RD CONGO – Elections du 23 décembre 2018 Kabila-ONU-UA : qui trompe qui ?

Alors que le président Joseph Kabila présentait l’état de la nation devant le Parlement, le Conseil de sécurité des Nations unies et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine en faisaient autant. A Kinshasa, tout comme à New-York, on a eu droit à deux discours diamétralement opposés. Preuve de divergences qui persistent entre Joseph Kabila, Antonio Guterres et Moussa Faki. Le ton dur affiché, jeudi dernier, par le président Kabila, n’est pas anodin. Question : entre lui, l’ONU et l’UA, qui trompe qui ?

 

 

Même s’il n’a pas répondu à toutes les questions, laissant planer le doute sur son avenir politique, le président Joseph Kabila a quand parlé. Devant le Parlement réuni en congrès, il a présenté l’état de la nation, tout en lançant des piques aux uns et autres, plus particulièrement à l’Opposition non signataire du Front commun pour le Congo(FCC) de même qu’à la communauté internationale.

 

Jeudi dernier, Joseph Kabila a une fois de plus embouché son discours souverainiste dont il se distingue depuis quelque temps. Le contraire aurait d’ailleurs étonné. Sans ambages, son entourage ne jure que par l’indépendance de la RDC dans la conduite de ses affaires intérieures.

Joseph Kabila est revenu sur un engagement déjà annoncé il y a peu, à savoir que c’est avec des fonds propres mobilisés par l’Etat congolais que la Céni devrait organiser le triple scrutin (Présidentielle, législatives nationales et provinciales) du 23 décembre 2018.

 

Va-t-il tenir sa promesse ? Seul l’avenir le dira. Toutefois, au moment où à Kinshasa, le président Kabila haranguait le Parlement, à New-York se réunissaient en même temps les membres du Conseil de sécurité des Nations unies et du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine. Sur la table des discussions : la situation de crise politique et sécuritaire en RDC. Si dans la capitale congolaise, Joseph Kabila a porté la toque de grand défenseur de la souveraineté de la RDC, déterminé à exclure du jeu politique congolais toute mainmise étrangère, à New-York, les experts de l’ONU et de l’UA n’ont pas caché leur inquiétude sur les nombreux verrous qui obstruent la route qui mène vers l’alternance démocratique en RDC.

 

Deux discours, deux styles

 

La Libre Belgique le résume de la plus belle manière. « Loin de la vision quasi idyllique dressée quasiment au même moment par Joseph Kabila, les membres des deux institutions ont réitéré leurs préoccupations face à la détérioration continue de la situation sécuritaire et humanitaire en RDC. Tout en saluant les avancées dans le processus électoral, ils n’ont pas caché leur inquiétude face aux défis qui subsistent pour renforcer la confiance dans le processus électoral.

 

Parallèlement, ils ont appelé tous les partis politiques, leurs partisans et les autres acteurs politiques à rester attachés à l’Accord de la Saint-Sylvestre du 31 décembre 2016, seule issue viable de la situation politique actuelle », souligne le media belge.

Tout en insistant sur le respect scrupuleux de la date du 23 décembre 2018, retenue pour la tenue d’élections, les membres de l’ONU et de l’UA ont également souligné que « les élections devaient conduire à un transfert de pouvoir pacifique et démocratique, conformément à la Constitution, à l’Accord politique du 31 décembre 2016, aux résolutions 2348 (2017) et 2409 (2018) du Conseil de sécurité des Nations Unies, ainsi qu’aux Chartes sur la démocratie, les élections et la gouvernance ». L’ONU et l’UA entendent en même temps voir Kinshasa envoyer des signaux qui rassurent en vue des élections apaisées à la fin de cette année.

 

Malheureusement, le président Kabila n’est pas dans la logique ni de l’ONU ni de l’UA. Jeudi dernier, Kabila n’est pas allé de mainmorte pour le prouver. Il a indiqué qu’il nage à contre courant de la démarche de la communauté internationale. A New-York et à Addis-Abeba, tous le savent. Mais, personne n’ose le dire directement au président Kabila. A l’Onu, tout comme à l’UA, on multiplie des jérémiades, comme pour implorer le président Kabila de s’inscrire enfin dans leur logique. La vérité est que Kabila n’en veut pas ; et il ne s’en cache pas. Même les sanctions ou autres mesures de rétorsion prises çà et là ne semblent le faire plier. Il est prêt à résister … jusqu’au bout !

 

Briser la glace

 

En clamant tout haut, après le refus de Kabila de le recevoir à Kinshasa,  le secrétaire général des Nations Unies a pris curieusement sa défense. A l’occasion, Antonio Guterres a indiqué – on ne sait de qui il détenait ses assurances – que le président allait incessamment annoncer des « décisions importantes ». Après le discours du 19 juillet devant le congrès, Antonio Guterres en a certainement fait ses frais. Il a appris à ses dépens que Joseph Kabila n’est pas facile à décrotter.

 

Où sont passées les avancées « significatives » dans le processus électoral qu’on clamait autant à New-York qu’à Addis-Abeba ? Désillusion. Conséquence : l’ONU et l’UA ne jouent pas franc jeu. Tout se passe comme si les deux organisations entretenaient un lien flou avec Kabila. Si non, on ne comprendrait pas l’intransigeance du président Kabila face à la pression internationale, alors l’ONU, l’UA et même la SADC multiplient des appels à la raison pour des élections apaisées. L’on est en droit de se demander : qui trompe qui ?

 

Entre la ligne dure optée par Kabila et la passivité de la communauté internationale, il y a bien des zones d’ombre. Pour se disculper de toute accusation de non assistance à un peuple en danger, la communauté internationale a tout intérêt à poser des actes qui rassurent de sa volonté de faire progresser les choses en RDC. A défaut, l’on n’hésitera pas à dire qu’elle roule réellement pour Kabila et toute la majorité qui l’accompagne dans la confiscation de la démocratie congolaise.

 

Par ntambwe

 

Source : http://www.lepotentielonline.com

 

Le Potentiel (RD Congo)

 

 

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