Institut Français de Cotonou: des errements incompréhensibles.

 

J’avais, il y a quelque temps, émis une réflexion sur la supposée politique de la nouvelle administration de l’Institut Français de Cotonou. Je m’étais indigné contre cette vision quelque peu nombrilique qui voulait faire de la culture franco-française le socle des programmations de cet espace. On m’a dit que je me trompais, que j’avais eu une lecture émotionnelle de la nouvelle orientation que l’administration entrante entendait donner à l’institution. Et c’est vrai que les premières décisions qui allaient dans le sens que je redoutais ont été corrigées, assorties de certains choix artistiques quelques peu étranges. Mais, là-dessus, il n’y a pas à polémiquer, l’espace culturel restant, par définition, le lieu de tout éclectisme.

 

Cependant, ce qui ne semble pas bouger et qui suscite des sentiments d’incompréhension, c’est l’extraordinaire légèreté avec laquelle les spectacles, quand il y en a, sont promus. Comment peut-on imaginer la représentation d’un classique du répertoire théâtral africain, L’Os de Mor Lam de Birago Diop avec seulement deux spectateurs ? Comment croire que l’un des plus grands metteurs en scène du Bénin, Alougbine Dine fasse un spectacle devant un public d’à peine deux pelés et trois tondus ? Comment comprendre qu’à chaque fois que les rampes des scènes de l’institut s’allument, seule une poignée de quidams est présente ?

 

La publicité qui se faisait sur l’ORTB depuis l’époque de Yves Bourguignon a été supprimée. Les affichettes qui informaient le grand public des événements et qu’on plaçait dans les feux de signalisation, ne rentrent plus dans les stratégies de communication. Le mailing, dont l’efficacité au Bénin, est aussi improbable que la pluie en saison sèche, reste le seul canal pour informer.

 

Inquiets, les employés s’interrogent. Désarçonnés, les usagers se demandent ce qui se passe. Le restaurateur qui a pris en main le cafétéria s’inquiète pour ses affaires. La désaffection du public, conséquence immédiate de ce manque d’attractivité, est en train de nuire à la maison. On a l’impression que moins le public se presse à l’Institut Français de Cotonou, plus on en est content en haut lieu.

 

Et pourtant, l’institution dispose d’un personnel dévoué, enthousiaste, techniquement opérationnel. Et pourtant les compétences sont disponibles, à tout point de vue pour rendre à cet organisme toute sa capacité d’intermédiation de services culturels. Ils sont encore là tous ceux qui avaient accompagné les différentes équipes qui se sont succédé à la tête de l’administration. D’ailleurs, ceux-ci ont toujours rappelé les bonnes vieilles recettes et les traditions qui ont prospéré en la matière. Dommage qu’on a volontairement laissé jouer la surdité.

 

Florent Couao-Zotti, écrivain.

 

À la fin du spectacle que son EITB (Ecole Internationale du Théâtre du Bénin) a donné le 25 janvier dernier, Alougbine Dine a semblé dévasté. Qu’un jour il aura à jouer devant une salle vide dans son propre pays lui paraissait irréel. « Si c’en est ainsi, avait-il dit, plus personne ne m’y reprendra, je ne ferai plus jamais rien avec ces gens-là ».

 

Florent COUAO-ZOTTI

 

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