DJIBOUTI : Discours de Ismaël Ahmed Wabéri, président du parti MoDeL, à l’inauguration de l’école du parti

C’est au cours d’une cérémonie solennelle qui a eu lieu au siège central du parti MoDeL (Mouvement pour le Développement et la Liberté), à la cité Progrès, que son président, l'honorable Ismaël Ahmed Wabéri, a inauguré la première école politique d'un parti d'opposition, en République Djibouti, suite à celle avortée du parti au pouvoir au début des années 2000. C'était en présence, des membres du Conseil National du parti et des nombreux sympathisants et militants du MoDeL.

 

 

Discours du Présidént du MoDeL

Ismael Ahmed Wabéri

A l’occasion de l’inauguration de l’école du parti

Vendredi 12 octobre 2018

 

Mesdames et messieurs, les membres du Conseil National,

Mesdames et messieurs les membres du Comité Exécutif,

Chers militantes et militants

Chers invités,

Mes chers compatriotes,

 

La cérémonie de l’inauguration de l’école de notre parti, la toute première, cet après-midi, m’offre véritablement, l’occasion de vous rappeler, que le jeudi 24 févier 2017, lors de mon investiture à la tête du MoDeL, j’avais fait la promesse solennelle d’apporter une touche personnelle et avais, ici, sur ce même pupitre, égrené, d’innombrables projets et initiatives destinés à encrer et à enraciner davantage le MoDeL dans le paysage politique de la République de Djibouti.

 

Lors de mon élection à la tête du parti, il était de mon devoir, d’impulser, d’entraîner et d’anticiper le besoin de demain de nos militants, et d’ailleurs de tout citoyen, avec le souci du bien-être, du vivre-ensemble et de l’intérêt général.

 

La création d’une école politique en faisait partie. Dix-huit (18) mois plus tard, nous lançons ensemble, ce vendredi après-midi, le début de ses activités. Il est vrai que 18 mois, c’est, certes, long mais pour mener à bien des tels chantiers l’histoire nous enseigne la difficulté des grandes œuvres et la lenteur de leurs accomplissements. C’est le temps de la forge et c’est laborieux mais tellement enrichissant. Parce qu’il fallait, tout d’abord, y penser. Modeler cette école. D’en humer les fragrances. Et enfin de la concrétiser paisiblement sans se précipiter tout en respectant un calendrier propre à nous nous permettant de mener à termes nos objectifs un à un. Parce qu’il n’y a personne à concurrencer, sinon à être au meilleur de nous-mêmes.

Je vous l’annonce avec confiance et sérénité et surtout avec beaucoup d’enthousiasme : notre école, dont le sigle est « Former un citoyen, c’est construire une nation », est totalement opérationnelle et va commencer ses activités à partir d’aujourd’hui.

 

Mon comité exécutif et moi-même, avons clairement défini la représentation que nous souhaitions donner à cette école ainsi que celle que nous voulions que les apprenants aient d’eux-mêmes : une image inscrite dans l’affranchissement.

Nous avons, en outre, fixé les objectifs et modalités. Il s’agit d’une nouvelle approche, plus souple, plus simple et plus concrète de former des hommes et des femmes capables de répondre aux besoins et aux défis de demain.

 

L’objectif est de donner aux militants du MoDeL les moyens intellectuels, techniques, pratiques et éthiques pour appréhender le monde et ses changements. C’est un outil permettant d’acquérir une pleine conscience citoyenne. De manière plus spécifique, de former un citoyen : Autonome – intègre – ouvert – patriote – responsable – créatif.

 

Nous ne pouvons pas, sincèrement, d’un coup de baguette magique, cautériser toutes les lésions que connait notre pays, ployé par la corruption propagée par ceux qui devraient la combattre. Il n’y a pas de honte à le dire : la classe politique djiboutienne, a, dans son ensemble échoué. De par leurs actes, ils ont instauré à l’échelle nationale une image totalement détestable de la politique qui fait fuir les Djiboutiens les plus honnêtes à même d’apporter leur contribution en les rendant antipolitiques. Malheureusement, combien des fois n’ai-je pas entendu ce mantra, devenu pratiquement national, où l’on me demande : « Que vas-tu faire dans la politique ? » Justement non.

 

Je fais de la politique pour des objectifs précis dont l’un d’entre eux est de promouvoir une nouvelle classe politique qui s’appuie sur la probité et sur l’exigence morale. Notre pays est en train de s’écrouler dans l’anarchie par manque de loyauté et de sincérité démocratique, pêché mortel dans une société de transparence. Quel avenir laisserons-nous demain à nos enfants si ce n’est un nom ronflant d’une nation en déconfiture ? Il y a exigence de consolider les fondements éthiques de notre société. Elle s’impose et n’a en ce sens jamais été aussi profondément nécessaire car le djiboutien se consume à petits feux, l’amertume le ronge et la colère menace ! Les hommes et les femmes que cette nouvelle école doit former doivent dorénavant secouer les esprits avec une sincérité manifeste devenue rare dans le paysage politique de notre nation. Ils doivent être des individus pleins et entiers avec un esprit critique et libre arbitre. Cette école doit permettre de retrouver d’autres principes et idées directrices assez puissantes pour donner à la nation une nouvelle armature, loin de cette tribalisation effrénée à laquelle se livrent actuellement les djiboutiens.

 

Elle permettra, aussi, de remettre au goût du jour, la culture de la conscience militante et surtout du militantisme qui s’est réellement évaporé depuis l’accession à l’indépendance.

 

L’école publique Djiboutienne a pour mission de transmettre des savoirs. Elle enseigne. Mais n’éduque pas. Et par conséquent, ne forme pas un citoyen. Cette sempiternelle question, déjà soulevée au 19ème siècle par Jules Ferry dans sa célèbre remontrance contre l’école publique, je cite : « Messieurs, ce que nous vous demandons à tous, c’est de nous faire des hommes avant de nous faire des grammairiens ! » est toujours d’actualité. La nôtre, ne produisant, malheureusement, même pas des grammairiens.

Oui, ce pays a besoin des hommes et des femmes qui lui sont loyaux. C’est en partie, l’une des missions de l’école du MoDeL.

La loyauté envers la République de Djibouti est essentiellement ce qui manque aux politiciens Djiboutiens de tous bords. Sinon, comment se fait-il, que nous n’assistions à aucune avancée notable et concrète, un mois après le dénouement supposé du conflit frontalier avec l’Erythrée dont le pacte est scellé par une lourde poignée de main à Riyad ? Pourquoi nos militaires détenus ne sont-ils toujours pas libérés ? Pourquoi ne pas partager publiquement, les tenants et aboutissants, avec la population djiboutienne en quête d’informations et première concernée par cet accord ? Que nous cache-t-on dans ce silence assourdissant ?

Cette poignée de main entre Guelleh et Afewerki présage-t-elle la malencontreuse suite donnée à la célèbre et très médiatique poignée de main, symbole de paix, du 13 septembre 1993 sur la pelouse de la Maison-Blanche entre le leader palestinien Yasser Arafat et le premier ministre israélien Yitzhak Rabin ?

 

Pourquoi rester recroquevillés sur vous-mêmes alors que dans la région souffle un vent de démocratisation et de liberté sans précédent ? Ce vent impulsé par une nouvelle génération d’hommes politiques Ethiopiens à la tête duquel se trouve le très jeune et nationaliste Abiy Ahmed imprégné d’une culture politique moderne. Il est temps, aussi, à Djibouti, qu’une nouvelle classe d’hommes politiques émergent pour initier et concrétiser l’espoir d’un changement d’idéal impliquant des profonds bouleversements. Cela n’est possible que par l’association des foules comme l’écrit le psychologue Gustave Le Bon : « C’est par l’association que les foules ont fini par se former des idées, sinon très justes, au moins très arrêtées de leurs intérêts et par avoir conscience de leur force ».

 

J’en appelle à tous les djiboutiens. Il est temps. Engagez-vous ! Pour l’amour de votre pays.

Je ne pourrai conclure, mon intervention, sans avoir une pensée profonde aux martyrs de la liberté que sont devenus les regrettés professeur Mohamoud Elmi Rayaleh et Mohamed Ahmed Edou dit Djabha, tous les deux décédés dans la prison de Gabode.

Mes pensées vont également à la jeune Mahado, partie à la fleur de l’âge, tuée, mutilée dans des circonstances indescriptibles à Ali-Sabieh. Pour que cela ne se reproduise plus, nous devons impérativement revenir à nos fondements. C’est l’objectif premier de l’école du MoDeL.

Mes chaleureux remerciements.

 

Ismaël Ahmed Wabéri

Président du MoDeL.

 

Le . Par La rédaction.

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