifiques, garantie des libertés, avec des variances certes, d’un pays à un autre. Bien sûr que des acquis démocratiques sont plus fragiles dans certains pays que d’autres, et que la démocratie reste un idéal et un but.

 

 

Pour les pays comme le Sénégal, le Cap-Vert, le Nigéria, le Ghana, le Bénin, le Nigeria, ils consolideront, sans doute, leurs acquis et relèveront d’autres défis.

Quant à la Guinée, la Sierra Leone, la Côte d’Ivoire,  la Gambie,  au Libéria, au Niger et au Burkina qui, pour des raisons soit d’usure du pouvoir ou de conflits armés ou d’autres raisons, n’ont connu que des transitions plus ou moins récentes, la volonté de bâtir des Etat démocratiques forts est réelle. Les populations en demandent. Cela dit, aucun apprenti dictateur  ne sera plus toléré à la tête d’un pays.

 

Aucun Homme Fort ne pourra se permettre de modifier une Loi fondamentale pour se donner un bail illimité. Les populations ne l’acceptent plus. Le peuple burkinabé l’a démontré dans les rues en octobre 2014,  le peuple gambien, lui, l’a prouvé dans les urnes en décembre 2016.

En ce qui concerne la Guinée-Bissau, le pays est encore chancelant et peine à avoir un gouvernement stable certes, mais ses efforts sont louables.  Des élections démocratiques se déroulent dans le pays depuis quelques temps. Le pays a encore du chemin à faire, mais il est sur la bonne voie pourvu que la stabilité des institutions se fasse peu à peu.

Au finish, dans presque tous ces pays le système démocratique va avec des  systèmes électoraux à deux tours et des mandats présidentiels limités à deux. Même si Jammeh et Compaoré avaient manipulé les textes pour être indéfiniment candidats. Leurs successeurs respectifs travaillent à rétablir cette limitation de mandats.

 

Un homme Faure à la tête d’une démocratie bancale?

 

En la matière, le Togo est le seul enfant malade au sein de la Communauté économique des Etats de  l’Afrique de l’ouest. Mais le régime de Faure n’en n’aura certainement pas pour longtemps.  Puisque les Togolais, dans les rues depuis plusieurs mois, n’en veulent plus. En effet, c’est le seul pays sur les 15 où l’élection est à un seul tour et où les mandats sont illimités. Pire, c’est le prolongement d’une vieille dynastie. Celle  des Gnassingbé.

 

A la mort du père en 2005, le fils, Faure Gnassingbé, aidé par l’armée, a frauduleusement hérité du pouvoir en vue de continuer le règne de son père. Un coup d’Etat constitutionnel vite fait et bien fait. Sous la pression de l’Union africaine, Faure  annonce la présidentielle dans les 60 jours suivant le décès de son père. Ce qui n’était pas son plan personnel. Voulait terminer le mandat en cours de son père avant de faire quoi que ce soit. Finalement son intérim ne durera que  du 7 au 25 février 2005 contre son gré. Mais il aura eu le temps de préparer sa « victoire » aux consultations à venir.

Candidat aux différentes présidentielles qui ont suivies, il est élu 3 fois de suite les 24 avril 2005, 4 mars 2010 et 25 avril 2015. Chaque fois réélu, mais en même temps contesté par l’opposition et une bonne partie de l’opinion. Ces élections ont toujours été émaillées de violences et d’irrégularités. Après ces 3 mandats, Faure Gnassingbé ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

 

En effet, il s’est confortablement engouffré dans une constitution que son père s’était taillée sur mesure pour lui-même puisque ce dernier avait fait sauter les verrous qui lui empêche une présidence éternelle.

 

L’article 59 de la constitution togolaise d’octobre 1992 stipule «Le président de la République est  élu au suffrage universel direct pour mandat de 5 ans renouvelable une seule fois. En aucun cas, nul ne peut exercer  plus de deux mandats». L’article 60 du même texte dispose que «L’élection du président de la République a lieu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés. Si celle-ci n’est pas obtenu au premier tour de scrutin, il est procédé, au 15è jour, à un second tour». Mais ce sont ces deux articles importants susmentionnés que Gnassingbé père a fait modifier  en  le 31 décembre 2002. Dans cette constitution bien taillée pour le prince, en vigueur actuellement, le contenu de ces articles 59 et 60 est respectivement remplacé par :

  • «Le Président de la République est élu au suffrage universel direct et secret pour un mandat de cinq (05) ans. Il est rééligible» et
  • «L’élection du Président de la République a lieu au scrutin uninominal majoritaire à un (01) tour».

 

Si ce n’est pas une démocratie au rabais, de quoi cela est-il le nom ? Une vraie pseudo-démocratie. C’est à juste titre que les opposants massivement rejoints par les populations dans de nombreuses villes et villages du pays exigent depuis quelques temps des reformes politiques. Parce que comme son père, Faure Gnassingbé a la boulimie, une soif insatiable du pouvoir et aspire à un 4è mandat. Ce qui ne semble plus possible. Le peuple mandant est décidé. Non, c’est non. Depuis des mois, la colère gronde dans ce petit pays d’Afrique de l’Ouest. L’opposition espère venir à bout du président.

Mais après Blaise Compaoré et Yahya Jammeh, la chute du dernier Homme Faure est irréversible. C’est une question de temps. Il doit lui-même en avoir conscience.  Si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera forcément un jour. Parce que ce n’est plus seulement une demande des opposants, mais aussi et surtout de ses compatriotes

 

Les Togolais reconnaissent que sous le magistère de Faure, le Togo a réussi à reprendre la coopération internationale avec les bailleurs de fonds internationaux, avec le retour des partenaires bilatéraux et multilatéraux : l’UE, les Etats-Unis, la Banque Mondiale, le FMI, etc. Il aussi  relevé le niveau des infrastructures du pays. Mais ce n’est pas une raison pour qu’il s’y incruste.

 

Faure ne peut en aucun cas être indéfiniment aussi fort pour être toujours le maître, à moins de transformer sa force en droit et la soumission forcée des Togolais en devoir. Toute chose qui semble irréaliste. Tenez,  Faure est-il plus fort que Blaise Compaoré et Yahya Jammeh qui sont tous sortis par la petite porte, pour ne pas dire par le trou d’une aiguille dans la honte et l’indignité ?

 

Il y a quelques temps, le Burkina Faso et la Gambie faisaient partie du ventre mou de la région en matière de démocratie et de protection  des libertés.  Mais les vaillants peuples du Burkina ont chassé Blaise Compaoré, qui s’est replié au pays de son épouse, en Côte d’Ivoire, naturalisé pour l’occasion, afin de lui assurer une impunité pour tous les crimes dont on l’accuse, notamment ceux de  son camarade Thomas Sankara et du journaliste d’investigation Norbert Zongo.

 

En Gambie Yahya Jammeh qui avait clairement exprimé son vœu de régner ad vitam aeternam, a dû prendre le large contre son gré. Malgré une élection qu’il a perdue et la reconnaissance claire de son échec, dans un premier temps, l’envie de s’accrocher lui était irrésistible.

 

A côté des négociations difficiles,  il a fallu des intimidations des armées de la CEDEAO pour le mettre à la porte. Jammeh coule des jours doux chez un autre «pouvoiriste» à Malabo, en Afrique Centrale, la région par excellence du continent de l’usure et l’ivresse du pouvoir. Puisqu’on ne trouve que des Hommes Forts régnant sans partage sur leurs pays et changeant facilement des constitutions quand ils le veulent. Sans conséquence.

Pour en venir  au cas togolais,  à l’allure où vont les choses, il faut  commencer par chercher un pays qui veut accueillir Faure, le prochain colis, à moins qu’il écoûte le plus tôt les cris de son peuple.

 

La démocratie est un gage de confiance

 

Avec son marché ses 350 millions d’habitants, ses quelques 628 milliards de dollars de PIB, sa culture démocratique, stabilité et son niveau d’intégration, la CEDEAO attire la convoitise des investisseurs. Les hommes d’affaires s’intéressent à la région.  C’est pourquoi de l’autre côté de la Méditerranée, le Maroc veut bien être membre de l’organisation régionale.

 

Sur le plan économique, pour 2018, les bonnes perspectives de croissance du continent sont tirées par cette  région du continent, selon des rapports de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement.

 

Les estimations de la Banque mondiale font état de ce que le Ghana connaîtra une croissance économique  de 8,3% ;  la Côte d’Ivoire  7,2 % ;  le Sénégal 6,9%.  Le Bénin, le Burkina et la Guinée auront une croissance respective de 6%, 6% et 5,8% pour 2018- 2019. Une culture démocratique suppose aussi une justice qui fonctionne et les libertés protégées. Aucun investisseur ne peut s’engager sans tenir compte ces aspects. C’est pourquoi chaque pays devrait poursuivre et consolider sa démocratisation. Et qu’on passe aussi de la démocratie formelle, procédurière à une démocratie qui favorise le développement, la prospérité, l’épanouissement des individus, où les besoins basique (soins de santé, éducation, nourriture) sont accessibles à tous.

 

Une fois qu’on a la Démocratie : alternances, élections, stabilité politique et institutionnelle, il faut passer à une autre étape. Il faut relever, les défis de la bonne gouvernance, de la transparence, de la lutte contre la corruption et pour le mieux-être pour chacun et pour tous. Ces défis à relever concernent tous les pays.

 

Nous espérons que les vaillantes armées  continueront de rester républicaines, patriotes et que les acteurs politiques, en ce qui les concerne, joueront  leur rôle pour que les militaires ne trouvent aucune raison suffisante de faire irruption dans le  jeu politique pour assurer une quelconque transition. Parce que ces ruptures ne font que ramener les pays en arrière.

En somme, presque tous les pays de la région ont fait leur mue sur le chemin de la démocratie moderne. Faure doit suivre le mouvement. Il n’a pas le choix. Les mandats illimités, c’est fini !

 

Par Noël SAMBOU

 

 

Source : http://www.senenews.com

 

Senenews (Sénégal)

 

 

 

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