Un mépris de dingue.

 

 

La séance du Président Macron conseillant à un jeune horticulteur au chômage, sans réponse à ses demandes d’emploi, de se réorienter dans la restauration, le service en bar ou dans le bâtiment est ce matin dans toutes les éditions de presse. Il suffirait, d’après le prétendant monarque, de traverser la rue pour trouver un boulot. Pourtant, un certain nombre d’aspects de cet entretien ne sont pas mis en avant pour montrer tant cette réplique est vraiment indigne.

 

Ce jeune homme rencontre le Président lors des journées du Patrimoine, dans les jardins de l’Elysée. On oublie donc qu’il fait partie de ceux qui font la démarche de se rendre à cette occasion d’ouverture annuelle au public pour découvrir le haut lieu de la présidence et son écrin de nature qu’on imagine tiré au cordeau. C’est déjà un intérêt pour la République qu’il convient de noter parmi ceux de sa génération. Il a ensuite l’occasion de s’entretenir avec le Président lui-même. Sans doute pense t’il, avec la naïveté de son âge, que confier ses problèmes de recherche d’emploi au plus haut responsable de France pourrait l’aider à en trouver un, comptant sur l’empathie et l’entregent que l’on prête souvent bêtement aux hauts décideurs politiques. Sûrement ne s’attendait-il pas en réponse de se faire traiter, pour résumer à grand trait la réponse, de fainéant qui pourrait se bouger le cul pour prendre n’importe quoi comme job. On n’ose penser, pris pour cible facile par le Président devant des caméras, son visage exposé dans tous les médias comme représentant de ces chômeurs indignes, ce qu’il pense aujourd’hui de la République.

 

Sans doute le Président, s’il avait été plus paternaliste, plus humain, ou tout simplement moins obnubilé par son sens de la petite phrase royale renvoyant les serfs à leur incapacité à se prendre en main, assez révélateur depuis le temps et les répétitions de ce qu’il pense en réalité des Français du peuple qu’il n’aime pas, aurait-il pu, ne serait-ce que pour soigner sa communication, envoyer ce jeune homme à l’un des nombreux responsables des jardins de l’Etat, pour des conseils, un stage, ou même, rêvons un peu, d’un essai d’emploi. L’occasion était belle, il a préféré rabaisser ce jeune homme. Le salir.

 

On se souvient de sa séquence de mars 2017, durant laquelle Emmanuel Macron expliquait qu’il savait ce qu’étaient les fins de mois difficiles, ayant dû vivre avec 1000 €uros par mois en donnant des cours particuliers quand il était adolescent, en rupture de ban avec ses parents. On imagine qu’avec une maîtresse enseignante, il avait peut-être moins de mal à trouver des cours particuliers que ce jeune horticulteur à se dégoter un emploi. Au passage, dans cette séquence « émotion » montée de toutes pièces, qui n’a d’ailleurs pas fait pleurer la France, personne n’a osé lui demander s’il travaillait alors au black pour « financer » ses fins de mois. C’est dommage que le jeune Macron n’ait pas dû alors, plutôt que de donner des cours particuliers et rester dans son milieu très préservé quoi qu’il en dise, aller bosser dans la restauration ou derrière un bar. Il aurait appris, c’est une des facettes de ces métiers, la nature humaine. C’est un regret, à défaut, qu’il n’ait pas eu à embaucher comme manœuvre sur un chantier. Il aurait pu savoir au moins une fois dans son existence quel est le poids de sueur d’un €uro. Il lui manque en effet tout ce qui est connaissance de la réalité de la vie de ce peuple qu’il dirige avec une morgue rare. Mais dans la restauration, les brasseries et bistrots, dans la poussière de ciment, les éclaboussures de plâtre et les cals sur les mains de manier des outils, les petits marquis poudrés, fussent-ils jeunes, ne font jamais le poids. Sans doute le savait-il, à moins qu’il ne possédait déjà sa détestation visible du travail manuel, cette activité d’abrutis incapables, qui pour lui est tellement bête qu’elle est interchangeable à l’envi.

 

On espère que le résultat du battage autour de cette réplique assassine de la réputation de ce jeune homme serve principalement à ce dernier pour qu’on lui offre un emploi dans l’horticulture.

Mais une chose est certaine. Un gamin qui a appris à l’école à faire pousser des fleurs, et qui souhaite ensuite, jeune adulte, juste être payé à participer d’embellir des jardins, ne méritait pas ce mépris de dingue.

 

Par Marc Louboutin

 

 

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