GUINEE – Garage Portos de Coléah : ‘’pourquoi Sall Ibrahima N’Diaye a été prié de déguerpir des lieux…’’

 

 

Le déguerpissement jeudi dernier de Sall Ibrahima N’Diaye ‘’Portos’’ du garage Portos à Coléah continue de faire grand bruit dans la cité. Ce garage qui appartient au patrimoine bâti, donc à l’Etat, a été passé à Sall Ibrahima en 2009 et lui a son tour a sous-loué une partie dudit garage à un Libanais du nom de Youssef Badrane avec qui il est également en conflit. Les réactions…

 

Un de mes employés avait fait l’enregistrement du Libanais quand j’étais en prison. Il dit que j’ai la chance que c’était à Mafanco, qu’ il n’a pas la main sur le juge là-bas mais que si c’était à la Cour d’appel, j’allais mourir en prison

 

Selon Portos, qui fait la sentinelle en compagnie d’autres proches devant le garage, « l’histoire est très longue. Le Libanais devait être rapatrié en 2011 par son oncle qui l’a fait venir en Guinée. Mais, déjà, il venait faire des dépannages électriques au garage, parce qu’il maitrise le domaine. Un jour, il est venu chez moi, escorté par trois gendarmes, je crois bien qu’il les a priés de le laisser dire au revoir à un de ses grands. Ce jour, je l’ai vu en larmes, j’étais derrière mon bureau et les trois gendarmes étaient là, j’ai demandé qu’est ce qui ne va pas, il dit qu’il travaille chez son oncle mais il ne voit pas l’argent, il a décidé de quitter, pour qu’il travaille pour lui-même. Mais comme il travaillait pour son oncle, lui il a décidé qu’il retourne au Liban. J’ai dit non, tu ne partiras pas, j’ai dit à l’un des agents qui l’escortait de transmettre un message au chef d’état-major.

 

all Ibrahima N’Diaye »Portos »

 

L’agent dit : ‘’monsieur Portos, on vous connaît, il dit qu’il n’y a pas de problème. J’ai pris ma carte de visite, j’ai adressé la correspondance au colonel Baldé, à l’époque. J’ai dit pour l’amour de Dieu, n’accepte pas qu’on rapatrie le jeune, il va servir beaucoup de Guinéens, parce que l’électronique il maîtrise. J’ai pris 50.000 francs pour leur (les agents, ndlr) transport plus la carte de visite, ils sont partis. Le général baldé, (à l’époque colonel) accepté ma doléance et il m’a appelé. Il dit que celui qui l’a fait venir veut le faire renvoyer et toi tu veux qu’il reste, je lui ai dit que j’ai un grand garage et je veux que toutes les sections soient là. C’est ainsi que le Libanais est resté et je lui ai laissé une section du garage. Je dis tout ce qui concerne la mécanique, climatisation, peinture tu me donnes, ce qui concerne le décodage électronique moi aussi je te laisse ça. Il n’a pas respecté cet accord et je lui ai demandé maintenant de payer chaque mois 5 millions de francs guinéens. Parce qu’il faut être franc il reçoit les véhicules du système des Nations Unies, le PNUD, le HCR, le PAM et les ambassades. Si le garage n’est pas assuré franchement ils n’auront pas confiance en vous parce que leurs véhicules sont assurés à tous risques. On est restés en 2012. Un dimanche, j’étais de passage, j’ai vu la petite porte du garage ouverte, j’ai fait marche arrière je suis entré dans la cour j’ai trouvé une Mercedes de feu Baba Diaby. J’ai dit Youssef, moi je n’aime pas des trucs comme ça. C’est ce dimanche que je lui ai retiré la deuxième clé du garage. Depuis ce jour, jusqu’à mon expulsion, c’est moi qui ouvre et ferme le garage.

 

On est restés comme ça, parfois la police est derrière lui, parfois la gendarmerie est derrière lui, quand il va il revient, j’ai dit, lui c’est quelqu’un avec qui je ne peux pas cohabiter. Je suis même allé au-delà pour qu’il quitte, je lui ai dit s’il ne quitte pas, je te ferai monter à 10 millions parce que ce que tu gagnes n’arrive même pas à ma cheville. Parce qu’il faut être logique. En octobre 2016, j’ai fait un préavis de 3 mois pour qu’il quitte. Ce préavis-là était mon arrêt de malheur où mon arrêt de mort sans le savoir. En novembre, il est venu me voir il dit qu’il va me donner trois mois. J’ai dit Youssef, si tu veux tu vas donner 10 ans, mais tu vas quitter. Il a commencé à trouver un autre chemin. Quel est ce chemin ? Il a pris les grosses voitures qu’il a là-bas, il a cassé six pare-brises, pour qu’on dise que c’est moi qui l’ai fait parce que je détiens la clé. Le samedi matin, il me dit de le suivre, de venir voir ce qui s’est passé chez lui là-bas, en allant j’ai dit à mes apprentis s’il veut me convaincre pour quelque chose, au mois de décembre il va partir. Je l’ai suivi et il m’a demandé qui a fait ça ? Je me suis arrêté et je lui ai demandé mais chez toi ça ne va pas ? Moi je veux que tu quittes, je peux casser quelque chose ? pendant tout ce temps que tu étais là je n’ai rien gâté, mais c’est maintenant que je vais gâter ? Moins de 20 minutes après, ce sont deux pick-up de la gendarmerie qui sont venus me chercher, la brigade de recherche de Matam.

 

Mounir Cissé, DGA du Patrimoine bâti public

On m’exige de monter dans le pick-up. Je dis non je ne monte pas, je ne suis pas un malfrat. J’ai dit je préfère prendre ma moto vous suivre mais je ne monte pas à condition que vous envoyez mon cadavre. Ils ont dit ok, tout en demandant à un gendarme de s’asseoir derrière, moi tellement que j’étais sur mes nerfs, je ne pouvais pas conduire. Il y avait un jeune qui me connaissait il m’a dit laisse tomber je vais conduire la moto. Je me suis assis derrière on est parti un pick-up devant et un autre derrière. Derrière tout ça, il y avait une pression venant des procureurs. Il fallait à tout prix que je sois devant eux à Mafanco. Donc ils ont vite fait l’audition et on m’a gardé samedi, dimanche et lundi. J’ai même des amis dans le corps qui m’ont dit mais on ne comprend rien, partout on veut passer, on nous dit de voir les procureurs, qu’est-ce qu’il y a ? J’ai dit je ne comprends rien. Je dis mais je sais une chose c’est ce préavis qui a causé tout ça. Le Libanais ne veut pas partir et il m’a dit entre lui et moi, je verrai qui va partir et aujourd’hui je suis dehors. Et le lundi, il y avait un vote au niveau de la magistrature au cours duquel le Procureur Ali Touré fut nommé Procureur de Mafanco par intérim. Donc, on m’a envoyé à 14h, ils n’avaient pas fini leur élection et à 17h on me ramène.

 

Quand on m’a ramené, qui j’ai trouvé là-bas ?  C’est le juge Lazare. Il me montre des photos, j’ai dit Monsieur je sais réparer le véhicule mais je ne sais pas gâter. J’ai dit, je sais pourquoi le Libanais a fait ça. Il a dit mais qui détient la clé je dis c’est moi. J’ai dit, demandez-moi pourquoi je lui ai retiré la deuxième clé, c’est parce qu’il n’est pas honnête. Il dit bon tu peux rentrer, demain à 9h tu te présentes. Le lendemain à 9h j’étais là. Je suis parti dans une Land Cruiser de Bouréma Condé pour vite arriver à l’heure. Je suis arrivé là-bas, il m’a encore montré les photos il m’a dit de le suivre dans son bureau. Nous sommes rentrés dans un couloir où il y a des bureaux aussi, il a fait quelques enregistrements dans un registre, de là-bas il m’a envoyé vers un autre juge. Le pick-up qui envoie les détenus de la maison centrale, ils ont appelé le capitaine et le chauffeur et leur ont tendu un mandat de dépôt. C’est comme ça que je me suis retrouvé à la maison centrale pour 8 jours. C’est grâce à mon beau-frère Mamadou Sylla de la cour suprême, il a écrit à Moundjour Chérif pour lui dire si tu ne le sors pas ce n’est pas bon, je n’ai jamais connu Portos dans ces actes. Depuis lors, les tracasseries ont commencé. Le patrimoine bâti m’accuse de rester 6 ans sans payer. On a signé, j’ai payé pour 6 ans. Quand j’ai compris ce complot, je suis allé payer pour 6 mois à la banque. Parce que j’avais un communiqué qui me disait de ne plus payer au patrimoine bâti mais plutôt de payer à la banque. S’ils disent que je n’ai pas payer mon loyer mais je leur dis pourquoi ils gardent quelqu’un pendant 6 ans qui ne paie pas ses loyers ? Ils ont tourné la page-là. Ils ont dit que dans le contrat je ne dois pas faire la sous-location et si j’ai fait la sous-location c’est pour résilier le contrat. Un des conseillers a dit là-bas que ce n’est pas comme ça que ça se passe, que si je sous-loue, on doit d’abord m’envoyer une lettre d’avertissement afin de déguerpir la personne. Mais l’avertissement-là je l’ai pas eu. On a quitté sur ce terrain-là je ne suis plus aller là-bas. Un de mes employés avait fait l’enregistrement du Libanais quand j’étais en prison, il dit que j’ai la chance que c’était à Mafanco, qu’il n’a pas la main sur le juge là-bas mais que si c’était à la Cour d’appel, j’allais mourir en prison. Il dit que là-bas c’est pour lui. J’ai mis le son là sur CD.  Le ministre a une copie, son secrétaire général a une copie.

 

D’ailleurs c’est grâce au ministre de la Justice que je suis resté là jusqu’à hier. Maintenant, on me dit que le Libanais a trop payé, il a payé pour 8 ans qu’est-ce qu’il faut pour cohabiter, j’ai dit écoutez, c’est un lieu qui appartient à l’Etat, tu ne peux pas m’imposer quelque chose. J’ai dit ce qui m’est arrivé pour la première fois ne va plus m’arriver, j’ai dit on a qu’à faire un mur de séparation chacun reste de son côté, ils étaient tous contents là-bas. Ils ont dit qu’ils vont diviser la location. Moi j’attendais ça, je crois que quand ils ont appelé le Libanais, il a dit qu’il n’est pas d’accord pour le partage, que lui il a payé pour le tout . C’est là où eux ils ont suivi les procédures judiciaires en m’envoyant quelques fois des significations. Ils m’ont même donné 8 jours pour quitter les lieux, c’est en ce moment que le conseiller du ministre de la Justice est intervenu. Il y a même une demande que le patrimoine a fait pour le partage des lieux, Elie Kamano était le médiateur d’ailleurs. J’ai dit à Elie, s’ils disent que demain c’est le partage, moi je dis qu’ils n’ont qu’à commencer aujourd’hui. Je suis surpris maintenant de me voir mis dehors. Je ne comprends rien. Quand les gendarmes sont venus, il y avait le commandant de la brigade verte qui était devant eux. Mais je le dis ici à haute voix, il s’est trompé de cible, s’il a été acheté, moi non. C’est lui qui guide le Libanais, c’est lui qui lui montre comment il faut marcher « .

Mais pour le conseiller juridique du Patrimoine bâti public Me Alsény Kébé, la sous-location est interdite et Ibrahima Sall N’Diaye n’a pas payé sa location depuis six ans.

 

‘’Nous lui avons passé le garage avec un loyer mensuel de 700 000 fg.  Depuis qu’il a eu le lieu en 2009, il n’a payé aucun franc à l’Etat guinéen sauf tout récemment 4 millions de fg sur plus de 60 millions. Pendant ce temps, il sous-louait une partie du garage à un Libanais qui lui payait 5 millions fg le mois’’

 

 

« Le plus souvent, l’opinion publique n’est pas informée de ce qui se passe. Il y a plus d’un an, la direction cherchait une solution à l’amiable au près de monsieur Portos, bien qu’il n’ait pas raison. C’est quand il a été déguerpi au niveau de la ville en 2009 par monsieur Mathurin Bangoura (actuel gouverneur de la ville de Conakry, ndlr) qui était à l’époque ministre des transports, il est resté sans abri. La direction lui a trouvé un ancien garage qui était en location avec une société iranienne. On a aménagé ce garage là pour lui, à l’époque il avait les véhicules de l’armée dont il était chargé de la peinture. Donc nous l’avons envoyé là-bas assorti d’un loyer mensuel de 700.000 GNF. Depuis qu’il a eu le lieu en 2009, il n’a payé aucun franc à l’Etat guinéen, c’est justifiable, nous avons toutes les preuves. Il n’a payé que 4 millions et ça c’est tout récemment, lorsque la direction a voulu le déloger. Il a compris que c’est sérieux, il est venu payer 4 millions sur un montant de plus de 60 millions. Mais ce que la direction a constaté chez lui, c’est que les lieux qu’on lui a donnés, il les a divisés en deux, il a donné une partie à un Libanais pour les travaux électroniques, assorti d’un loyer de cinq millions GNF par mois. Ce dernier lui payait une avance d’un an ou 6 mois tandis que lui, il n’a payé aucun franc à l’Etat. Donc, nous l’avons mis en demeure de payer les loyers et cette mise en demeure a été infructueuse. Finalement, la direction a décidé de l’expulser, il a dit qu’il ne va pas sortir. C’est en ce moment que lui il a dit au Libanais qu’il va augmenter les loyers à 10 millions par mois. Donc pour lui c’est ce Libanais-là qui est venu nous voir pour dire que ce monsieur est en train d’exploiter vos locaux en s’enrichissant sur votre dos. Donc, il s’est acharné contre lui, il a dit que nous sommes en complicité avec ce dernier. Nous lui avons dit que sans savoir que vous êtes avec le Libanais, nous vous avons demandé de payer nos loyers. Donc, si nous découvrons que vous êtes avec un Libanais à qui vous réclamez 5 millions et après vous voulez augmenter à 10 millions, ça devient une double violation de notre contrat.

 

D’abord, vous avez violé le contrat par rapport au non-paiement des loyers. Dans le contrat, il est dit, si un seul mois n’est pas respecté, on fait une mise en demeure, si l’intéressé ne s’acquitte pas, on résilie le contrat. Deuxièmement, vous avez fait de la sous- location qui est interdite. Elle ne peut être possible que si le patrimoine bâti donne son accord, donc on lui a dit qu’il y a eu une double violation des clauses du contrat ce qui constitue une cause de la résiliation du contrat. Donc il a contesté l’acte de résiliation, il dit qu’il ne sortira pas. Nous l’avons assigné en justice, il dit que même si nous pouvons résilier le contrat, il dit qu’il s’oppose parce que nous sommes en train de travailler pour un Libanais. Nous n’avons pas de problème, le problème est que tu ne payes pas et tu as sous-loué. Il nous a accusés pour dire que ce Libanais nous a donné des véhicules. Un garagiste, il répare les véhicules des gens et on lui donne de l’argent. Le tout nouveau DGA [Mounir Cissé, ndlr] qui vient d’arriver, qui ne connait même pas ce dossier ni en amont ni en aval, il voit ce dernier dans son véhicule, il dit que c’est le fruit de ses relations avec le Libanais. Même mois qui vous parle, le conseiller juridique, il m’a dit que le Libanais m’a donné une voiture. Tant que tu lui dis, tu n’as pas raison, il dit que le Libanais t’a donné quelque chose. On est parti en Justice et on a gagné sur lui. On a voulu exécuter, mais ça a coïncidé avec les troubles sociopolitiques, nous n’avons pas voulu que les gens mêlent ça de leur manifestation, parce que certains peuvent être mal informés et ça peut tourner mal aussi. Ce que nous faisons, nous voulons que ça se passe dans la quiétude, mais aussi dans la légalité, voila comment les choses se sont passées. Ce n’est que tout récemment que nous avons pu réussir lorsque la gendarmerie a été requise par le procureur de la république. Le procureur général de la cour d’appel lui a écrit par réquisition pour qu’elle exécute la décision de justice, parce qu’une fois la décision de justice est prise, elle est exécutoire s’il n’y a pas eu appel. Donc, voilà c’est ce qui a été exécuté hier (jeudi, ndlr) et les gens se mettent à interpréter à leur manière alors que nous, nous avons suivi toute la procédure et c’est sur la base d’une décision de Justice qu’il a été déguerpi ».

 

Ce samedi, des jeunes ont appelé à une manifestation de soutien à partir de 11 heures à Ibrahima Ndiaye afin qu’il retrouve son garage Portos quadrillé par des agents.

 

Thierno Sadou Diallo

 

 

Commentaires