AFRIQUE DU SUD : désavoué par son peuple, Jacob Zuma sort par la petite porte de l’Histoire !

 

 

La chute de Zuma. Jacob Zuma, ex président de l’Afrique du Sud, a pris de court des millions de ses concitoyens, annonçant ce mercredi 14 février, dans une allocution, qu’il quittait le pouvoir. Dans son discours, il déclarait ceci : « j’ai alors pris la décision de démissionner en tant que président de la République, avec effet immédiat. »

 

Dans son discours, le président sud-africain dit être en désaccord avec son parti politique : l’ANC. Il a promis de continuer à servir son peuple. « (…) j’ai toujours été un membre discipliné de l’ANC. En quittant le pouvoir, je continuerai à servir le peuple d’Afrique du Sud aussi bien que l’ANC, l’organisation que j’ai servie tout au long de ma vie », a-t-il ajouté.

 

A la suite de l’annonce du départ de celui qui a pris les rênes du pouvoir en 2009, l’Afrique du Sud toute entière était en émoi. Les réactions ont été légion dans les rues du pays. « Je suis très heureux parce qu’il est trop controversé pour que je l’aime. Il a mis l’ANC à terre, il a mis notre économie à terre. Dieu merci qu’il soit parti, parce que depuis il est au pouvoir, rien ne marche en Afrique du Sud », a réagi un quinquagénaire interrogé par la chaîne télé SABC News.

Pour d’autres, le départ de Zuma a été un soulagement. « C’est un soulagement que le président Zuma ait pris la décision de démissionner. Ce fut vraiment le bordel pour notre pays et je suis vraiment content qu’il ait pris cette décision », a réagi un homme, la trentaine, interrogé ce mercredi par la même chaîne de télévision.

 

Ce qui est intéressant à retenir est que dans pratiquement toutes les réactions, on note la lassitude d’un peuple qui a dû endurer huit années de présidence Zuma. Dans les réactions, le mot « corruption » revient constamment et il est clair que l’ère Zuma n’a pas apporté la justice sociale tant attendue par les Sud-africains.

 

Il convient de souligner que Jacob Zuma a mené une politique qui, au-delà d’avoir fortement divisé les Sud-africains, a fortement favorisé l’impunité et les détournements de deniers publics. Les accusations de corruption qui l’ont visé ces dernières années ont largement participé à écorner son image et celle de l’ANC.

 

En effet, en 2013, encore président de la nation arc-en-ciel, Jacob Zuma avait été impliqué dans une grave affaire de corruption. Le président était à l’époque accusé d’avoir détourné des millions de rand (devise sud-africaine) pour construire une luxueuse villa avec piscine. Les fonds étaient estimés à 3,9 millions de pound. Le détournement d’une somme aussi colossale dans un pays où des millions de Noirs se battent pour survivre ne pouvait pas passer inaperçu. La colère des Sud-africains étaient montés d’un cran.

 

A cela s’ajoute un taux de chômage galopant qui, ces  dernières années, a provoqué la grosse colère des Sud-africains. En 1994, date à  laquelle Nelson Mandela est arrivé au pouvoir, le taux de chômage était à environ 20%. En 2013, 9 ans plus tard, il atteint les 24%. En 2017, le taux de chômage du pays est estimé à environ 26%. Autant de facteurs qui ont précipité la chute de l’ex homme fort de Nkandla.

 

Ces trois dernières années, les manifestations pour son départ se sont multipliées. En avril 2017, les principales villes sud-africaines (Pretoria, Johannesburg, Cape Town, Durban, Port Elizabeth…) ont en effet organisé des marches demandant que le successeur de Thabo Mbekki rende le tablier. Mais, Zuma avait préféré gagner du temps pour éviter sa chute. Une chute qui est finalement arrivée ce 14 février.

 

Ce mercredi, après l’annonce de sa démission, son administration a publié un communiqué mettant en relief les réalisations d’un des présidents les plus controversés de l’histoire de l’Afrique du Sud. Pour défendre le bilan de Zuma, des chiffres flatteurs ont été publiés ce mercredi.

 

Ainsi, le communiqué nous apprend que sous Zuma 4,5 millions de logements ont été construits en 2017 ; 84,2% de foyers reçoivent de l’électricité en 2016 contre 77,1% en 2002. Sur le plan sanitaire, l’administration Zuma nous apprend également que 80,9% de foyers ont eu accès aux services sanitaires en 2016 contre 63,2% en 2002.

 

Et ce n’est pas tout. L’administration Zuma se targue d’avoir permis à 17 millions de Sud africains de bénéficier des allocations sociales, d’avoir investi plus d’1 mille milliards de rand dans les infrastructures entre 2009 et 2014, d’avoir construit deux nouvelles universités (université Sol Plaatje et université Mpumalanga), d’avoir créé plus de 2 millions d’emplois depuis 2014.

 

Les chiffres sont certes très beaux, mais ils ne traduisent pas la réalité. Zuma a enfin compris que les Sud-africains ne voulaient plus de lui.

 

Par Cheikh DIENG

 

 

Source: http://lecourrier-du-soir.com

 

Le Courrier du Soir (France)

 

 

 

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Commentaires

  1. Le , Mohamed Abdillahi Bahdon a dit :

    La démission de Jacob Zuma est saluée comme une décision importante pour l’ANC. C’est la première fois qu’un président soit poussé à la démission par son parti. Après la perte de la présidence, il ne reste qu’il quitte la présidence du pays.
    L’auteur de l’article présente une analyse de la présidence de Zuma depuis 2003, ce qu’il a fait. Mais il passe sous silence les scandales de corruption non seulement le détournement des fonds pour la construction de sa villa luxueuse. Or il y a les liens de corruption avec les frères Gupta – Ajay, Atul, Rajesh, entrepreneurs indiens. La présidence sudafricaine n’a pas pu étouffer les liens de corruption entre cette famille et celle de Jacob Zuma, dévoilés par La médiatrice anticorruption Thuli Madonsela en novembre 2016. Si Jacob Zuma a réalisé beaucoup de choses pour la population sudafricaine, on ne doit pas oublier l’impact négatif de la corruption dans la vie quotidienne de la grande majorité de la population sudafricaine. La question qu’on doit se poser est de savoir combien les Sudafricains.es ont perdu par la corruption de leur ex-président.
    Le remplacement par le vice-président n’est qu’un changement de velour parce que la sortie forcée de Zuma n’est qu’une tactique pour le système de l’ANC, mieux vaut se débarrasser d’un membre encombrant un moment donné que de perdre les avantages dont bénéficient les membres de l’ANC. Il ne faut pas oublier que ce parti a perdu le contrôle des grandes villes du pays.
    Enfin comment le nouveau président luttera le problème de corruption. Ce dernier est passé de président du grand syndicat des mineurs noirs la Cosatu, allié de l’ANC. En peu de temps, il est devenu un millionnaire et se lance dans la politique. Si Jacob Zuma est déjà un homme du passé, qui fait le sens contraire que Nelson Mandela, ce dernier sortait de la prison pour la présidence du pays arc-en-ciel, Zuma part de la présidence pour terminer son parcours d’homme politique dans la prison.
    Cyril Ramophosa n’est pas un homme du futur pour ce grand pays d’Afrique. Il appartient à une génération d’anciens, qui devaient prendre leur retraite méritée après une lutte pour la libération de la population noire et l’instauration d’un nouveau pays.