Situation socioéconomique nationale : Le Bénin anémié

Une administration judiciaire paralysée. Des centres de santé quasiment déserts. Une école devenue presque buissonnière. Et cela dure déjà deux mois. Le Bénin tourne au ralenti. Avec les conséquences fâcheuses inéluctables pour son économie. Et le gouvernement de la rupture ne donne pas l’impression de prendre la mesure du drame qui se joue dans le pays. Pourtant, le malaise est là. Le Bénin est anémié.

 

 

Mardi dernier, 13 mars 2018, gouvernement et syndicalistes ont repris langue. Les deux protagonistes de la crise sociale dans laquelle baigne le Bénin depuis janvier 2018 ont à nouveau décidé de se parler. Les positions étaient tranchées avant cette rencontre. D’un côté, les travailleurs grévistes, victimes de la mesure de défalcations décidée par le gouvernement pour fait de grève, exigent la rétrocession pure et simple des fonds défalqués sur les salaires de février. De l’autre, le gouvernement employeur qui estime que la question des défalcations est réglée, sans aucune possibilité de rétrocession. Voilà l’ambiance dans laquelle les négociations du mardi dernier entre responsables syndicaux et gouvernement ont repris.

 

Dans ce climat d’extrême tension de part et d’autre, il était difficile d’espérer du round de négociations du mardi dernier une solution durable et définitive au mouvement de grève en cours dans le pays. Encore que mardi dernier, les discussions ont tourné exclusivement autour de la plateforme revendicative des enseignants de la maternelle, du primaire  et du secondaire. Certes, on ne saurait plus parler de statu quo par rapport aux querelles entre enseignants et gouvernement. Des lignes ont bougé. Le pouvoir public a fait quelques concessions dans le sens d’un apaisement de la tension. Les responsables syndicaux s’en remettent à leur base pour aviser. Toujours est-il que les classes restent encore fermées, de la maternelle au secondaire. Sans oublier les étudiants qui se sont joints au mouvement. En somme, rien ne va au niveau du secteur de l’éducation. Or le secteur de l’éducation n’est pas le seul en ébullition. Les acteurs de la justice ont aussi maille à partir avec le gouvernement de la rupture.

 

Une justice au repos

 

Dans un système  d’économie libérale, l’importance et le rôle de la justice ne sont plus à démontrer. Aucun homme d’affaires ne s’aventurait à poser ses valises dans un pays où l’administration ne fonctionne pas à plein temps. Hélas, c’est le cas au pays de la rupture. Au lendemain du vote de cette loi liberticide et scélérate privant les agents de la justice et de la santé du droit de grève, les hommes en robe noire ont déclenché les hostilités. Le vote est intervenu fin décembre 2017. Et les magistrats se sont mis en débrayage en janvier 2018. Ils ont repris le travail suite à la décision de la Cour constitutionnelle déclarant contraire à notre loi fondamentale cette loi. Mais le gouvernement, en réaction au mouvement de colère des magistrats, a opéré des défalcations sur leur salaire. Comme il l’a fait aux enseignants. Cette mesure a révolté les hommes en robe noire qui ont remis le mouvement de débrayage. Et depuis, l’administration judiciaire fonctionne à pas de tortue. Cette situation entrave lourdement le monde des affaires dans le pays. De l’avis de certains experts en la matière, l’Etat a déjà perdu des centaines de milliards depuis le déclenchement de la grève au niveau des magistrats. Et ce n’est certainement pour demain la veille de la reprise du travail dans ce secteur. En effet, mardi dernier, dans le cadre de la reprise du dialogue social, le comité n’a pas statué sur la situation des magistrats. Certainement, des discussions ont lieu entre les responsables syndicaux des magistrats et leur autorité de tutelle, en l’occurrence, le garde des sceaux, ministre de la justice, le puissant joseph Djogbénou. ¨Pour l’heure, aucune information sur ces discussions. Et les magistrats sont toujours à la maison pour fait de grève. Revendication essentielle, la rétrocession des fonds déflaqués pour fait des grèves. Un cas sur lequel le pouvoir de la rupture n’entend nullement céder. A quand alors la reprise du travail chez les magistrats ? Que deviennent les affaires dans ces conditions ?

 

A une administration au repos, s’ajoute le mécontentement des hommes en blouse blanche. Ici aussi, pour les mêmes raisons. Les agents de santé, frappés par la loi anti grève, du reste recalée par la Cour constitutionnelle, avaient, eux aussi, déposé bistouris et seringues. Les agents de santé, qui ont été défalqués aussi, œuvrent pour la rétrocession des fonds perçus indûment de leur salaire. On connait la position du gouvernement sur ce volet. Donc, personne ne sait quand les hôpitaux publics au Bénin reprendront normalement les activités. Un pays dépourvu de centres de santé peut-il inciter aux affaires ? Le doute est permis. Et ce sont encore des opportunités d’affaires, donc des occasions de renflouer les caisses déjà pas trop achalandées de l’Etat qui s’envolent. Le plus inquiétant dans cette situation est qu’il est impossible de se situer par rapport à la fin définitive de la crise sociale.

 

Au sortir des négociations mardi dernier, le ministre d’Etat, Abdoulaye Bio Tchané, a donné dans un optimisme surprenant. A ses yeux, le gouvernement aurait pleinement joué sa partition pour la reprise effective du travail dans les différents secteurs concernés. On voudrait bien partager le soulagement du N° 2 du gouvernement. Seulement, la prudence oblige à se démarquer de cette position du ministre du plan et du développement. Les « miettes », pour emprunter un terme à eux, jetées aux enseignants mardi dernier ne sauraient constituer la clé de l’énigme sur le tapis. Il en faut plus pour désamorcer la bombe actionnée par les travailleurs depuis janvier 2018, qui plonge le Bénin dans un immobilisme de mauvais aloi. Pour son économie, et partant, pour son développement.

 

 

Source: http://ladepeche.info

 

La Dépêche (Bénin)

 

 

A lire aussi:

 

BENIN: le salaire du chargé de mission Zul Kifl Salami crée la polémique sur les réseaux sociaux

 

BENIN – Le BMP dans son dernier soupir avant les législatives

 

 

Commentaires