LE BON TEMPS POUR LES CLANDESTINS EST FINI : Préparez-vous à faire vos valises

 

 

Telle est la phrase, qui donne le nouveau panorama de la politique de l’immigration en Italie. Son auteur est le nouveau ministre de l’Intérieur de l’Italie, Matteo Salvini. Il a tenu ces propos lors d’un déplacement dans un centre d’accueil de Pozzallo, dans un port de Sicile. Ce n’est pas un déplacement exclusivement consacré à l’immigration. Comme tout dirigeant politique, l’action politique ne s’arrête à la nomination à un poste gouvernemental. Et comme chef de parti, il doit être au front de toute élection dans le pays pour soutenir des militants de son parti pour les élections locales.

 

Comme tout le monde le sait il est le patron de la Liga de Norte ; un parti nationaliste, souverainiste de l’Italie. L’immigration tant interne, les Italiens du Sud venus s’installer dans les grandes villes industrielles ou autres, celle des pays du Sud – et depuis une quinzaine d’années de l’Afrique et de l’Asie, sans oublier les Balkans, est un thème porteur pour cette formation politique. Son programme politique est nihiliste sur le plan humain : exclusion de l’autre. C’est donc un programme qui part de l’existence de boucs émissaires aux maux endémiques de la société italienne.

 

Cette phrase est à la fois banale et dangereuse. Banale parce qu’elle est dans le discours de l’extrême en Europe. La lutte non seulement contre de l’immigration clandestine, mais tout type d’immigration est devenue un point important dans les discours de campagne électorale et les programmes des partis d’extrême-droite. Qu’est-ce qu’on pourrait attendre d’un dirigeant de cette idéologie ? Plus que d’autres partis, dans une crise socioéconomique et même morale ils savent bien l’utiliser et capter plus d’électorat. Dangereuse parce que l’auteur doit concrétiser son discours, et donc passer à l’acte. Passer à l’acte serait une décision contre le droit et la légalité. Autrement dit, son administration peut recourir à la brutalité contre des exilés, migrants économiques et réfugiés. Il est donc facile comme pour les responsables gouvernementaux des partis traditionnels de s’en prendre aux plus faibles de la société.

 

Ce qu’il faut craindre c’est la mise en place d’une politique migratoire dure, qui déshumanise des personnes, ne respectant plus les droits humains de la personne, ni les droits constitutionnels de tout être humain, quelle que soit son origine, son sexe et sa religion. Et pourtant, ce sont des droits repris par les constitutions des pays européens et des chartes internationales et régionales dont leur protection dépend des actions d’institutions judiciaires, politiques et sociales.

 

La nouvelle situation politique italienne est une nouvelle expérience politique n Europe après l’Autriche où le parti conservateur s’est allié avec le parti de l’Extrême-droite depuis février dernier. Mais dans ce pays à la fin de la décennie 1990, il y avait déjà des gouvernements Droite-extrême-droite. Mais la différence de l’Italie par rapport à d’autres expériences de son entourage est la constitution d’un gouvernement par une coalition atypique, l’Extrême-droite, la Ligua du Nord  et l’Extrême-gauche, le Mouvement de 5 étoiles. C’est une formation qui n’a pas de ligne idéologique claire. Son succès inattendu résulte, en fait, du mécontentement des citoyens italiens contre l’instabilité politique du pays, les scandales politiques et les liens occultes entre les grandes formations politiques et la mafia. Selon le professeur de sciences politiques Massimiliano Panarari, c’est un mouvement attrape-tout, qui ne se préoccupe pas des contradictions de ses positions sociopolitiques comme son alliance en 2014 avec le parti britannique UKIP au Parlement Européen, parti anti-immigration. Son électorat est tantôt de droite comme de gauche, en fait, une jeunesse déçue par le fonctionnement d’un système à la fois patriarcal et inefficace dans tous les domaines. C’est qui a surpris tant les analyses politiques comme une grande partie de son électorat, c’est l’abandon de son initiation originale de gauche.

 

Dans les analyses politiques on parle de partis anti-système. Et la crise socioéconomique a donné une opportunité politique et sociale de l’apparition des nouveaux mouvements comme Podemos en Espagne, Syriza, parti du gouvernement en Grèce… Oui, ils s’opposaient au système. Mais la ligua du Nord a participé indirectement au système en soutenant certains gouvernements de Silvio Berlusconi. L’autre point de «rapprochement» entre les partis de la coalition gouvernementale, c’est la construction de l’Europe. Le parti d’extrême est souverainiste alors que le mouvement de 5 étoiles s’oppose à la politique d’austérité de la Commission Européenne depuis l’éclatement de la crise économique et financière en 2008.

 

Aussi dure que soit cette phrase, Matteo Salvini n’oublie pas le passé de ses compatriotes, plus anciens et même d’aujourd’hui : l’émigration. L’Italie comme l’Espagne, le Portugal et la Grèce ont été des pays pourvoyeurs d’une main-d’œuvre à l’Europe centrale ou du Nord. « Nous avons été migrants nous aussi en Amérique, affirme-t-il. Et pour marquer une différence entre l’immigration, que le pays vit, et l’émigration italienne vers d’autres pays, surtout en Amérique, il n’hésite pas à qualifier de « bazar » la situation migratoire des autres dans son pays. C’est une accusation traditionnelle d’insister une différence artificielle entre les groupes migratoires, qui ne vivent pas les mêmes contextes depuis le point de départ.

 

Et comme pour rassurer, il affirme, à qui veut le croire, qu’il n’y aura pas de «ligne dure », mais plutôt « une ligne de bon sens.» Qu’est-ce qu’une ligne de bon sens alors qu’il commence par un discours dure : l’expulsion massive des clandestins. La clandestinité des personnes, vivant dans des centres fermés en Italie comme dans le reste de l’Union Européenne, est un moyen créé par la dureté des lois nationales d’immigration et des directives de la Commission Européenne. La clandestinité devient une identité aux personnes, qui se trouvent dans cette situation.

 

Il est sûr que «l’immigration clandestine est un business ». On peut dire que tout est business dans un monde où un libéralisme fasciste est imposé aux sociétés, qui a dépouillé l’Etat de ses capacités économiques, politiques et sociales, qui profite à une petite minorité. Un libéralisme fasciste qui dénature l’être humain et détruit la planète. La clandestinité profite à des groupes mafieux. La ministre reste évasif sur cette question, il ne va plus loin qu’une simple affirmation. Bien sûr, il tient un discours dirigé vers son électorat, qui croit à une telle affirmation. L’immigration clandestine profite à des secteurs de l’économie italienne comme l’immigration les citoyens.es des régions du Sud, qui ont soutenu l’économie florissante du Nord de l’Italie. Faut-il lui rappeler que le contrôle de l’immigration dite clandestine est aussi un business. Dans Xénophobie business. Á qui profitent les contrôlent migratoires ?, Claire Rodier analyse bien le business de un ou deux entreprises, chargées du contrôle des frontières extérieures de l’Union Européenne. Et Frontex servant une caisse et donc de bénéfices assurés à ces dernières aux dépens le plus souvent d’autres politiques pour soutenir le développement sociétés européennes, qui vivent dans un monde instable et complexe.

 

N’est-il pas temps de sortir de cette logique d’impasse dans laquelle est la politique européenne de l’immigration ? La question que tout le monde peut se poser est jusqu’à quand durera cette coalition ? Depuis plusieurs décennies, l’Italie a donné l’image négative d’un pays, qui ne sort jamais de l’instabilité politique, des scandales de corruption de ses dirigeants et de la coalition d’intérêts entre les groupes mafieux et une partie de l’élite politique.

 

Mohamed Abdillahi Bahdon

 

 

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