RD CONGO : Pressions tous azimuts sur Kabila

Si l’étau ne s’est pas encore totalement resserré sur le président Joseph Kabila, il faut cependant reconnaitre qu’il est dans une mauvaise posture face à la dégradation du climat politique en RDC. Après le passage à Kinshasa du président zimbabwéen, précédé quelques jours auparavant par l’appel du Botswana, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, est arrivé mercredi à Luanda pour une visite officielle où la RDC est en bonne place. Y a-t-il entre Paris et Luanda une stratégie pour quadriller Kinshasa ? wait and see.

 

Depuis toujours, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a été le dernier bastion sur lequel Kinshasa s’est toujours appuyé pour consolider son régime. Ce fût le cas en 1998 lors de l’invasion des troupes rwandaises à partir de la base militaire de Kitona. On se rappelle que M’Zée avait dû faire appel aux troupes zimbabwéennes et namibiennes qui, sur mandat de la SADC, se sont déployées en RDC pour sauver le régime en désarroi.

 

Depuis ce temps, un lien s’est tissé entre Kinshasa et la SADC. La mort tragique de M’zée Lauren-Désiré Kabila n’y a pas changé grand ’chose. Bien au contraire, les liens de coopération entre la RDC et la SADC se sont renforcés, garantissant à Kinshasa la présence dans sa partie Sud d’un allié sûr.

 

Au sein de la SADC, Jacob Zuma de l’Afrique du Sud, Robert Mugabe du Zimbabwe et, dans une moindre mesure, l’Angolais Jose Eduardo Dos Santos étaient aux aguets pour prévenir tout danger pouvant mettre en mal le régime en place à Kinshasa. Mais, depuis quelques mois, les trois protecteurs de Kinshasa ne sont plus là. Dans la SADC, le décor a complètement changé, mettant Kinshasa en mauvaise posture. C’est alors que la RDC a levé l’option de se recentrer sur l’Afrique centrale en réchauffant l’axe Kinshasa-Brazzaville- Luanda. Ce qui n’est pas acquis, à première vue. Car, à Luanda, le président Joao Lourenço passe encore pour un personnage énigmatique. Personne n’a encore réussi à le décrypter. Il demeure un mystère que ni Kinshasa ni Brazzaville n’ont encore pénétré.

 

Pendant ce temps, à Kinshasa, le climat politique se détériore au jour le jour. Les marches à répétition organisées par le CLC (Comité laïc de coordination) ont porté un coup dur au régime du président Kabila suscitant, à travers le nombre de victimes, une indignation à travers le monde. Désormais, la communauté internationale a résolu de se pencher sur le cas RDC en vue d’une solution rapide. Les Nations unies et l’Union africaine travaillent en synergie pour y arriver. L’arrivée annoncée à Kinshasa du secrétaire général de l’ONU et du président de la Commission de l’UA s’inscrit dans ce cadre.

 

La SADC change de cap

 

Entre-temps, la SADC qui a, à maintes reprises, couvrait le pouvoir de Kinshasa se mobilise aussi à sa manière. Le récent déplacement à dans la capitale congolaise du tout nouveau président zimbabwéen, Emmerson Mnangagwa, fait partie de cette proximité que voudrait exploiter la SADC. Au sein de cette organisation sous régionale, Kabila, ayant perdu ses vieux parrains sud-africain et zimbabwéen, n’est plus en odeur de sainteté avec tous ses pairs. La volte-face du président botswanais en témoigne.

 

Dans un communiqué, diffusé en anglais et largement commenté sur la toile, le Botswana a demandé clairement à la communauté internationale de faire pression sur Joseph Kabila pour qu’il quitte le pouvoir. En fait, le Botswana, qui abrite le siège de la SADC, n’est pas à minimiser. Sur le plan géopolitique, c’est un pays qui a « la protection » des Britanniques et des Américains. Le président Botswanais, Ian Khama, de maman britannique de la lignée de la famille royale britannique, ne participe jamais aux réunions de l’Union Africaine,  car il déteste, rapporte-t-on, les dictateurs qui siègent dans cette organisation. Entre Kinshasa et Gaborone, c’est le froid glacial.

Quant à Mnangagwa, le nouvel homme fort du Zimbabwe, cherche à consolider son pouvoir, en se démarquant totalement des années Mugabe. Sa dernière arrivée à Kinshasa n’a pas de bon cœur.

 

Selon des révélations contenues dans « The Zimbabwe Mail », un media influent paraissant à Harare, le président Emmerson Mnangagwa était parti en République démocratique du Congo en mission pour informer le président Joseph Kabila de derniers changements  au Zimbabwe. Il s’était déjà rendu en Afrique du Sud, en Angola, au Mozambique, en Namibie et au Botswana pour une mission similaire. Mais son voyage en RDC, précise la source, a été tout à fait particulier. Le président Mnangagwa, note le media zimbabwéen, serait venu à Kinshasa rappeler à Kabila qu’il ne pouvait plus compter sur le soutien indéfectible d’Harare, comme ce fût le cas à l’époque de Mugabe.

 

Sous Mugabe, l’armée du Zimbabwe avait des liens étroits avec Kabila et la RDC à travers ce qu’ils appelaient « OperationSovereignLegitimacy (Osleg) ».

Mnangagwa, qui se présente à la communauté internationale comme un réformateur capable de remettre le Zimbabwe sur pied et le réintégrer dans la communauté internationale, s’est donc déplacé à Kinshasa pour tenter de convaincre Kabila à partir par la grande porte, en facilitant notamment le jeu électoral par la tenue d’élections dignes et crédibles.

 

L’axe Paris-Luanda bouge

 

Et comme si toutes ces pressions exercées au sein de la SADC ne suffisaient pas, la France vient de dépêcher mercredi en Angola son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. Cette visite vient, selon le Quai d’Orsay,« concrétiser la volonté de la France et de l’Angola de renforcer leur partenariat dans tous les domaines et d’entretenir une concertation étroite sur les enjeux de sécurité régionale, notamment la situation en République démocratique du Congo et en République centrafricaine ».

 

Bien avant son départ pour la capitale angolaise, le chef de la diplomatique française avait, au cours d’une conférence de presse, affirmé que la France « est très attentive à la situation en RDC et réitère son appel à la tenue effective des élections conformément au calendrier électoral publié le 5 novembre 2017, dans le respect de la constitution congolaise et de l’esprit de consensus qui avait prévalu lors de la signature de l’accord politique du 31 décembre 2016 ».

 

Le président angolais, Joao Lourenço, est une vieille connaissance de Paris. Dès le 10 juillet 2017, alors qu’il n’était encore que ministre de la Défense, il avait été reçu à l’Élysée par Emmanuel Macron. Le 29 novembre, deux mois après son investiture à Luanda, il a revu en tête à tête le chef de l’État français à l’occasion du sommet UA-UE à Abidjan.

 

La France, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, très engagé à l’ONU sur le dossier de la RDC, veut faire impliquer l’Angola, première puissance économique et militaire de l’Afrique centrale, dans la recherche d’une sortie de crise en RDC. Jeune Afrique est formel sur ce point. « Paris souhaite instaurer avec Luanda un vrai partenariat politique, au moment où le régime angolais durcit le ton à l’égard de Joseph Kabila, le président congolais », indique le magazine panafricain.

 

A tout prendre, le dossier RDC a pris une autre dimension. Il se traite bien au-delà de Kinshasa. Le monde a pris la mesure du drame qui s’abat sur le peuple congolais qui paie chaque jour qui passe de lourds sacrifices pour retrouver sa dignité et son honneur. C’est ce qui justifie cette synergie qui se met en place au niveau international pour une sortie de crise en RDC. Malheureusement, celle-ci passe inévitablement par le départ du président Kabila, arrivé fin mandat depuis le 19 décembre 2016. L’accord du 31 décembre 2017 qui pouvait lui donner un sursis ayant été délibérément piétiné par sa famille politique, la solution au problème de la RDC se négocie ailleurs.

Dans le nouveau dispositif qui se met en place, l’Angola et la SADC passent pour les pièces stratégiques du puzzle.

 

Le Potentiel

 

 

Source : http://www.lepotentielonline.com

 

Le Potentiel (RD Congo)

 

 

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