CÔTE D’IVOIRE – Révélations exclusives sur la météo politique : Ouattara et Bédié se font des concessions mais ça coince encore, Côte d’Ivoire

 

 

Manier le bâton et la carotte : telle est la stratégie adoptée par le chef de l’État ivoirien, Alassane Ouattara, dans la guerre des nerfs en cours avec son aîné Henri Konan Bédié, Président du Pdci.

 

[ LE BÂTON ET LA CAROTTE CHEZ OUATTARA ]

 

Le bâton, c’est la révocation de Noël Akossi Bendjo, c’est le projet de limogeage en cours d’une dizaine de DG et PCA Pdci anti-Rhdp. C’est même à terme, le débarquement des Présidents du Sénat, du Conseil économique et Social, de la Cei, et la séparation d’avec tout ce qui est Pdci au sein de l’appareil d’État, s’agissant des nominations dépendant de l’exécutif.

La carotte, c’est des mesures de décrispation générale, comme l’amnistie envisagée et des annonces de libération de prisonniers liés à la crise postélectorale, c’est le projet de relance du dialogue politique et républicain, avec l’ensemble de l’opposition, et la classe politique ivoirienne, au-delà du Pdci Rda. La carotte c’est aussi créer un nouveau consensus national, une sorte de large consensus autour de la Nation, et de la question de la réconciliation entre fils et filles du pays.

Mais la carotte avec le Pdci, c’est aussi le message passé au Président Bédié en vue d’une rencontre au sommet avant même le message à la Nation, c’est à dire avant le 6 août 2018. Une rencontre pour décrisper les ivoiriens et l’opinion internationale; une rencontre qui ne viserait pas à résoudre aussitôt les questions qui fâchent ( alternance en 2020 au profit du Pdci ), mais qui serait un signal. En prélude à cette rencontre, le chef de l’État ivoirien aurait fait savoir qu’il est d’accord pour que les municipales et régionales à venir soient abordées en Rhdp groupement politique, au lieu de Rhdp parti unifié. L’IA a même appris qu’Alassane Ouattara n’a même pas exclu pas de remettre le poste de la Présidence du Rhdp, à Henri Konan Bédié, suite à l’intoxication selon laquelle, après avoir chassé Bédié du pouvoir en 99, il vient encore de le chasser du Rhdp.

 

[ LES CONCESSIONS DE BÉDIÉ, BENDJO MELANGE TOUT ]

 

De son côté, le Président du Pdci, qui n’envisageait venir à Abidjan qu’après la fête nationale le 7 août 2018, a accepté de regagner la capitale économique ivoirienne une semaine plus tôt ( le mercredi 1er août 2018). Bédié a même appelé au téléphone, le Président Ouattara pour l’informer de ses intentions. L’IA a appris qu’il avait prévu  de se rendre en personne le 7 août à la cérémonie de célébration de l fête nationale, sur le boulevard Giscard d’Estaing, au grand dam des radicaux, et anti Rhdp, qui ont vu dans l’affaire Bendjo, du pain béni, et qui en ont profité pour encore crisper la situation.

 

[ L’AFFAIRE BENDJO : ÉPIPHÉNOMÈNE ? ]

 

Pourtant au niveau du Rdr, des informateurs assurent  que le dossier de la révocation du maire du Plateau est un épiphénomène. Ils ajoutent même que si le Président Bédié entre dans le fond du dossier, il pourrait se raviser , et ne pas faire de la question, une raison supplémentaire de blocage, et de refus de décrisper l’atmosphère politique dans le pays.
« D’ailleurs, le travail d’inspection et de contrôle  à la mairie du Plateau, a débuté sous Niamien Ngoran, lorsqu’il était inspecteur d’État. L’homme n’appréciait pas la proximité Guikahué-Bendjo, et voulait faire plaisir au chef de l’État. C’est lui qui a fourni le glaive pour frapper Bendjo, avec son projet d’audit au Plateau, et dans les structures sous tutelle du ministère de l’intérieur », accusent nos informateurs. L’entourage de l’ex inspecteur d’État, également indexé au Pdci, pour avoir sous Bédié porté plainte contre Guikahue, dans l’affaire des 18 milliards de l’UE dément : « C’était juste un projet. L’audit n’a pas démarré avec lui, et il n’a pas fait de recommandation quelconque contre Bendjo ».

 

[ BENDJO : 250 DÉLIBÉRATIONS À CARACTÈRE FINANCIER EN UNE SEULE JOURNÉE ]

 

« En une seule journée, ou plutôt en une seule séance de Conseil municipal , il a fait 250 délibérations à caractère financier. Du jamais vu ça ! Lorsque le dossier sera rendu public, beaucoup auront honte. Nous pensons qu’il y’a des problèmes plus importants à resoudre, que cette question. Il y avait déjà problème, de vrais problèmes de fonds, qu’on ne nous dise pas que c’est Bendjo le problème, et que son cas va bloquer la recherche de solution. Il y’a eu quand même les cas Billon et Niamien N’goran cités par le Pdci même. Ceux-là sont-ils moins influents que Bendjo ? Ou bien,  est-ce Bendjo le vrai décideur au Pdci? », s’interroge un baron du Rdr.

 

[ BÉDIÉ MANIE LUI AUSSI LE BÂTON ET LA CAROTTE ]

 

Alassane Ouattara ne semble pas être seul à manier aussi bien le bâton que la carotte ; car à côté des concessions du Président Bédié ( appel téléphonique à Ouattara effectué , accord pour une rencontre avec Ouattara, et présence envisagée à la cérémonie de commémoration du 7 août), il faut noter la série des décisions prises, des déclarations faites, des sanctions prononcées, des auto-exclusions constatées. Le bâton,  c’est aussi le la veillée d’armes au sein du parti , avec cette alerte d’un pro Bédié, qui n’est pas pourtant pas un anti-Rhdp ( ils ne sont pas nombreux à être dans ce cas, en ce moment ) :  «  Nous pouvons récuser la Cei, nous n’excluons même pas de boycotter les municipales et régionales du 13 octobre si ça continue comme cela. On verra si sans le Fpi, sans le Pdci légal et légitime, le Rdr et ses alliés dans le Rhdp unifié peuvent y aller tout seuls , pour consacrer leur illégitimité. Si nous rejoignons le camp du boycott où les autres étaient déjà, c’est la crise politique. Et le Président Ouattara n’y gagne rien, tant qu’il n’a pas les moyens de faire sortir du camp de boycott les autres partis significatifs, qui y étaient».

Loin de cette alerte de rupture totale, le camp Ouattara espère de son côté faire des élections du 13 octobre 2018, un baromètre pour se peser , et pour tenter d’obtenir le maximum de régions et de communes, pour relancer les discussions. « Mais l’idéal est de la faire avec la participation de tous », confie un observateur qui assure avoir appris que des indépendants pro Soro, pourraient être eux aussi tentés de se « peser » , en s’engageant dans la compétition.

 

[ MÉTÉO POLITIQUE AGITÉE, ANIMÉE ET COLORÉE ]

 

Pour être complet sur la question, et l’usage du bâton et de la carotte, un réaménagement du gouvernement serait même en l’air. D’aucuns parlent de la veille des élections locales, d’autres annoncent cela pour après le 13 octobre 2018, pour réajuster les choses sur la base des résultats, qui sortiront des urnes. La météo politique ivoirienne, côté Rhdp est animée et colorée. C’est même aussi le cas du du côté de l’opposition, en particulier les partisans de Laurent Gbagbo ; ainsi après Affi N’Guessan la semaine précédente, le camp Sangaré, est en congrès ce week-end dans le village natal de Simone Gbagbo, à Moossou.

 

[ LA QUESTION FPI : AFFI OU SANGARÉ ]

 

De quoi irriter Pascal Affi N’Guessan. Face à une situation similaire il y’a quelques années , le gouvernement ivoirien avait réprimé le congrès des dissidents. Mais depuis Akuré et certaines sorties des dirigeants de la dissidence, le pouvoir d’Abidjan n’a plus le cœur à la matraque. Affi Nguessan dénonce un deal, accuse le camp Sangaré de collusion avec Ouattara, même si celui-ci n’en donne aucun signe, et n’y croit pas du tout malgré les apparences que seul perçoit, le Président du Fpi « légal » . Car en privé, des décideurs du camp Ouattara sont encore très réticents.

 

[ OUATTARA TOTALEMENT EN MODE HOUPHOUËTISTE, MALGRÉ DES RISQUES D’ISOLEMENT ]

 

« On va se dire quoi. Même si on leur donne tout, y compris la lune, ils n’accepteront rien avec nous. Dans tous les cas, le moment du dialogue viendra, car il faut bien s’asseoir pour parler notamment de la nouvelle Cei, et des élections de 2020 », lâche un proche de Ouattara qui avoue avoir commencé à recevoir et rencontrer discrètement et de façon informelle, des proches de Sangaré. «  C’est informel et discret, parce que c’est une initiative personnelle, je n’ai pas eu l’accord formel du chef de l’État, qui est totalement en mode Houphouëtiste, et n’entrevoit d’alliance qu’au niveau du Rhdp jusqu’à nouvel ordre. Sur la question, il n’a vraiment pas de plan B », précise-t-il, en espérant que le chef de l’État ne fermera aucune porte, ni opportunité, pour éviter l’isolement total qui lui est promis et réservé par l’ensemble de ses nombreux adversaires , compte tenu du contexte de crise et de désaccords avec Bédié, et le Pdci Rda.

 

Charles Kouassi

 

 

Source : http://www.lintelligentdabidjan.info

 

L’intelligent d’Abidjan (Côte d’Ivoire)

 

 

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