De la nécessité de s’indigner contre « la puanteur » de l’indignité ambiante au Sénégal. (Par Ciré Aw)

Dans son œuvre intitulée Le ventre de l’Atlantique, l’écrivaine sénégalaise Fatou Diome disait »Chaque miette de vie doit servir à conquérir la dignité. » Cette déclaration cherche sans doute à noter l’importance capitale que revêt la dignité dans la vie d’un être humain ou d’une société et surtout qu’elle devrait être l’aspiration légitime de toute personne.

 

 

La dignité peut être définie comme le sentiment de la valeur intrinsèque d’une personne ou d’une chose, et qui commande le respect d’autrui. Elle est donc une

Prérogative et/ou un prestige inaliénablea dont jouit une personne en raison de son comportement, ou qui sont attachés à une chose, et qui leur valent considération et respect ou y donnent droit.

 

Être digne, c’est imposer le respect par des comportements honorables.

 

À La lumière de ces éclairages sur la notion de dignité, force est de reconnaître que les comportements ou attitudes dignes tendent à disparaître au Sénégal tant les actes dégradants, avilissants ou dévalorisants font lésion dans notre société. Pour preuve, le mensonge n’émeut plus personne, la trahison ne scandalise plus l’opinion, la médisance et la calomnie ne choquent plus la société, la cupidité est érigée en mode de vie, la honte ne ronge plus les criminels, le travail est chahuté au profit de la triche et de la magouille, l’argent est déifié et la moralité est enterrée sans sépulture.  Bref toutes les valeurs cardinales sur lesquelles reposait la société sénégalaise telles que le courage, la patience, la pudeur, la véracité, l’honneur et la reconnaissance se sont effondrées tel un château de cartes pour céder la place à des anti-valeurs telles que l’égoïsme, l’avarice, la facilité, la méchanceté, la scélératesse, la pusillanimité, l’avidité ou le goût pathologique du luxe.

 

Le lourd passé colonial et l’argent fossoyeurs de la dignité.

 

Certes à l’image de toutes les communautés humaines, la société sénégalaise a profondément évolué au fil du temps, mais cette mutation ne va pas toujours dans la direction souhaitée puisque les valeurs culturelles (pudeur, courage ,patience,  honneur ..) qui inspiraient naguère  les comportements honorables  de ses membres , malmenées par la colonisation, le néocolonialisme et la puissance de l’argent, du sexe et des biens matériels, ont périclité  vertigineusement .

 

Les figures emblématiques de la dignité

 

Dans le Sénégal de Lat.-Dior, d’Alboury N’diaye, de Lamine Senghor, des femmes de Nder au Walo, de Baidy kathie Pam au Fouta  la mort et l’exil valaient mieux que la soumission .À l’époque d’El hadji Omar Foutiyou Tall, d’El Hadji Malick Sy, de Cheikh Ahmadou Bamba, rien ni personne ne valait la peine qu’on renonce à sa foi. Sous l’autorité d’Almami Boubakar Kane mieux valait mépriser le pouvoir que d’être injuste. Dans la république de Mamadou Dia mieux valait sacrifier ses ambitions personnelles que de vendanger les intérêts de son pays.

 

La misère de la dignité dans le Sénégal actuel.

 

On est donc passé d’une société caractérisée par un échange de civilités, par un concours de courtoisies, par une compétition d’amabilités à une société marquée par la monétisation des relations sociales, par une course folle vers les privilèges, par un accaparement sauvage des ressources publiques.Dans le Sénégal actuel l’argent, quel que nauséabond qu’il puisse être, arrive à ouvrir toutes les portes, il réussit à acheter la conscience malheureuse de gens aliénés, il parvient aisément à ternir la foi et la liberté de certains citoyens désœuvrés. C’est ainsi que des hommes politiques ayant tués tout sentiment de dignité dans leur conscience ne se gênent plus à piller les ressources plus que limitées du contribuable pour acheter les voies des citoyens lesquels sont traités comme de vulgaires bétails électoraux. Pour acquérir le pouvoir, s’y maintenir ou jouir de ses privilèges certains hommes politiques sont prêts à   se délester de leur sens moral, ä se dépouiller de leur conscience éthique, à vilipender leurs devoirs patriotiques, à    se priver de leur foi religieuse et surtout obnubiler par les richesses et les honneurs n’hésitent plus à étrangler leur patriotisme pour révéler leur monstruosité en face de tous.

 

La mort programmée de la dignité et la culture de la main tendue.

 

Pire, cette mort inéluctable de la dignité assassinée soit par une voracité matérielle de nos gouvernants , soit par une indigence intellectuelle, spirituelle et matérielle du peuple entraîne une culture du larbinisme ou du griotisme sociale .Au Sénégal la mendicité est quasi institutionnalisée au point que nos dirigeants ravalant leurs dignités et sous couvert de réaliser des projets prétendument au nom du pays mettent notre économie sous perfusions étrangères à coup d’aides ou d’endettements colossaux. Cette mentalité d’éternel assisté que culture notre pays surtout à l’égard de la France a fini par le plonger dans un coma profond. Le peuple, affligé par une misère chronique, cherche à survivre en tendant la main ou à marchander à vil prix sa dignité à travers des prétendues politiques sociales institué par le pouvoir à l’image de la bourse familiale.

 

Pour une restauration de la dignité.

 

Il urge alors de recoudre le tissu social mis en lambeau par l’indignité généralisée pour rhabiller notre société dénudée par la pauvreté galopante par la restauration de sa dignité, en le réarmant moralement, spirituellement et surtout en le remettant au travail. II est aussi nécessaire pour réanimer la dignité des sénégalais de les réconcilier avec leur histoire glorieuse comme le préconise le Professeur Cheikh Anta Diop  en  leur offrant en exemple  des modèles   d’hommes de valeurs ayant vécu dignement et surtout ayant léguer  à  notre société un riche héritage qu’il convient de sauvegarder jalousement.

En réalité la dignité n’est pas qu’un vain mot, c’est la sève nourricière d’une société viable. Cela nous permet d’affirmer qu’un peuple sans dignité est comme un bateau sans gouvernail ou il même est comparable à un corps humain sans âme.

 

Ciré Aw

 

 

Source : http://www.senenews.com

 

Senenews (Sénégal)

 

 

A lire aussi:

 

La Chine dans le monde. Va-t-elle profiter et abuser de l’Afrique en même temps que l’Occident ? (Par Gondiel Ka)

 

FRANCOPHONIE : Qui de Michaëlle Jean ou de Louise Mushikiwabo prendra les rênes ?

 

La chronique du blédard : Une équipe de (vrais) Français

 

La candidature de Louise Mushikiwabo passe mal auprès de principaux contributeurs de l’OIF

Commentaires