BURKINA – Procès putsch manqué: des avocats de la défense quittent la salle, le tribunal poursuit l’audience…

Le procès du putsch manqué de septembre 2015 s’est poursuivi ce vendredi 30 mars 2018. En début d’audience, le tribunal a rejeté les listes des avocats de la défense qui n’avaient pas notifié les citations à comparaitre à leurs témoins. Seul trois listes de témoins ont été retenues : celle du parquet militaire et celles de deux accusés, dont les conseils avaient cité à comparaitre leurs témoins.

 

 

Lors des débats du mardi 27 mars 2018, certains accusés à l’image de Gilbert Diendéré, Djibril Bassolé, Léonce Koné et Me Herman Yaméogo avaient cité comme témoins des personnalités non des moindres telles les présidents sénégalais, nigérien et burkinabè. Les anciens ambassadeurs des USA et de la France et des personnalités religieuses à savoir le Cardinal Philippe Ouédraogo, les pasteurs Samuel Yaméogo et Mamadou Karambiri. N’étant pas présent le jour de l’audience, le tribunal avait demandé la raison de leurs absences. Les avocats de la défense avaient indiqué qu’il revenait au parquet de les notifier. Chose qu’a refusé le parquet soutenu par la partie civile. Le Juge Seidou Ouédraogo avait suspendu l’audience afin d’examiner la question.

 

2 mois pour rectifier le tir…

 

Ce vendredi 30 mars 2018 à la reprise donc, la décision est tombée comme un couperet. Le tribunal rejette donc les listes des principaux accusés et argue qu’il n’était pas du devoir du parquet d’envoyer les citations à comparaitre des témoins de la défense. Il revenait donc aux différents conseils de le faire eux même. Sur ce fait, Me Dieudonné Bonkoungou, l’un des avocats de la défense dont la liste a été invalidée, demande une suspension afin d’entamer une concertation avec les autres collègues dont les listes ont été invalidées.

 

A la reprise, les avocats de la défense concernés par l’invalidation des listes demandent 2 mois de suspension du procès afin qu’ils citent leurs témoins afin de faire valider leur liste. Refus du parquet militaire qui estime qu’aucune base légale ne sous-tend cette demande. Idem pour la partie civile, qui après concertation, s’oppose à cette suspension. Me Prospère Farama estime qu’il n’est pas contre que des témoins soient cités mais cela doit se faire dans une démarche cohérente  et dans le strict respect de la loi. A l’issue de cela, le tribunal se retire pour apprécier cette demande de suspension. Le tribunal rejette la demande de suspension car les débats sur le sujet ont été clos auparavant.

 

A cette décision, Me Dieudonné Bonkoungou prend la parole en ses termes : « Nous ne pouvons pas assister nos clients dans ses conditions ». Après ses paroles, les avocats quittent la salle sauf 5 avocats. Pendant leur sortie, un incident intervient. Une personne dans la salle crie : sortez, sortez si vous voulez, allez y on va continuer sans vous». Le président du tribunal ordonne son expulsion et relève son identité.

 

 

« Manifestement, on ne veut pas que certaines vérités sortent »

 

Malgré la sortie des avocats de la défense, le tribunal prend acte et décide de poursuivre l’audience au grand dam de ceux qui sont sortis. Me Mathieu Somé, l’un des avocats de Gilbert Diendéré dit ne pas comprendre cette attitude du tribunal.

« Dans le nouveau texte qui organise les assises criminelles, c’est le parquet qui doit le faire.  Ils ont refusé en rendant une décision dans ce sens et nous leur avons demandé un délai pour pouvoir les faire venir parce que si on veut la manifestation de la vérité, il faut que tout le monde soit là. (…) Manifestement, on ne veut pas que certaines vérités sortent et on nous a opposé un refus catégorique. Si tel est le cas, nous ne pouvons pas continuer. (…) Il y a eu des réunions importantes qui ont été tenues à un certain niveau. On a cité des personnes qui ont assisté à ces réunions pour qu’ils viennent afin qu’on les confronte  pour savoir qu’est ce qui se sont dits pour que les choses deviennent comme cela. C’est pour qu’on sache la vérité maintenant si ils ne veulent pas, nous n’y pouvons rien » a laissé entendre Me Somé.

 

Pour Me Sayouba Neya, avocat de la partie civile,  il n’en est rien et il revenait plutôt à la défense de prendre les mesures idoines afin que leurs témoins soient là surtout que d’autres l’ont fait. « C’était à leur charge de faire ce travail. Ce n’est pas à la juridiction, ni au parquet, ni aux partie civiles de donner les moyens à la défense pour qu’ils aient des témoins pour témoigner en leur faveur. Et c’est ce qu’il ne faut pas oublier. C’est dans leur intérêt que ces témoins viennent donc ils devaient prendre toutes les mesures qu’il fallait pour respecter la loi » a indiqué Me Neya.

Les avocats de la défense ont indiqué qu’ils se concerteront pour voir dans quelles conditions, ils reviendront en salle mais l’idée dominante est qu’ils tiennent mordicus à la validation de leur liste.

 

L’audience a continué et le tribunal est passé à une autre étape du procès à savoir la prise d’ordonnance pour juger par défaut neuf accusés qui ne se sont pas présentés ou qui n’ont pas  pu être arrêtés. Il s’agit, entre autres, de Diallo Fatoumata, l’épouse du Général Diendéré, René Emile Kaboré et le Colonel Mahamadi Deka. Selon ladite ordonnance si dans un délai de 10 jours, ils ne se sont pas présentés, ils seront jugés par défaut.

 

A la suite de cela, le juge Ouédraogo a procédé à la lecture de l’arrêt de renvoi des inculpés devant la chambre de jugement de 1re instance du tribunal militaire. L’audience a été suspendue vers 17 heures pour reprendre ce samedi 31 mars à 9 heures avec la poursuite de la lecture de l’arrêt de renvoi.

 

PAR DIMITRI KABORÉ

 

 

Source: http://www.fasozine.com

 

Fasozine (Burkina Faso)

 

 

 

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