BENIN – Opposition à Patrice Talon: où est passé Martin Rodriguez ?

« Je préfère mourir les armes à la main que de vivre à genou ». C’est ce qu’affirmait Martin Rodriguez en mars 2016, quelques jours avant le second tour de la présidentielle qui a consacré l’élection de son rival, Patrice Talon, à la tête du Bénin. Trois jours avant l’investiture de ce dernier, Martin Rodriguez se lance en politique par la création du « Parti Démocratique » pour contrer le régime Talon. A quelques jours des législatives de 2019, on est bien tenté de se demander où est passé Martin Rodriguez sur la scène politique béninoise depuis 2016 ?

 

Martin Rodriguez lors de son audience avec le président Patrice Talon en avril 2017. Ph : PR

 

Le 20 mars 2016, Patrice Talon, conforté par la coalition de « Rupture » composée de dix-sept (17) candidats à la présidentielle, remporte, sans surprise, le second tour des élections présidentielles. L’appel, quelques jours plutôt, de son rival, Martin Rodriguez, au peuple béninois à voter contre lui n’avait pas servi à grande chose.

 

Dès lors, ce dernier s’est engagé dans la dynamique de veille citoyenne face à l’avènement du régime de l’homme d’affaires, Patrice Talon, élu président de la République. Le 03 avril 2016, trois jours avant l’investiture de Patrice Talon, Martin Rodriguez a annoncé, au cours d’une conférence de presse, la création du « Parti Démocratique » dans le but d’assurer la vigie pour la satisfaction des aspirations profondes du peuple béninois.

 

« Martin Rodriguez, l’homme qui fera tomber Patrice Talon » !

 

Principal adversaire de Patrice Talon dans le monde des affaires béninois notamment dans le secteur du coton (secteur où Patrice Talon a fait fortune), Martin Rodriguez, après l’annonce de la création de son parti politique, était considéré, à tort ou à raison, comme l’adversaire de taille au pouvoir Talon.

Certains médias béninois avaient même titré au lendemain de sa conférence de presse : « Martin Rodriguez, l’homme qui fera tomber Patrice Talon ». Tellement la rivalité entre les deux hommes pour le contrôle de certains secteurs vitaux de l’économie béninoise était grande.

« Je connais Patrice Talon, nous nous battons depuis 18 ans… J’ai toujours combattu son comportement » avait déclaré Martin Rodriguez en mars 2016 lors d’une conférence de presse à Cotonou. Quelques jours plutôt, dans une interview accordée à la chaîne de télévision privée Canal 3 Bénin à New York, Martin Rodriguez avait traité Patrice Talon, alors candidat à la présidentielle, de prédateur de l’économie béninoise.

 

Selon lui, le candidat que la presse béninoise et certains milieux politiques qualifient de compétiteur né n’en ait vraiment pas un. « Patrice (Patrice Talon – ndlr) est devenu riche par décret… C’est quelqu’un qui est devenu compétiteur né aux frais de la princesse… », avait-il ironisé.

De la guerre à l’amour !

 

Un an après ses virés médiatiques contre son éternel rival, Martin Rodriguez a été reçu en audience par le chef de l’Etat, Patrice Talon, c’était en avril 2017. Au cours de cette audience, les deux hommes auraient échangé sur des sujets liés aux programmes d’investissement existant et aux futurs investissements au Bénin. A l’issue de l’audience, Martin Rodriguez s’est dit agréablement surpris de la disponibilité du président Patrice Talon pour discuter avec lui des dossiers économiques dont il s’est réservé le droit de donner le moindre détail à la presse.

 

Déjà absent de l’animation de la vie politique du pays depuis la création de son parti, Martin Rodriguez venait-il ainsi de fumer le calumet de la paix avec son ennemi juré ? Difficile de le dire. Mais de l’avis de certains observateurs, la rencontre surprise entre Patrice Talon et Martin Rodriguez était tout sauf anodine.

En effet, quelques mois plutôt, en février 2017, le gouvernement Talon avait décidé de reprendre dans le patrimoine de l’Etat « Bénin Marina Hôtel », un complexe hôtelier dans lequel Martin Rodriguez est actionnaire majoritaire. Une décision qui, à la surprise générale, n’avait pas fait réagir publiquement Martin Rodriguez.

Tout porte donc à croire que la rencontre entre les deux hommes était un rendez-vous d’affaires jamais tenu. Quelques mois plus tard, cette impression semble se confirmer dans l’opinion publique béninoise. En novembre 2017, la SODECO (l’une des entreprises de Patrice Talon) rachète l’usine d’égrenage de coton du Groupe MCI de Martin Rodriguez pour un montant de 3 milliards de francs cfa.

 

Le silence ou la prison, Martin Rodriguez a déjà fait son choix ?

 

Le peuple béninois s’apprête à renouveler ses représentants au Parlement. Les élections législatives sont prévues pour se tenir en mars 2019. Même si certaines zones d’ombres planent sur la tenue effective du scrutin, chaque formation politique affûte déjà ses armes. Dans le camp de la mouvance, des blocs politiques se constituent au bon vouloir ou non du chef de l’Etat. L’opposition pour sa part s’organise malgré l’exil forcé ou non de certaines figures de proue et les contraintes politiques qu’imposent la nouvelle Charte des partis politiques et le nouveau Code électoral.

 

Dans cette ambiance politique bigarrée, le « Parti Démocratique » de Martin Rodriguez semble être le grand absent. Le silence de l’homme inquiète. Un silence volontaire ou imposé ? On n’en sait vraiment rien. Mais ce qu’on sait par contre, c’est que Patrice Talon, alors opérateur économique ancré dans les milieux politiques béninois, avait déjà mis l’homme en garde : « J’ai toujours combattu le comportement de Patrice Talon qui m’a promis face à face que le jour où il aura le contrôle du pouvoir politique, ou je me tais ou il me met en prison », avait déclaré Martin Rodriguez lors de sa conférence de presse de mars 2016 à Cotonou. Aurait-il alors choisi de se taire au risque de se retrouver en prison !?

 

 

 

Source: http://beninwebtv.com

 

Benin Web TV (Bénin)

 

 

A lire aussi:

 

BENIN – Rosine Soglo : « j’ai compris que ce pays est rempli de haine, de jalousie »

 

BENIN: L’he Valentin Djénontin jette un regard critique sur le discours de Me Adrien Houngbédji

 

BENIN: Simon Narcisse Tomety appelle à un renouvellement à 90% du parlement

Commentaires