BENIN – Réforme du système partisan : Un complot contre le multipartisme

« Trop de viande ne gâte pas la sauce », se glorifie-t-on en milieu Mina. Visiblement, à la rupture, on ne connait pas ce proverbe, pourtant bien célèbre au Bénin et au Togo. Pour le gouvernement du nouveau départ, la foultitude de partis politiques est très mal perçue. Aussi, urge-t-il d’y faire passer la machine à réformer, aux yeux du pouvoir en place. Les Béninois souhaitent-ils vraiment une telle réforme, du reste appréciée comme une restriction des libertés chèrement acquises au sortir de l’historique conférence nationale ?

 

 

Réforme. Vous avez dit réforme ? En voici une autre. Comme en raffole le gouvernement de la rupture, qui porte de fort belle manière son nom. Aujourd’hui, en matière de réforme, il est question de celle relative au système partisan. Le gouvernement du nouveau départ ne cautionne pas la trop grande facilité offerte aux Béninois de créer un parti politique. Et puisque ce quinquennat est essentiellement  caractérisé par les réformes, un projet de loi est en étude actuellement à l’Assemblée nationale. Ateliers et séminaires lui sont consacrés. Et certains grands leaders politiques ont déjà manifesté leur adhésion au projet. Adrien Houngbédji, Mathurin Nago, pour ne citer que ceux-là. Evidemment, il ne peut en être autrement. Le premier reste un farouche partisan de la rupture. Le plus précieux « allié » du chef de l’Etat, se plait-on, torse bombé, à proclamer au PRD. Quant au second, il porte le glorieux( ?) titre  de président du Bloc pour la majorité parlementaire – BMP- qui représente la grande famille de la rupture à l’hémicycle. Sauf miracle donc, ce projet de loi, déjà mué en proposition de loi, passera lors du vote. Comme lettre à la poste, à l’instar de nombreuses autres lois initiées par le pouvoir en place depuis l’avènement du BMP.

 

Pourtant, le projet est loin de faire l’unanimité au sein de la classe politique nationale. Et des voix se font déjà entendre pour fustiger le caractère peu progressiste de la loi relative au système partisan actuellement en étude au parlement. Célestine Zanou, ancienne directrice de cabinet de feu président Mathieu Kérékou, candidate à l’élection présidentielle de 2006, n’a point porté de gant pour dire tout le mal qu’elle pense du projet. Me Robert Dossou, célèbre avocat de son état, ex président de la Cour constitutionnelle, ne porte pas lui non plus ce projet dans son cœur. Et pour cause.

 

 Dangereuse régression

 

Multipartisme intégral ! Ce fut l’option de la classe politique, toutes tendances confondues, à la conférence nationale des forces vives de février 1990. Au regard de certaines dispositions de la loi querellée, des acteurs et observateurs de la scène politique parlent d’une dangereuse régression.  Pour ces acteurs politiques réfractaires à la proposition de loi portant  charte des partis politiques, ce sont d’abord les dispositions de l’article 11 du projet qui attirent l’attention des Béninois, jaloux de leur liberté retrouvée au sortir de l’historique conférence nationale des forces vives de février 1990. Ledit article stipule : « Il est créé une structure administrative indépendante dénommée Agence nationale d’enregistrement et de suivi des partis politiques (ANESP)… Elle est placée sous l’autorité du président de la République. » Voilà la disposition qui gêne. Pourquoi le chef de l’Etat, qui a certainement d’autres chats plus dodus à fouetter dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions, veut-il s’impliquer dans la gestion des partis politiques ? Le Ministère de l’intérieur auquel cette mission a été dévolue jusque-là a-t-il déçu dans cette charge à elle confiée ? La réponse est non. Aussi, nombreux sont les Béninois qui perçoivent dans cette implication du président de la république dans la gestion des partis politiques une récupération des grandes formations du pays aux fins d’instaurer un seul parti politique suffisamment fort pour écraser tous les autres qui auraient réussi à se maintenir. Et cela n’a pas un autre nom. C’est du monolithisme, attribut direct de la dictature. Il est alors proposé que la mission dévolue à l’ANESP soit reversée dans les attributions de la Commission nationale autonome électorale –CENA-

 

L’autre inquiétude suscitée par le projet portant charte des partis politiques réside dans les conditions drastiques imposées pour créer un parti politique. Ainsi, selon le député de la minorité parlementaire, Nouréni Atchadé des FCBE, il faut 100 délégués membres fondateurs pour créer un parti politique. Et le député d’ironiser : « Il faut au moins 80 millions de nos francs pour rassembler les pièces». Disposer d’un tel montant sous la rupture, on le sait, n’est pas du ressort du premier acteur politique. Si ces conditions étaient maintenues, nul doute que le Bénin ne compterait plus de trois partis politiques. Est-ce le souhait ? Qu’avons-nous alors rejeté avec le PRPB ?

 

Il est heureux que nous ne soyons encore qu’à l’étape de projet. Et comme pour le projet relatif à la révision  constitutionnelle, il appartient aux députés, notamment à ceux de la minorité parlementaire, de se battre bec et ongle pour apporter des amendements profonds à ce document qui est appelé à régir l’animation de la vie politique au Bénin. Ce n’est pas parce que d’autres pays ont tenté l’expérience de la restriction de partis politiques que le Bénin doit se lancer dans cette aventure. Un peuple ne ressemble pas à un autre. Et le Bénin ne ressemble à aucun autre peuple de la sous-région, encore moins du continent, voire de la planète. Le peuple béninois est unique en son genre. Et la boutade « Ici, c’est le Bénin » ne saurait être considérée comme une creuse déclaration.

 

Seulement, il ne s’agit plus de la révision constitutionnelle qu’une minorité qualifiée pourrait bloquer. Il est question d’une simple loi qui devra passer à la majorité simple des députés. Au regard de la majorité parlementaire confortable dont dispose le chef de l’Etat, les jeux semblent faits. Une piteuse régression.

 

Vincent Mètonnou

 

Source: http://ladepeche.info

 

La Dépêche (Bénin)

 

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