BURKINA – Me Sankara : « Ceux qui sont truffés dans l’Opposition sont des putschistes et des revanchards »

Me Bénéwendé Sankara, président de l’Union pour la renaissance/parti sankariste (UNIR/PS) s’est prêté, le vendredi 7 septembre 2018, aux questions de Burkina 24. Sur le parti qu’il dirige, Me Sankara note qu’il se porte bien. « L’UNIR/PS a vu le jour il y a 18 ans, dit-il, et si vous voyez notre parcours, l’UNIR/PS n’a jamais régressé. Le parti participe à l’action du gouvernement et l’UNIR/PS se porte à merveille ». Outre la vie du parti, la situation nationale marquée par l’annonce de la marche de l’Opposition politique en passant par la situation sécuritaire du pays a été commentée.

 

 

Burkina 24 (B24) : Comment se porte votre parti, puisqu’en mars 2018, il a été secoué par une vague de démissions. Est-ce que le parti a été durement  touché ?

Me Bénéwendé Sankara (Me Sankara) : Pas du tout. La vie d’un parti est faite de démissions et d’adhésions. Quand le parti naissait il y a 18 ans, nous étions une douzaine. Aujourd’hui, nous sommes un parti très représentatif donc, il y a eu plus d’adhésions que de défections. Mais les gens iront toujours chercher ailleurs ce qu’ils ne trouvent pas chez vous.

 

B24 : Finalement, les députés Alexandre Sankara et Désiré Traoré sont-ils toujours des vôtres ?

 

Me Sankara : Non, ils ne sont pas de l’UNIR/PS. Le 4 mai, nous avons pris acte de la démission de tous ceux qui étaient à l’UNIR/PS et qui, désormais, appartiennent à un parti politique dénommé Progressistes unis pour le renouveau (PUR). La loi interdit à un membre d’un parti politique d’appartenir à un autre. Et si on a un mandat de député, vous êtes déchu de votre mandat si d’aventure vous migrez dans une autre formation politique.

 

B24 : Concernant ces députés, vous les avez exclus puisqu’ils n’ont pas rendu leur démission. Ils sont toujours députés…

 

Me Sankara : Nous ne les avons pas exclus. La loi dit que la démission peut être verbale. Elle peut être écrite, mais elle n’est pas forcément écrite. Mais si vous tirez les conséquences des faits de ceux dont nous avons pris acte de la démission, Alexandre Sankara était le secrétaire national chargé des structures du parti. Demandez-lui depuis quand il est venu au siège du parti ? Il ne vient plus. Il est aujourd’hui débiteur de cotisation statutaire.

En fin avril, il devait 2.200.000 F CFA à l’UNIR/PS. Il n’a pas payé. C’est un refus délibéré. Il participe aux activités du PUR qui est reconnu par le MATD. Il ne peut pas être à l’UNIR/PS et être au PUR. Et c’est ce que l’article 85 de la Constitution condamne. Maintenant on comprend, quand il y a des avantages à l’Assemblée nationale, et qu’on ne peut pas avoir le courage sankariste de dire que j’ai rendu ma démission, nous en tirons la conséquence. Il n’est plus des nôtres. Ce n’est pas nous qui l’avons exclu, il s’est auto-exclu.

 

B24 : De la gouvernance de la majorité, est-ce qu’il y a eu la rupture avec les pratiques jugées malsaines qui couraient sous Blaise Compaoré et que vous dénonciez en son temps ?

 

Me Sankara : Non ! Il n’y a pas eu de rupture. Je le dis tout de go. Mais il faut travailler vers la rupture. La rupture que nous avons prônée, c’est celle qui permettait à notre peuple de renouer avec ce que l’UNIR/PS a appelé, une alternative sankariste. Quand il y a eu l’insurrection, la Transition a travaillé pour renouer avec l’Etat de droit et travaillé à obtenir des élections propres et crédibles. Ce pari a été tenu par les Burkinabè.

Il y a eu les élections. Moi-même j’étais candidat. Mais les Burkinabè ont préféré le projet de société du Président Roch Marc Christian Kaboré qui, entre autre, est également de la social-démocratie. Nos similitudes c’est que, ensemble, nous sommes des progressistes et avons une vision du développement endogène pour le Burkina Faso. Les nuances, c’est que nous, en tant que sankariste, avec notre projet de société, pensons qu’il fallait tourner la page des 27 années de régime de Blaise Compaoré où effectivement nous avons stigmatisé et dénoncé toutes les dérives et nous avons professé pour des valeurs d’intégrité, la lutte contre la corruption, contre l’impunité.

Malheureusement, dès l’entame du pourvoir du Président Roch Marc Christian Kaboré, le Burkina a été l’objet d’attaques avec une connotation de déstabilisation de ce pays. Parce qu’à l’heure où je vous parle, le Burkina Faso est attaqué à l’Est. Des soldats sont en train de mourir. Vous comprenez que l’UNIR/PS a eu raison d’accepter cette alliance pour le progrès économique et social de ce pays. S’il n’y avait pas eu ces attaques, je pense que le Burkina Faso aujourd’hui, du point de vue de la gouvernance allait faire un bond qualitatif.

Mais, je crois fondamentalement que le défi à relever, c’est celui de lutter contre l’incivisme. Nous devrons être des hommes et des femmes intègres. Nous ne devrons jamais accepter la corruption dans ce pays. La loi [contre la corruption] existe, mais elle n’est pas encore appliquée de façon intégrale.

 

« Ceux qui sont truffés dans l’Opposition sont des putschistes et des revanchards » (Me Sankara)

 

 

B24 : Dites-nous, comment l’idéal sankariste que vous portez a impacté la gouvernance du MPP ?

 

Me Sankara : Je vous disais tout à l’heure que nous étions en alliance, nous sommes dans le gouvernement avec deux portefeuilles ministériels. Nous sommes à l’Assemblée nationale. Ça veut dire que les décisions qui se prennent aujourd’hui, nous participons aux discussions.

Vous voyez, le chef de l’Etat lui-même essaie de donner des sillons d’abord par sa simplicité, sa façon de se comporter, sa façon de réhabiliter le Faso dan Fani, son image qu’il renvoie à l’Afrique et au monde. Au niveau du gouvernement, n’oubliez pas qu’il y a eu une directive qui a circulé dans les services pour inciter les Burkinabè à consommer local, ce que nous produisons. Le gouvernement a adopté le mois d’août comme étant le mois de l’arbre. Cela renvoie à l’idée des trois luttes.

Notre sankarisme ne se mène pas dans un contexte d’une révolution nationaliste ou bolchevik. Notre sankarisme, c’est de tirer des idées positives du Président Thomas Sankara et de son exemplarité de lutte pour offrir aux Burkinabè de ce siècle, ce qu’il y a de mieux pour notre développement économique et social.

Donc, ça peut être des jeux de mots, mais l’essentiel, c’est dans la pratique. De façon concrète, qu’est-ce qui a bougé pour les Burkinabè ? Les Burkinabè ne sont pas hypocrites. Laissons courir le temps et vous verrez qu’à l’heure du bilan, les Burkinabè sauront à chaque fois reconnaitre les siens.

 

B24 : Parlons d’insécurité. Les attaques se sont déportées dans l’Est du pays sans qu’aucune revendication ne soit faite. Sommes-nous en face d’un problème politique ?

 

Me Sankara : On peut émettre toutes les hypothèses. Quand les attaques étaient revendiquées, même au cœur de Ouagadougou, on savait d’où ça venait. Mais depuis ces derniers jours, on constate que les attaques ont d’abord changé de forme. Quand je lis ce qui s’est passé à Gayérie, on a l’impression que ce sont des professionnels. Quand on regarde les mines qui ont été placées, c’est des mains de professionnels. Mais toutes ces attaques ne sont pas revendiquées, si fait qu’on peut accréditer la thèse d’une déstabilisation politique du Burkina Faso.

Si le Nord est attaqué, bientôt l’Est devient un no man’s land avec des velléités d’occuper l’espacement de l’Est, le but c’est quoi ? C’est de s’en prendre d’abord à la sécurité des Burkinabè, créer une espèce de psychose, mettre un frein au développement économique de ce pays, créer le mécontentement. Cela a pour but de créer un soulèvement, de remettre en cause les institutions de la république. Et il peut y avoir une récupération politique de la situation. Et qui est derrière tout ça ? Pourquoi pendant 27 ans, le Burkina Faso sous Blaise Compaoré, où les Burkinabè avaient les mêmes problèmes de santé, d’éducation, de logement, il n’y a pas eu d’attaques et en deux ans et demi de pouvoir de Monsieur Roch Marc Christian Kaboré, le Burkina est attaqué de toute part ?

Donc, on peut effectivement dire que ces attaques ont une connotation politique

 

B24 : Un document signé du Directeur régional (DR) de la police de la région de l’Est a été rendu public. Dans ledit document, il parle de manque de moyens et d’absence de réaction appropriée au niveau central. Quel commentaire en faites-vous ?

 

Me Sankara : J’ai lu la lettre du DR et je ne trouve pas que cette lettre soit une lettre qui culpabilise. C’est la réalité aujourd’hui du secteur de la sécurité. Il n’y a pas longtemps, l’Assemblée nationale a voté la loi de programmation militaire. Nous avons eu l’occasion de discuter en long et en large sur les moyens qu’il faut donner à nos forces de défense et de sécurité. En réalité, ce que la lettre dit, c’était déjà du connu dans l’opinion.

Quand on a légiféré sur la Police, rappelez-vous, il y a une nouvelle loi en faveur des policiers. Le débat a été mené. Le gouvernement a accepté de revoir l’ensemble de ces situations. Ce qui est en cours. Mais pendant ce temps, ceux qui viennent attaquer ont des moyens et on ne se pose pas la question de savoir où est-ce que les assaillants trouvent ces moyens. Donc il peut y avoir des soutiens, peut-être même extérieurs qui alimentent ces assaillants. Le ministre Simon Compaoré avait fait des tournées et les besoins avaient été évalués. Le gouvernement est en train de prendre toutes les dispositions.

Mais se retrouver sur un terrain miné, où vous avez des assaillants qui disparaissent dans la nature, ça interpelle les patriotes sincères. Je me rappelle en 1985 quand il y a eu la guerre des pauvres, vous ne trouverez pas un seul Burkinabè qui n’était pas derrière le gouvernement du Président Thomas Sankara à l’époque. Même les enfants, tout le monde voulait aller au front pour défendre la mère patrie. Je ne l’oublierai pas. J’étais à l’époque étudiant à l’université, nous avons porté des kalachnikovs croyant qu’on pouvait effectivement aller au front.  Ce sentiment a disparu des Burkinabè qui ne pensent qu’à accéder au pouvoir. Mais en attendant, c’est l’intégrité du territoire qui est menacée.

 

B24 : Pour revenir sur vos propos, vous avez parlé de « soutiens extérieurs ». Pensez-vous qu’il y ait des soutiens à l’intérieur du pays ?

 

Me Sankara : Je pense par exemple à ceux qui ont fui le Burkina Faso et qui ont changé de nationalité. C’est des apatrides. Quels intérêts ils ont vis-à-vis de notre pays ? Je pense par exemple à Blaise Compaoré.

 

B24 : Pour vous, il se peut que l’ancien président Blaise Compaoré soit derrière ces attaques ?

 

Me Sankara : Tout à fait !

 

B24 : Le CFOP a annoncé une marche pour le 29 septembre 2018. Que vous inspire cette future manifestation ?

 

Me Sankara : (Rire) Pour un ancien marcheur comme moi, ça me fait seulement regretter que notre opposition ne grandisse pas après l’insurrection surtout quand on sait que parmi les membres de l’Opposition, il y a des partis avec lesquels nous avons mené les mêmes combats à une époque donnée. Je crois que si on aime ce pays, si on aime le Burkina Faso, après cette insurrection inédite en Afrique, on doit être plutôt une force de propositions et non une force de destruction. Lire la suite de la réponse dans cette vidéo :

B24 : Sur le bilan à mi-mandat du MPP, le CFOP estime que les Burkinabè y voient « une occasion ratée » et « un immense gâchis ». Quelle est votre réaction ?

 

Me Sankara : En quoi c’est une occasion ratée si Roch Marc Christian Kaboré a été élu sur la base d’un projet de société qu’il a présenté aux Burkinabè pour avoir un contrat social de cinq ans ? Zéphirin (Diabré) a été candidat comme moi et il a échoué. Laissez les Burkinabè apprécier. Où est leur problème ? On aura le temps en 2020. Ne soyons pas pressés.

C’est un contrat avec le peuple pour 5 ans. Au lieu d’attendre dans deux ans et demi, ils anticipent. Voilà pourquoi je dis que c’est des putschistes, mais revanchards. Ceux qui sont truffés dans l’Opposition sont des putschistes et des revanchards. J’assume !

 

Interview réalisée par Ignace Ismaël NABOLE

 

 

Source: http://burkina24.com

 

Burkina24 (Burkina)

 

 

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