Affaire d’espionnage de l’UA : une tour de verre transparente jusqu’à Shanghaï !

Il y a 6 ans, notre amie, la Chine nous offrait le siège de l’Union africaine. Une tour de verre moderne, flambant neuf sur laquelle il est fièrement inscrit «Don de la Chine aux amis d’Afrique». Le joyau, basé à Addis Abeba, en Ethiopie, est entièrement équipé par Pékin, et le tout, livré clé en main, y compris les systèmes informatiques. Mais en fait, il y avait une contrepartie invisible et frauduleuse en faveur de la partie chinoise, orchestrée par ses propres informaticiens à l’insu de la partie africaine.

 

 

En effet, le 26 janvier dernier, le journal français Le Monde a révélé que tous les contenus sensibles ont pu être espionnés par la Chine. Il s’agit concrètement « d’une fuite spectaculaire de données » qui a duré 6 bonnes années (janvier 2012 – janvier 2017).

 

C’est au bout de 6 ans, en 2017 justement que la petite cellule informatique de l’Union Africaine a découvert que ses serveurs sont saturés et curieusement  dans la nuit profonde, entre 00 heure et 2 heures du matin. Tranches horaires au cours de laquelle théoriquement il n’y a pas véritablement d’activités. «Les bureaux étaient vides, l’activité en sommeil, mais les transferts de données atteignaient des sommets. Un informaticien zélé s’est donc penché sur cette anomalie et s’est rendu compte que les données internes de l’UA étaient massivement détournées, écrit Le Monde. «Chaque nuit, les secrets de cette institution, selon plusieurs sources internes, se sont retrouvés stockés à plus de 8 000 km d’Addis-Abeba, sur des mystérieux serveurs hébergés quelque part à Shanghai, la mégapole chinoise», a poursuivi le quotidien français qui cite plusieurs sources  de l’Union africaine.

 

Finalement, Pékin nous a offert une tour de verre transparente jusqu’à Shanghai. Qu’est-ce que c’est magique ! En fait, les ingénieurs chinois ont tout consciemment laissé deux failles pendant des installations : il s’agit des portes numériques dérobées qui donnent un accès discret et direct à l’intégralité des échanges et des productions internes de l’organisation, selon Le Monde.

 

Le pot aux roses découvert, en 2017, l’institution n’a pas hésité  à chasser, en douce, les ingénieurs chinois qui jouaient les innocents et montraient leur disponibilité à refaire les installations. «Ça (l’espionnage de Pékin) a duré trop longtemps. A la suite de cette découverte, nous avons remercié, sans faire de scandale, les ingénieurs chinois présents à notre siège d’Addis-Abeba pour gérer nos systèmes, a expliqué  sous couvert d’anonymat un haut responsable de l’UA au journal français.

 

Dans la foulée de cette découverte, l’institution aurait pris de nouvelles mesures pour renforcer la sécurité de l’organisation.  De la sécurité, il  en a été aussi question lors de ce 30è sommet de l’UA à Addis Abeba. Sauf que cette culture de la  cybersécurité ne semble pas encore bien installée dans l’organisation. «Nous avons pris quelques mesures pour renforcer notre cybersécurité, un concept qui n’est pas encore dans les mœurs des fonctionnaires et des chefs d’Etat. On reste très exposés», s’inquiète le haut fonctionnaire de l’institution supranationale.

 

Dans la tourmente des révélations,  l’ambassadeur de Chine à l’Union africaine, M. Kuang Weilin, interrogé en marge du 30è sommet de l’Organisation, essaie de nous distraire. Il tente de disqualifier le journal français en  qualifiant ses révélations  d’«absurdité».  «Je pense qu’il s’agit d’une histoire sensationnelle, mais elle est aussi complètement fausse et une absurdité», a dit le diplomate chinois. Pour lui,  cette enquête va «entamer l’image du journal» français, mais sans toutefois affecter d’aucune manière, la relation sino-africaine. Très bien. Là, on est en plein dans une stratégie de communication de crise.

Tout compte fait, la leçon a été bien sue. L’organisation  s’est procuré ses propres serveurs et revu son data center. L’offre de la Chine de les configurer a été rejetée.

 

Avec ce système d’espionnage, toutes les communications électroniques sont désormais cryptées. Mieux, elles ne passent plus, selon Le Monde, par Ethio Telecom, l’opérateur public de l’Ethiopie, un Etat connu pour ses capacités de cybersurveillance et d’espionnage électronique.  Désormais, les plus hauts responsables de l’institution disposent de lignes téléphoniques étrangères et d’applications plus sécurisées, informe Le Monde.

Opération déminage effectuée par des Algériens et des Ethiopiens

 

Les salles infestées de matériels d’espionnage  chinois ont été inspectées et des micros placées sous les bureaux et dans les murs  débusqués lors de  ce dernier sommet de l’UA. A l’occasion, des spécialistes sont venus d’Algérie se joindre  aux experts en cybersécurité éthiopiens. Mais l’espionnage de l’Union africaine n’est pas l’apanage de la seule Chine. Les pays occidentaux sont aussi dans le coup, avec leurs méthodes, à eux.

 

Selon le canard français, des archives de l’ex-consultant de l’Agence nationale de sécurité (NSA) américaine, Edward Snowden, les antennes des services secrets britanniques (GCHQ) n’ont pas épargné l’UA. C’est ainsi qu’entre 2009 et 2010, plusieurs responsables ont ainsi vu leurs appels et leurs courriels interceptés, comme Boubou Niang, alors conseiller spécial du médiateur de l’ONU et de l’UA au Darfour (Soudan).

 

Certains pays occidentaux  tels que la France, eux privilégient une méthode douce.  C’est le cas  des services de renseignement français qui, indépendamment de leurs dispositifs d’espionnage techniques, ont tenté de convaincre des chefs d’Etat du pré carré francophone de les informer des coulisses de ces sommets. Ces agents de renseignements seraient allés plus loin en tentant de « recruter » ceux qui ont accédé à la présidence tournante de l’UA ou à la tête de la Commission, selon plusieurs d’entre eux, agacés par cette démarche jugée « humiliante », rapporte Le Monde.

 

Noël SAMBOU

 

 

Source : http://www.senenews.com

 

Senenews (Sénégal)

 

 

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