BENIN – Menaces et intimidations sur fond d’intrigues politiques : L’opposition sous le talon de la rupture

On peut tout reprocher au gouvernement de la rupture. Sauf de manquer d’initiatives. Sur la question, le pouvoir du nouveau départ semble bien inspiré. Si inspiré que les initiatives foisonnent. La dernière en date réside dans la levée de l’immunité parlementaire de trois députés. Curieusement, tous membres de la minorité parlementaire. Du coup, selon certains analystes de l’échiquier politique national, la finalité d’une telle initiative et de déstabiliser l’opposition naissante avec l’avènement des FCBE, désormais parti politique.

 

 

Apparemment, le gouvernement de la rupture se refuse à s’accommoder des formalités superflues en matière quand il s’agit de régler les comptes. Pour la rupture, c’est la réponse du berger à la bergère. Dès qu’un acteur politique tente de se démarquer de la politique du gouvernement de la rupture, promptement, la rupture réagit et met « l’indélicat » en difficulté. Certains pourraient parler de pure coïncidence ou de hasard. Soit ! Mais  ça commence par faire un peu trop. Souvenons–nous. Les déboires du secrétaire général de la Fédération syndicale des travailleurs des finances, Fésyntra-Finances, ont commencé aux lendemains de deux sorties médiatiques de Laurent Mètongnon. Au cours de ces interventions, l’ex président du Conseil d’Administration de la Caisse nationale de sécurité sociale n’avait pas été trop tendre avec le régime en place. Juste après ces interventions, le gouvernement a sorti de terre cette affaire dite CNSS. Affaire dans laquelle l’ex PCA de la CNSS aurait autorisé un placement hasardeux de fonds publics contre des pots de vin. Au début de cette affaire, beaucoup de Béninois avaient cru à une plaisanterie de mauvais gout de la part d’un gouvernement qui cherche à intimider. Seulement, depuis trois mois, Laurent Mètongnon croupit en prison. Et sauf à développer des aptitudes divinatoires, personne ne sait quand le syndicaliste recouvrera sa liberté.

 

On se souvient encore de ce que le nom de l’ex argentier national, Komi Koutché, ait commencé par être cité dans certains dossiers pas trop propres, juste au lendemain d’une sortie médiatique de ce dernier. Depuis, l’ex ministre des finances de Boni Yayi ne dort plus sur ses lauriers. Son nom est cité dans tel dossier ou tel autre dossier, soit de mauvaise gestion, soit de corruption dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions. C‘est ainsi que le nom de celui que certains considèrent comme l’un des potentiels sérieux  challengers de Patrice Talon à la prochaine compétition présidentielle est cité dans une affaire de mauvaise gestion de campagne cotonnière, ou encore dans une autre affaire de déclaration de perte de centaines de millions de francs, pour ne citer que ceux-là.

 

Il a fallu que l’honorable Atao Hinnouho de la minorité parlementaire commence par afficher des velléités d’opposant pour qu’il soit perçu comme un vulgaire trafiquant de faux médicaments, et traité comme tel. On raconte que l’élu d’Akpakpa aurait voté en faveur du très cher projet de révision constitutionnelle du pouvoir du nouveau départ.

Le dernier cas en date est celui du tout nouveau secrétaire exécutif national du parti FCBE. Au terme du deuxième congrès ordinaire de l’ancienne alliance, celle-ci s’est muée en parti politique. Et le choix a été porté sur la personne de l’honorable Valentin Djènontin pour conduire les rênes du nouveau parti. On était le 10 février passé. Il n’en fallait pas plus pour que le nouveau secrétaire exécutif national du parti FCBE soit confronté à une levée de son immunité parlementaire. Faut-il toujours continuer par évoquer de simples coïncidences?

 

Dur d’être opposant sous la rupture

 

Au regard du sort subi par les acteurs politiques considérés ou perçus comme proches de l’opposition, il parait difficile de chanter un refrain autre que celui de la rupture avec le pouvoir actuel. En effet, tout laisse croire que le régime actuel admet difficilement la contradiction, pourtant nécessaire dans un pays de droit. Avec un tel système, c’est l’absence d’une opposition qui devrait constituer un souci pour le pouvoir en place. Au motif que les nouvelles donnes politiques ne conçoivent plus de pouvoir sans une opposition effective et crédible. Bien au contraire, un pouvoir sans opposition est systématiquement perçu comme un pouvoir de dictature.

 

Or, depuis l’écroulement du Mur de Berlin, toute chose qui a sonné le glas de la dictature  ambiante dans certains pays, notamment en Afrique, la communauté internationale cautionne de moins en moins les régimes peu enclins à la démocratie. Sous quelque prétexte que ce soit. Dès lors, des observateurs avertis de la scène politique nationale se demandent bien l’option faite par le pouvoir du nouveau départ par rapport à la démocratie au Bénin. Et a priori, on ne  peut penser à une option autre que le renforcement de la démocratie dans le pays. Au demeurant, le Programme d’actions du gouvernement parait sans équivoque sur la question. L’un des piliers de ce programme d’actions est la « consolidation du système démocratique ». Et il ne peut d’ailleurs en autre autrement. Pour la simple raison que la constitution du 11 décembre 1990 ne souffre d’aucune ambiguïté sur le sujet. Le Bénin a tourné définitivement la page de la dictature. Il s’est résolument engagé pour un système démocratique. Et depuis 1990, cette option de la démocratie a été respectée par tous les régimes qui se sont succédé. Il serait extraordinaire que le régime du nouveau départ s’écarte de cette voie.

 

Peut-on parler de démocratie dans un pays où l’opposition est sujette à toutes sortes de difficultés, par le fait du pouvoir ? C’est pourquoi il urge que le pouvoir du nouveau départ œuvre, non pas à annihiler toute opposition, mais plutôt à faciliter l’éclosion d’une véritable opposition, crédible, à même de proposer la contradiction, et partant, d’offrir une autre voie de développement le cas échéant. Et à l’analyse des conditions dans lesquelles l’actuel locataire du palais de la Marina a hérité du juteux fauteuil présidentiel, on imagine mal qu’il puisse cautionner quelque manouvre dictatoriale dans l’exercice de ses fonctions. En d’autres termes, le chef de l’Etat, en sa qualité de garant des institutions de la république, doit réorienter le débat de l’existence effective d’une opposition. La qualité de sa gestion des affaires publiques en dépend largement, lui qui a coupé l’herbe sous les pieds des politiciens lors de la dernière présidentielle pour se hisser au summum de l’appareil d’Etat.

 

Vincent Mètonnou

 

Source: http://ladepeche.info

 

La Dépêche (Bénin)

 

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