BENIN: Du devoir de…silence…

 

Florent Couao-Zotti, écrivain.

Est-il possible aujourd’hui au Bénin d’avoir un débat politique intelligent et serein sur la toile? Peut-on, en toute quiétude, discuter, échanger sur les choix de l’exécutif sans courir le risque d’être invectivé, traité de tous les noms selon qu’on appartient à l’opposition, à la majorité ou même à aucun bloc? Le Béninois est-il devenu si frileux, si chatouilleux et si enfermé dans sa logique univoque qu’il ne peut pas concéder à l’autre la légitimité d’une parole qui lui est propre ?
Certes, Facebook, Twitter, Whatsapp et autres sont devenus des arènes sociales où la parole est devenue libre. Mais, ces réseaux ont été également investis par des manipulateurs, d’habiles marionnettistes qui les utilisent, les instrumentalisent pour leurs propres objectifs. Ceux qui, naguère, n’avaient aucune opinion, se découvrent subitement des défenseurs d’idées dont ils ne peuvent jamais soupçonner les sous-entendus tragiques. Ceux qui, il y a peu, étaient atones, se révèlent défenseurs autoproclamés d’une rhétorique suicidaire. Je ne parle même pas de ces nombreux jeunes embauchés à tour de bras pour essuyer les plâtres de leurs commanditaires, relayer leurs haines et leurs acrimonies sur des personnalités, des gens censés être leurs pères. Ce qui m’émeut dans cette situation, c’est la capacité de ces puissances d’argent à pervertir ces jeunes au lieu de les financer dans les projets nobles, les mener vers des objectifs épanouissants. Le fait d’avoir à disposition une jeunesse désœuvrée, vivant dans la précarité et relativement éduquée est devenue pour eux un intarissable vivier de recrutement pour leurs pseudo-communications, une succession d’invectives, de surenchères et de mensonges. Certains avouent faire le boulot pour le montant d’un petit déjeuner chez le Baba du coin. C’est dire…

 

Florent Couao-Zotti, écrivain.

C’est que le jeu démocratique semble essoufflé. Les hommes politiques ont complètement subverti le débat public en imposant la voix de la majorité comme la seule qui fasse autorité. L’opposition, considérée comme une « anomalie », doit être réduite plus bas que terre. Certains estiment d’ailleurs qu’il faut en exterminer les membres comme s’il s’agissait d’une association de malfaiteurs. On comprend pourquoi les organes de service public, l’ORTB précisément, ont du mal à les rendre visibles et audibles. C’est d’ailleurs pour cette raison que les réseaux sociaux sont devenus leurs espaces d’expressions privilégiés. Mais ici aussi, les enchères ont pris le dessus et les postures se sont enflées, ne laissant que peu de place à la tolérance et à la critique. Les rares articles qui invitent au débat d’idées sont l’objet d’attaques incompréhensibles, décalées et complètement idiotes. On a l’impression que la masse de plumitifs, comme une troupe gueulante et sans âme, se rue dans les brancards, inconsciente du rôle pervers qu’on lui fait jouer. Le devoir de parler semble s’être limité au devoir de silence et les leviers démocratiques sont de plus en plus détricotés au profit d’une situation bâtarde qui fait du Bénin un pays singulier, certes, mais loin, très loin de ce qui avait toujours fait sa réputation et inspiré aux autres un profond respect.

 

Florent COUAO-ZOTTI

 

 

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